gruyeresuisse

08/10/2014

“Helvet Underground” : coucou roux coucou

 

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Yves Clédat et Coco Petitpierre - entre sculpture et performance -pratiquent un burlesque dégingandé à travers une déclinaison d’histoires de couples. Néanmoins aucune approche psychologique ne préside à de dérisoires ballets. Une de leurs œuvres les plus connues est celle de deux santons suisses hétérosexuels qui semblent sortis d’un coucou.  Privé de visage mais habillé de costumes typiques ils entament une valse à quatre temps avant de s’affaler sur le sol. Il n’existe là aucun ostracisme envers la Suisse mais plutôt via deux figures de son folklore le moyen de scénariser sous la forme de la parodie le mécanisme amoureux de corps devenus automates.

 

CLEDAT 2.jpgLa mise en branle des deux marionnettes est fonction des costumes des personnages qui s’animent au son de la valse. Son rythme s’accélérant la force centripète  fait culbuter des personnages. La chute renforce le caractère aussi drôle qu’insignifiant des personnages et souligne l’idée que les êtres sont dénués de vie intérieure, de « mer interne ». Qu’on se rassure toutefois : les deux figurines suisses ne sont que les épigones de bien d’autres pantins : bêtes humaines poilues, bonshommes de neige, etc.. Dans une narration réduite à minima l’interaction des corps se résume ici à une allégorie de l’amour. Réduite à sa plus simple expression elle déplace le sentiment à une simple mécanique géométrique. Les deux fantômes demeurent étrangers à qui ils sont sinon à leurs tibias. Ils leur permettent un temps d’effectuer leur chorégraphie (existentielle ?) avant le renversement final.

 

Jean- Paul Gavard-Perret.  

 

 

 

La griserie plutôt que le confort : entretien avec Barbara Cardinale

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Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? La curiosité de vivre un jour nouveau.

 

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? La plupart sont devenus réalité. Dans les instants de doute, j’essaie toujours de me souvenir ce qui me faisait rêver enfant. Ainsi, je sais ce qu’il me reste à réaliser.

 

A quoi avez-vous renoncé ? A rien. Je mets toujours tout en œuvre pour réaliser mes projets et aspirations. Si je n’y arrive pas, je les adapte.

 

D’où venez-vous ? Je suis née et je vis en Suisse depuis toujours, mais je n’oublie jamais mes origines italiennes, du côté de mon père.

 

Qu'avez-vous reçu en dot ? La douceur de ma mère et une formidable persévérance de la part de mon père.

 

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ? J’aurais certainement eu une vie plus « pépère » et confortable, réglée et, somme tout, moins grisante.

 

Un petit plaisir - quotidien ou non ? Ecouter de la musique dans le train en regardant le lac défiler sous mes yeux.

 

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? Rien. Je suis comme tous les autres. Je me bats pour faire valoir mes idées et partager mes points de vue.

 

Quelle fut l'image première qui esthétiquement vous  interpela ? Les fresques dans les églises. J’ai toujours été attirée par la force tragique des mises en scènes religieuses.

 

Et votre première lecture ? « Le Petit Prince » d'Antoine de Saint-Exupéry.

 

cardinale.pngPourquoi votre attirance pour les hybridations ? J’aime combiner et associer à l’infini divers éléments. Associer un corps de femme avec des éléments animaux, par exemple, n’est autre qu’une manière de se voir dans toutes les multiplicités possibles. C’est être autre en apprenant à être soi, c’est se découvrir toujours autrement, une manière d’explorer l’altérité.

 

Quelles musiques écoutez-vous ? De tout. J’ai une préférence pour la musique rock et classique.

 

Quel est le livre que vous aimez relire ? Les ouvrages d’Haruki Murakami. Tous sans exception.

 

Quel film vous fait pleurer ?« Billy Elliot” de Stephen Daldy. Ce film est un magnifique exemple de la réalisation d’un rêve d’enfant, justement.

 

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? Une femme qui n’a pas peur de renoncer aux schémas sociaux et d’exprimer qui elle est, au risque de déplaire…

 

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ? A mon premier amour.

 

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ? Sans hésitation, Rome.

 

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ? Frida Kahlo, Claude Cahun, Elly Strick.

 

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? Un abonnement pour une saison dans un théâtre.

 

Que défendez-vous ? La liberté. La liberté d’être, de créer et d’aimer.

 

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"? Je pense que Lacan devait être dans une phase très pessimiste ou peut-être qu’il venait de se faire plaquer ? Ou les deux. Quoi qu’il en soit voilà une vision bien fataliste de l’Amour. Je crois en l’Amour. On en a tous à donner et l’on espère en recevoir autant que possible, même si l’on est trop fière pour se l’avouer.

 

Que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" J’aime bien commencer mes réponses par oui, même si au fond, je vais dire non, même si je n’ai pas écouté la question. Le « non » est si abrupt parfois. Il faut savoir le dire en finesse et avec audace. Il gagne en force et perd en contrariétés.

 

Quelle question ai-je oublié de vous poser ? Pourquoi « faites »-vous de l’art ? Parce que je voudrais savoir qui je suis.

 

Entretien réalisé par Jean-Paul Gavard-Perret, octobre 2014.

 

07/10/2014

Laure Forêt : Fragments du discours amoureux

 

 

 

 

 

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Morceaux de corps disposés dans la région où la pensée n’est que panier percé.

 

Suite de soleils roses gantés pour enjamber ceps et épieux.

 

Lignes et courbes noires tranchant l’épaisseur du blanc et celui de l’obscur.

 

Au fond de l’entre-val le vrai se livre. Une jambe lue ouverte en livre.

 

Le feu se pourra-t-il scellé ?  La chair très douce, très rose, inconnue, en protection rapprochée.

 

Corps jetés l’un contre pour libérer du manque.

 

Architectures des X et des Y. Noyaux d’ombre centraux. Conjugués à l’agir.

 

Par l’aide des bras ou des cuisses s’exercent le danger atteignant le siège là entre les jambes et les yeux.

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Douceur de l’âtre dans le chevêtre.

 

Renversement de lignes dans l’envers et la verse.  Le change donne la bête aux enfers.

 

La jambe échappe au corps, l’enlise plus belle de quoi elle s’empare.

 

Elle réunit sa peau la profonde, lève le noir le plus nuit.

 

Secousses jointes. Cambrures, galbes. De fond et de fleuve. Gestes uniquement.

 

Mains dans le sens des yeux se gonflent de changes. L’oiseau de poing là dressé ou replié.

 

Les gestes sont des routes. Ils se suffisent à eux-mêmes. Calligraphies de l’essentiel.

 

C’est le moment où le dessin commence se faisant nécessaire – motif et principe.

 

Seul compte l’instant de l’échange. Moments mutiques, énigme sans la question. La tendresse pour folie.

 

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Vaporeuse poussière d'un indiscret rayon de soleil. Le désir peut-il se soumettre

 

A cette folie ? A cette sagesse ?



Jean-Paul Gavard-Perret

 

 



 

Laure Foret en résidence au CAC de Pontmain, Février - Avril 2015, Vernissage de l'exposition le  25 Avril 2015

 

«  Mon Chéri » & « Pickpocket » Les Editions Derrière La Salle de Bains, Rouen.