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15/05/2015

Hubert Renard : signes et significations

 

 

 

Renard BON.jpgHubert Renard, « quarante deux cartons d’invitation aux vernissages », Editions Incertain Sens, Rennes, 2015, 88 pages, 10 euros, 2015

 

 

 

Belle idée que celle d’Hubert Renard proche des jeunes artistes lausannois (Fretz, Loye, etc.). Il a rassemblé  les cartons d'invitation de tous les vernissages de ses expositions de 1971 à 1998. Ils fonctionnent comme une chronologie mais aussi en tant qu’œuvres d’art : car chacun est un signe distinctif des divers temps du travail de l’artiste. S’y lit aussi toute une contextualisation de l’œuvre à travers les choix graphiques des cartons et les règles en  usage selon les lieux d’exposition (institutions, musées, galeries, biennales, lieux alternatifs, pays).

 

 

 

Renard BON 2.jpgCertes les œuvres du créateur ne sont pas forcément reproduites et les textes demeurent  laconiques : néanmoins un tel livre permet  à la fois de découvrir les réalisations cartographiques de l’artiste,  de suivre le fil de son œuvre. Il permet aussi de retrouver - pour les expositions collectives - le nom d’artistes proches de Renard. Chaque carton est donc à la fois vecteur de signes et significations. Le tout selon une évolution qui ouvre à la compréhension de leur histoire comme de celle du travail de l’artiste. Sa qualité du faire est toujours présente dans la simplicité.  Si bien qu’en ce répertoire d’étapes successives l’esprit du créateur, ses possibilités figuratives, ses ambitions et son imaginaire demeurent toujours présents de manière concise mais évidente. Là où l’artiste aurait pu subir les formes dans un cadre d’un pur énoncé il en reste le maître.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Graffitis et patterns géométriques : Jean-Pierre Sergent

 

 

 

Sergent 3.jpgJean-Pierre Sergent, « Erotic graffitis and sacred patterns », Galerie Art & Context 101,  Rue Allschwiler, Bâle  du 13 juin 2015 au 29 août 2015.

 

 

 

 

 

L’œuvre de Jean-Pierre Sergent est complexe : sophistiquée et directe elle s’alimente d’une réflexion perpétuelle sur le sens de la vie et celui des êtres. C’est pourquoi les « moindres » signes comme des graffitis pornos sont utilisés par l’artiste dans un parti pris d’obligation à la fois morale et forcément immorale… Ces dessins deviennent  les témoignages de l'animalité de l’être : « l'attraction sexuelle de l'homme et de la femme » écrit l’artiste.

 

 

 

Sergent 2.jpgDe tels schèmes graphiques restent ce qu’ils sont toujours mais qu’on oublie : enfantins et virils, ridicules et fondamentaux, spontanés et sans âge... Et l’artiste de préciser : « ils sont la porte secrète de l'âme et de la Libido, les haïkus du désir, l'extase sublimatoire et transcendante ; mais également génériquement et violemment des anti histoires » qui prennent par revers les bonnes mœurs et la notion même d’art « bourgeois ». Du fond des toilettes qui deviennent les cavernes de « poètes » d’un genre particulier les graffitis  multiplient turgescences et rondeurs opulentes. Elles sont autant de signes que le désir et le manque travaillent à porte fermée mais à corps ouvert.

 

 

 

Face à eux l’artiste oppose leur « antidote » ironique. L’art « officiel » reprend ses droits de cuissage face aux anti-doxas jubilatoires et orgasmiques de l’homme premier d’avant le « poliçage » de la culture.  Ce que l’artiste nomme ses « patterns géométriques »  fait le pendant au monstre premier puisqu’ils sont le fruit d’une esthétique et d’une culture issues du sacré et dans lequel se reconnaît le tribalisme officiel de toute société dite avancée. Ils témoignent de structures acquises au fil du temps. Ils sont tout autant la preuve d’une maîtrise, d’une méditation, d’un détachement et d’une sublimation par rapport à la « vulgarité » des images sauvages. Ce mélange entre chaos et ordre, entre brutalité et médiation, entre vide et plein (sans préciser dans ce dernier cas où se trouvent l’un et l’autre) devient pour l’artiste l’image duale de l’être et de la vie. Le jeu en vaut la chandelle et ouvre bien des méditations.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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14/05/2015

Les dérobades enlacées de Zoé Balthus


 

Zoé Bon.jpgZoé Balthus ose dans ce beau texte ouvrir ses personnages aux plaisirs. L’homme - un peu lent d’abord mais la poétesse le presse - finit par goûter les parfums de  la femme, boire à sa source, dévorer son amande douce. Sa partenaire-narratrice sait battre des ailes pour ça : elle parcourt son sang, le regarde par dessus par-dessous et lui rappelle le renflement d’éros que Cécile Hug habille de ses lignes vertes, de ses lignes noires. Chaque coque cache de ses graffitis fins le secret de l’effeuillée rose.

 

 

 

Zoé 3.pngZoé.jpgLongtemps l’amant a rêvé de ce galbe recouvert de soie. Désormais la poétesse avec pudeur mais franchise met des mots non dessus mais dedans. Un loup confidentiel est invité aux sensations retrouvées à la source exacte des vertiges. L’amande devient l’ogive d’une idée fixe dont rien ne sera dit : sinon tendresse et insomnies au moment où Cécile Hug joue de violons visuels plutôt que des cymbales. Pour atteindre les lèvres intégrales les deux créatrices se mêlent en un mix entre Lilith et Mère Arnaud. La seconde est convoquée uniquement pour sa capacité à donner des leçons de conduite que Zoé Balthus dirige non vers l’ange mais le démon. Elle le pousse  en capitaine d’infanterie pour qu’il feuillète ce que Cécile Hug recouvre en feignant de proposer un nuage en fine enveloppe soie au lieu d'une femme charnelle. Mais qu’on ne se trompe pas : d’intrépides gerbes d’opales et des boucles d'orgasmes sont demandés  au mâle. A bon entendeur salut.

 

 

 

Jeran-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Zoé Balthus & Cécile Hug, « Amande douce », Editions Derrière la Salle de bains, 8 E., 2015.