gruyeresuisse

12/04/2018

Pierre Alechinsky et Antonin Artaud en « repons »

Artaud 2.jpgA celui qui ne croit plus “ aux mots / à la vie / à la mort / à la santé / à la maladie : au néant / à l’être / à la veille / au sommeil / au bien / au mal ”, à celui qui “ croit que rien ne veut plus rien dire et que tout depuis toujours d’ailleurs n’a jamais cessé de me faire chier ” (Œuvres Complètes, XXIV, Gallimard) et qui opte contre la langue pour la glossolalie répond un des rares artistes capables d’être en symbiose avec lui : Pierre Alechinsky. Artaud a cherché des scansions, syllabe par syllabe et un langage où “ maumau ” se laisse envahir par des flux de pulsions phoniques et verbales. S’y mêlent une certaine drôlerie et surtout des formes de colère, de haine et de révolte.

Alechinsky.jpgA cette “ olophénie musicale ” (comme Artaud la nomme), à cette trépidation de forme épileptique du verbe répond les images d’Alechinsky. A leur manière elles rongent le logos qu’elles recouvrent en une sorte de fatras sur la fatrasie où elle repose afin d’ouvrir à une autre lisibilité et autre cartographie du réel. Dans ce jeu de « repons » deux danses du scalp se font écho. Elles s’excluent du jugement des pères et de celui de Dieu et de leurs repères. Ils sont évacués par deux corpus qui se fichent des lois coutumières.

Jean-Paul Gavard-Perret

Pierre Alechinsky et Antonin Artaud, « Le gi li gi li »,  Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 2018, 20 p.

11/04/2018

Les passants de Michel Haas

 haas2.jpgMichel Haas, « Entre deux ères, Œuvres choisies, 1990 - 2018 », Galerie Ligne Treize, Carouge, du 14 avril au 18 mai 2018.

Michel Haas invente d’étranges méduses dans des « habits » aux multiples couches. L’œil fait retour chez lui mais selon d’étranges portes. Existent aussi des princes du quotidien (fleurs à la main) qui semblent grimper des falaises collantes des murs en des techniques mixtes et divers monotypes.

Haas.jpgLes bustes semblent rêver de performance et d’allaitement le tout en tension et en équilibre. L’espace se nourrit d’épaisseurs. Elles sont parfaites pour ce type d’avatars qui n’ont rien de porcelaines sur le bord de la cheminée. Personne ne se demande s’ils ont été victimes de torture ou  furent des idoles indigènes aux hanches de déesse, car - et de fait - ils sont bien plus proches de nous que de la chimère.

Mais le tout crée un ensemble plus qu’intéressant afin de suggérer la précarité humaine. Il y a là des exilés faisant la queue sur la comète pour enjamber des barrières du réel dans leur gymnastique. De tels Neptune sont moins des bourreaux du bitume que des êtres qui nous ressemblent : inachevés ils tentent de dessiner un nouvel espace au gré du temps.

Jean-Paul Gavard-Perret

10/04/2018

Maria Svaborva : les immobiles

Svaborva.pngLes photographies de Maria Svaborva offrent des scènes théâtralisées presque irréelles au sein même d’un réel qui soudain semble se figer. L'artiste fait passer de l’illusion subie à l’illusion exhibée. De l'oeuvre naît une béance particulière qui se dégage des histoires d'objectivité et de choses vues. L’apparence crée par l’artiste ne dissout plus le réel mais le transforme en artificialité au sein d’une sensualité froide.

svaborva2.jpgLe tout dans une succession de narrations frontales et subtilement ironiques là où l’aspect festif se fige dans une esthétique faite de poses strictes. Les notions d’identité et d’individualité se perdent. A la surface de l’eau et des murs de la piscine «répond celle des photographies où les naïades sont de véritables statues.

Svaborva3.jpgLes illusions offertes restent des plaisirs qu’il faut saisir. Un passage demeure possible par l’ « ostinato » des images froides et légères d’une poésie plastique distanciée par une photographe capable de transformer chaque prise en tableaux aussi expressionnistes qu’impressionnistes.

Jean-Paul Gavard-Perret