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29/11/2015

Sarah Haug et l’acide désoxyribonucléique

 

 

Haug.jpgSarah Haug : Ballet Portatif, Galerie Aad, Genève, Marché de créateurs du 4 au 23 décembre, Forma Art Contemporain, Lausanne, Cinq petits cochons, Halle Nord, Genève, du 8 au22 décembre 2015, livre  There is no coming back! » éditions de Paper!Tiger! and Helge Reumann.

 

Pour Sarah Haug les paysages sont sans urbanité et les rues non “avenues”. Ils ne sont pas forcément photogéniques mais l’artiste s’en amuse comme avec ses personnages. Elle préfère la drôlerie au transcendantal. En principe, il n’y a aucune captation ni échange direct entre le sujet des œuvres et l’objet du monde sinon sous forme de farce optique. Dès lors une question se pose : où sommes-nous ? Précisément dans la destruction narrative du sublime sans pour autant que la laideur prenne place. Le temps remplace l’éternité, l’animation la motion, tout est réversible et dynamique au sein du container spatial des images. A la traçabilité de nos viandes elles préfèrent la motilité de leurs silhouettes en faconde.

Haug 2.jpgCertaines scénographies forcent sur la suspension hydraulique. Elles rappellent le démarrage des voitures Ford « Mustang » dans les polars américains des années 70. L’artiste cultive la surprise et les hiatus plastiques. Ses images exaltent de fabuleux reliefs physiques tourmentés pour qu’il dépasse en beauté l’entendement immédiat. Sarah Haug se moque des aménagements des territoires elle préfère les décors hallucinatoires où les célébrités n’apparaissent jamais mais où la folie de ses personnages laisse une trace d’acide désoxyribonucléique.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

28/11/2015

Flynn Maria Bergmann : quand l’exception devient la règle

 

BERGMANN 2.jpgFlynn Maria Bergmann, “Outside The Story”, Kissthedesign; Lausanne, du 28 novembre 2015 au 23 janvier 2016.

Flynn Maria Bergmann est poète et plasticien, il travaille citations, références, lettrismes, fragments en diverses compositions plastiques. L’artiste réinvente le récit de la grande Histoire à coup des bribes de petites qui échappent à tous cadrages mais non aux collages et déchirements. L’objectif est à la fois simple et compliqué puisque dit-il « c’est le tout enrobé de rien, le rien imbibé de tout, qui m’intéresse ». Et ce à l’image de la dent qu’il a perdu il y a quelque temps. Elle trône sur son ordinateur et devient son pense (pas) bête. Perdre quelque chose permet une découverte. Puis il s’agit de coller, montrer, cacher, recouvrir et au besoin détruire pour recommencer.

BERGMANN.jpgCelui qui par la sculpture a appris à aimer l’infiniment petit et l’infiniment grand, la masse et le vide, les jeux de verticalité et horizontalité et qui par l’écriture a compris le silence et le rythme, la force fragile du papier (et ce qu’on met dessus) crée désormais en dessins et collages une invitation aux voyages. Avec un beau souci qu’il aime à rappeler: « l’obsession à épuiser le langage comme s’il était autant matière qu’abstraction ». Flynn Maria Bergmann propose un « carnaval tourbillonnaire entre vies intérieures et réalités du monde ». Preuve que dans l’œuvre comme dans l’être le dehors est dedans. Mais si la règle commune est de vouloir rendre visible l’invisible, l’exception est de rendre invisible le visible. L’artiste cultive cette dernière. A la galerie Kissthedesign le visiteur peut en emporter des fragments.

Jean-Paul Gavard-Perret

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24/11/2015

Barbezat & Villetard : perspectives cavalières

 

 

Barbezat.jpgBarbezat-Villletard, « A dissident Room », co-publication art&fiction (Lausanne) et le Musée d’Art du Valais à Sion. Y aura lieu l’exposition , « A dissident Room », du 28 novembre 2015 au 3 avril 2016.

 

Depuis deux ans Matthieu Barbezat & Camille Villetard réveillent tout un flux souterrain de l’art par un travail où l’image et  l’espace s’incorporent selon des structures colorées, minimalistes, géométriques. Peuvent s’y déployer et le monde et l’être. Mais pour celui-ci sa « maison » comme la nommait Bachelard est remplacée par cette «dissident room ». Parions qu’il s’y sent plus à l’aise puisque le livre et l’exposition deviennent ce que les deux artistes nomment un «carnet des possibles». Le livre non seulement présente un ensemble de dessins des artistes mais est accompagné de cinq textes « critiques » de Diane Antille, Daniel Zamarbide, Barnaby Drabble, Ba Berger, Marco Costantini. Les contributeurs suggèrent divers temps de différents réveils dont les dessins sont les fragments. Ils se déploient parfois dans une mise en espace.

Barbezat 3.jpgL’œuvre du couple est drôle, joyeuse, incisive. Elle joue d’une dérivation de l’abstraction comme d’une certaine figuration géométrique. Les titres eux-mêmes sont significatifs : leur apposition aux œuvres qu’ils désignent n’est pas sans humour : le Nevada, Castor et Pollux, le Net prennent des « corps » particuliers et drôles). Mais c’est un moyen de détourner le réel de ses limites. Le sentiment de la réalité exclut cette dernière du monde de l'horrible. Si bien des stoïciens dans leur langue plastique les artistes sont épicuriens dans la bienveillance qu’ils accordent à leur reconstruction du monde. Barbezat 2.pngSa « réduction » à des sortes de vignettes (parfois en mouvement) ou à des formes premières n’empêche pas - bien au contraire -l’apparition sinon d’un idéalisme mais d’un forme de légèreté L’effet d’ellipse et les jeux de formes et de couleurs font échapper au "néant dévorateur". La création est jouissive et intelligente. Elle donne à la glèbe humaine et à ses lieux de résidence une perspective cavalière.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

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