gruyeresuisse

07/04/2019

Les féeries glacées de Jean-Baptiste Girod

Girod.jpgJean-Baptiste Girod, La Menuiserie, Lutry, du 06 au 14 avril 

 

Jean-Baptiste Girod aime noyer ou perdre le regard du voyeur en le faisant dériver dans le courant dévié de la lumière dans une abstraction. Elle appartient au langage "pur" de la peinture mais semble garder des prises sur le réel. Chaque oeuvre indique un lieu et un non lieu. L'artiste en expose l'énigme pour un dogme renouvelé de la révélation.

 

Girod passe le rideau des apparences. La visibilité devient un état de gel où l'immersion figée prend un caractère mystérieux. Le charme se tend de nouveaux arcs où falaises aux couleurs éteintes. L'artiste invente des scénographies subtiles loin de tout fétichisme mais avec une grandeur qui rappellent par la bande la peinture paysagiste romantique allemande (Caspar David Frierich) tout en effaçant ce que Beckett nomma "la paysagéité".

 

Humilité, simplicité dans la sophistication permettent d’aborder un dedans du réel là où tout est dur et tendre et sans la moindre condescendance ou mollesse. De telles "mises en scène" deviennent des artefacts.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

09:49 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (1)

06/04/2019

L'exception Geraldo de Barros

Barros 4.pngGeraldo de Barros "Photographie, Peinture et Design", Arcadia, Genève du 10 mai au 15 juin 2019.

Geraldo de BarrosPaulo (1923 - 1998) est un artiste majeur de la scène brésilienne. Il la prit à revers loin de tout effet de baroque ou de luxuriance. Dessinateur, graveur, peintre, photographe, graphiste et designer, il a modifié l'art de son pays en se frottant aux influences européennes lors de ses séjours en France, Suisse et Allemagne.

Barros.jpgInfluencé par Max Bill, Henri Cartier-Bresson, Giorgio Morandi et François Morellet et par le Bauhaus (qui lui permit de bouleverser la notion d’habitat au Brésil), l'artiste eut du mal à se faire reconnaître sur la scène internationale. Mais les choses changent comme l'illustre cette exposition multipartitas. Elle prouve combien pour son pays - mais pas seulement - De Barros est un plasticien d'exception

Refusant une forme de sacralité de l'art il crée des oeuvres subtiles, complexes entre autres dans leurs structures de formes et l'emploi du noir et blanc. Son travail cherche moins à séduire qu'à parler à l'homme. En ce sens il s'agit d'une oeuvre politique mais dont le militantisme ne se réduit pas à un affichage de mots d'ordre.

Barros 3.jpgCapable d’abstractions l'artiste ne la transforme jamais à une métaphysique. Il tente  néanmoins d'élever le niveau de conscience par la beauté. Implicitement existe dans l'oeuvre une idée de progrès tant sur le plan social qu'esthétique. Pour lui cette dernière n'a pas qu'un mobile affectif. La passion de créer est toujours au service d'une fonction où la beauté n'est pas décoration mais un vecteur d'avancée.

Barros 2.jpgPour un tel artiste exit le superflu. Demeure un essentiel qui n'est pas une "essence-ciel" mais de nature terrestre. C’est pourquoi il faut savoir contempler de telles oeuvres comme un appel intense à une traversée. De Barros dégage non seulement un profil particulier aux visages et aux choses mais au temps qu'il bouleversa. L'oeuvre propose pour notre époque du neuf toujours agissant.

Jean-Paul Gavard-Perret

05/04/2019

Les doubles postulations de Dorothée Thébert

Thébert.jpgDorothée Thébert, "Thérèse et la Chèvre", coll. Shusslarry, art&fiction, Lausanne, 14,90 CHF., 188 p. A paraître le 1er mai.

 

Photographe généralement de scène Dorothée Thébert vit et travaille à Genève. Elle a développé aussi des créations de leurs écritures jusqu'à leur mise en scène. Depuis une dizaine d'année le livre lui sert de nouvel espace et elle s'oriente  vers la littérature par étapes. Après et pour la Bibliothèque des femmes, un projet d’écriture collective de Julie Gilbert où elle dresse le portrait de la poétesse américaine Audre Lorde elle a entrepris un projet plus ambitieux.

 

Thebert 3.jpgSon récit mélange à la fois deux temps et deux formes. Et ce à partir des deux premiers films que la future créatrice vit avec ses parents : Thérèse d’Alain Cavalier et La Chèvre de Francis Veber. Quoi de plus différents que le langage de ces deux films ? D'un côté le radicalisme au service du portait d'une sainte, de l'autre la comédie (au demeurant réussie) au service d'un lunaire désopilant.

 

Thébert 2.jpgL'artiste s'y est trouvée soumise à deux postulations contradictoires et qui l'habitent. D'un côté la recherche d'un langage poétique aride, juste, ambitieux quant au sens. De l'autre le désir de ravir et de donner une joie communicative par une forme plus souple  mais qui possèdes des qualités intrinsèques. Le livre répond en son fond et sa forme à ces deux perspectives. Il en devient l'espace. Sur la page de gauche : le récit de l’anecdote et de ses échos sur la page de gauche. À droite, le scénario d’une possible mise en situation de deux corps : de Thérèse et de la Chèvre. La créatrice trouve là le lien à la dimension passée de son travail et à celle qu'elle est entrain de créer sans que pour autant aucune page se tourne. Au contraire.

 

Jean-Paul Gavard-Perret