gruyeresuisse

01/10/2018

Hans Wetzelsdorfer : pluies de lumière

Marioni 2.jpgHans Wetzelsdorfer installe ses personnages en des paysages naturels ou publiques aux densités végétales différentes plus ou moins énigmatiques. Tous tiennent un parapluie d'où jaillit la lumière en une forme de transfert lumineux artificiel. Le soleil mort, un tel ustensile le remplace.

Marioni.jpgC'est drôle mais tout autant inquiétant et ambigu. Là où d'une certaine manière la pluie impose un éclairage adjacent et où elle reste - vu les vêtements des personnages toujours photographiés de dos - d'un genre tropical.

Marioni 3.jpgQuelles que soient leurs origines, leurs vies divergentes tous les personnages anonymes deviennent des Godot d'un nouveau genre. Ils semblent totalement étanches au monde qui les entoure. Et ces nouveaux héros beckettiens espèrent que la lumière du Dieu ne viendra pas forcément du ciel mais de leur parapluie. Est-ce un désespoir, une illusion ou une foi qui les habitent ?

Jean-Paul Gavard-Perret

Hans Wetzelsdorfer – "Qu’est-ce qu’on attend", Phot’Aix 2018, 4 Octobre - 31 Décembre 2018, "La Fontaine Obscure", Espace Photographique Galerie, Aix-en-Provence

30/09/2018

Terry Rodgers : mixed up confusion

Rodgers 2.jpgTerry Rodgers partage sa vie entre Washington, le Massachusetts, et l’Ohio. Le monde de l’art l’a découvert en 2005 au « Art Basel ». Il est depuis exposé dans le monde entier et en Suisse au Kunstmuseum Bern et au Zentrum Paul Klee. Dans ses œuvres il montre tensions et confusions en dénonçant par ses propres assemblages combien l’imaginaire est le produit de l’influence des médias qui trompent le regardeur. L’artiste le leurre lui-même en juxtaposant des scènes glamour mais néanmoins le but est de montrer combien nous sommes vulnérables à de telles visions pratiquement « hors sol » pour la plupart d’entre nous.

Rodgers.jpgCes images ne sont en rien des instantanés ou les tranches de vie, mais plutôt une dissection de ce qui nous fascine mais qui est discordant par rapport à qui nous sommes. Bref l’artiste pratique un décalage subtil, une discordance où il ne s’agit pas de se faire prendre par une vision première.

Rodgers 3.jpgLe monde du paraître se déglingue pour sonner mâtine lors dès l’érection de nuits chaudes de divers « parties ». Il y a là des femmes au physique d’exception mais une certaine déréliction est omniprésente. Nulle gaieté en de telles épopées qui deviennent dérisoires et empreintes de vacuité d’une forme d’illusion suprême où le - suave devient farcesque en des chansons de gestes pleines d’embrouilles.

Jean-Paul Gavard-Perret

Les œuvres de l’artiste sont visible à Aéroplastics (Bruxelles)

 

 

26/09/2018

Peter Stämpfli : faire disjoncter le réel

Stampfli.jpgPlus que l’objet, sa familiarité ou son étrangeté, Peter Stämpfli met en jeu le regard dans une œuvre miroir de son environnement. C’est pourquoi l’artiste est devenu un des peintres majeurs du XXe siècle. Entre autre pour ses variations autour du pneu. Cette exposition revient sur ses premières peintures. « Ma recherche à l’époque était de faire une sorte de dictionnaire des objets, des gestes quotidiens » écrit celui qui modifie et déplace les angles de prises pour isoler dans le réel ce que la normalité peut avoir d’incroyable mais que notre inattention empêche de voir.

Stampfli 2.jpgL’artiste isole objets, poses et codes en parallèle à ce qui se passe à l’époque avec le Pop art américain. Existe là un humour froid dans une observation sobre et volontairement rigide. Cette « dramatisation » comique du quotidien fait de nous des sortes d’extra-terrestres sans que nous le sachions. La représentation de ce qui nous « fait » se crée par une mise à plat – à tous les sens du terme.

 

Stampfli 3.jpgSurgissent des 17 tableaux la force, la charme et l’efficacité d’une visualisation minimaliste et drôle. A l’époque l’œuvre fut mal comprise – et c’est un euphémisme. Mais cette rétrospective prouve la puissance d’étrangement du réel de la part de celui qu’on voulut réduire à une manifestation de l’école du design suisse, et qui s’inscrit désormais - par ses réductions radicales -haut dans l’histoire de l’art du XXème siècle et ses avant gardes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Peter Stämpfli, « Stämpfli Pop (1963-1964) », Galerie G-P & N Vallois du 14 septembre au 20 octobre 2018, Paris.