gruyeresuisse

04/05/2015

Yossi Loloi : X-XXXL

 

Loloi.jpgYossi Loloi  focalise son attention photographique du nu sur les femmes obèses, « monstrueuses » aux yeux de la « normalité ». Cela n’est pas sans créer de multiples ambiguïtés, doutes, critiques. L’artiste dit émettre une esthétique engagée contre la discrimination fomentée par les médias et  la société occidentale. L’objectif est donc de mettre en plein jour une forme de beauté à laquelle le regard n’est pas habitué mais qui à la fois le fascine et le répulse comme jadis les  monstres de foire où les « Mirandas » étaient exhibées.

 

Loloi 2.jpgD’un côté le projet est louable puisqu’il sort du silence et de l’invisibilité  des égéries déstabilisantes. Mais il suscite un malaise. L’artiste le justifie en disant qu’il faut rappeler au monde que "nous sommes beaux parce que nous sommes différents. Pourquoi un portrait d’une personne obèse serait plus une provocation que celui d’une personne anorexique en couverture d’un magazine ? ". Reprenant des mises en scène classique pour celles qui ne le sont pas, une telle  projection ou mise en abîme ne peut provoquer qu'une exhibition malsaine. Afin de magnifier un tel corps ne faudrait-il pas trouver une autre stratégie. La représentation ne demanderait-elle pas un autre respect, une autre révérence que ce copier-coller dans lequel la femme différente risque d'être réduite à l’état objet de répulsion ou de fantasme douteux face au standards du genre ?

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

03/05/2015

Leigh Ledare à Art Basel : Mère où est ta victoire ?

Leigh 4.jpgLeigh 2.jpgLa série la plus célèbre de Leigh Ledare s’est étendue sur une période de huit ans. Il y a photographié sa mère l’artiste Tina Peterson. Le « modèle » maternel a été saisi dans toutes les situations : nue, en dessous chics ou habillée, seule ou avec des amants, malade ou en bonne santé. Tina flirt avec la caméra, se masturbe, cougar, elle fait l’amour avec des éphèbes (« Gonzo le roi du porno », « le horn-rabi », « Le pompier fougueux ») trouvés dans des journaux de petites annonces hot. Leigh Ledare affirme que l’idée de la série vient de sa mère. Elle voulait voir comment elle apparaissait dans le cadre photographique. Ce face à face reste passionnant puisqu’il frôle une sorte d’inceste à la Molinier.

 

Leigh BON.jpgAvec « Double Bind » présenté à Bâle : un autre face à face est proposé en un féminisme particulier considéré comme une entreprise théorique et pratique de résistance à toute forme de domination. Le sexe est féminin, la femme le maîtrise, s’en amuse il semble pour elle aussi important qu’anecdotique et permet de questionner sur le masculin, de le déconstruire. Le mâle est « parlé » par elle afin d’amorcer une réflexion que l’artiste espère fertile. Face au mâle dominant Leigh Legare se fait utopique, conquérant. Il multiplie des attaques en règle contre les figures et formes d’autorité en un théâtre des forces idéologiques prépondérantes.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Leigh Ledare, « Double Bind », stand MFC- Michèle Didier

 

 

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02/05/2015

Cendres Lavy et les interdites

 

cendres lavy 3.jpg

 

 

 

Cendres Lavy, Editions de la Salle de Bains, 6 Euros, 2015.

 

 

 

Cendres Lavy cultive haies et lisières, dégrafe des soutien-gorge, montre des postérieurs moins pour les enivrer de caresses par des voyous de barrière que pour faire crisser les apparences. Les robes de certaines de ses femmes sont arrachées. Elles n'ont pas pour autant épuisé leur provision de panache. Même s'il ne reste qu'un peu de safran au fond de leurs yeux. Sous la jaune transparence de leur voile se distingue le ruisseau noir qui partage leur corps en deux cuisses disjointes. Se  découvrent aussi des muscles ronds et des trapèzes du dos puis la nuque. On arrive aux  cheveux. Sous les chignons surgissent des chairs brillantes en porcelaine.

 

 

 

CENDRES LAVY 2.jpgCENDRES LAVY.jpgMais la Genevoise a mieux à faire que cultiver les rêves. Ses germinations sont  « atrocement » drôles. Les corps « blasphémés »  pulvérisent toute paix des ménages et des corps. Ils avancent sans honte et en provocation selon un certain délire. Face aux vautours du réalisme les femmes de Cendres Lavy restent des rebelles riches de leurs ardeurs et leurs outrances. Elles refusent  de plaider pour nous : elles abusent au besoin de nos manques et de nos fuites. Tout équilibre  est ignoré : l’artiste alimente la complexité des êtres par delà la simple idée de beauté. Elle pense donc mal pour dessiner  ce qui échappe aux images policées.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret