gruyeresuisse

18/01/2016

Eros et Thanatos : Sabian Baumann

 


ABauman.jpgSabian Baumann, « Von Gestern bis Morgen », Centre Culturel Suisse, Paris, du 22 janvier au 21 février 2016.

 

 

Pour sa première exposition personnelle en France, Sabian Baumann présente au CCS une sélection de dessins récents sur papier issus en grande partie de la série Liebe und Traum, horizontales Paradies. L’artiste y développe un bestiaire humain étrange et une végétation empreints de mystères où s’opèrent des coupes franches permettant de voir le dessous et de dehors autant des êtres que de la terre. Manière à la fois de sortir de l'anthropomorphisme et de signaler à l'homme sa perte. Abauman 3.jpgLe tout avec une grâce et un érotisme enjoués qui évitent le travail du deuil et de la mélancolie. Ils permettent de reconnaître ce qui a été perdu : quelque chose remonte de la terre pour tatouer le vide de l'être. Ce qui est caché croît, germe et met - à défaut de noms - des images sur ce qui nous boit, nous suce ou nous crache.

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L’art peut donc l’anormalité, la comédie burlesque le tragique. Lyrisme, humour, vanités et culture populaire s’y mixent dans une suite de monstres poétiques. S’y opère la coagulation de nos fantasmes et de nos fantômes. La vie et la mort nous y affectent sans doute mais sous le mode de l’incompréhension sidérante au moment l’artiste pose des questions existentielles. Visions fantasmatiques et onirisme débridé fusionnent en ses narrations. Elles interrogent la notion d’identité, l’inscription dans le temps et dans la complexité de la vie.

Jean-Paul Gavard-Perret

17/01/2016

Patrick Weidmann et la société du spectacle

 

 

 


AAWeidmann.jpgPatrick Weidmann, « Images de charme », Centre de la photographie, à Art Genève Palexpo du 28 janvier 2016 au 31 janvier 2016


Le CPG présente à Art Genève une nouvelle série de Patrick Weidmann. Les photographies de son livre Magazine de Charme, (JRP Ringier, Zurich) seront complétées des nouvelles pièces. L’artiste y poursuit la monstration du fétichisme de la marchandise. Il double les images de base d’un autre corps : celui ou s’exhibe une forme de virilité - entre autres celles des «gendarmes en bottes noires». Avec « Magazine de charme », l’artiste a créé sa marque de fabrique. Il froisse des photographies issues des magazines pornographiques des années 70. C’est une manière d’effacer partiellement le message de base pour le transformer dans un « sous texte » ou plutôt une iconographie différente en contrariant le désir du voyeur qu’initiaient ces revues.

AAWeidmann 2.jpgLe genre a pratiquement disparu. Décalées par le traitement de l’artiste genevois, ces oeuvres à la fois signent la fin d’une époque et illustrent la nôtre où la pornographie sous l’effet de diverses morales est de nouveau contestée. Face à elle la destruction en propose une apologie biaisée et ambiguë. Le froissement implique une sorte de poésie qui joue du faux et d’une certaine intemporalité. De cette « chirurgie » surgit une réserve du désir par ce qui a priori le phagocyte délibérément en déconstruisant les sémantismes originaux. Entre expérimentation et culture populaire un impérialisme médiatique est remisé au rang de produit de consommation dont l’artiste tire une substantifique moelle.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

16/01/2016

Front de la peinture contre économie de marché – Erik Lindman

 

 

Lindman Erik.jpgErik Lindman, « Torso », Ribordy Contemporary, Genève, 14 janvier -15 mars 2016

 

Pour chaque exposition Erik Lindman travaille longtemps à ses peintures. Cultivant souvent le diptyque il ne sait pas d’emblée les éléments qui iront ensemble. Une nouvelle peinture peut changer l’objectif initial. Peignant à l’horizontal sur une selle de cheval ; il accroche ensuite longtemps ses œuvres sur les murs de son studio pour savoir ce comment elles « vivent » et s’il faut les retenir ou non. Il aime cette exposition en avant-première qui devient son horizon visuel lorsqu’il travaille. Il adjoint souvent à ses peintures des matériaux “pauvres” de récupération. Il les nomme « surfaces » plus que choses. En existent toujours dans son atelier 3 ou 4 prêtes à être intégrées à l’œuvre en cours et afin d’introduire un espace anonyme au sein même du processus personnel de la création.

 

Lindman 2.jpgLes peintures alternent formats en hauteur et larges. Les deux modèles structurent ses expositions et demeurent toujours de l’ordre de l’échelle humaine. D’autant que les « surfaces » représentent souvent l’image du corps même de l’artiste. Il y a donc une logique dimensionnelle dans les œuvres. Elles ne peuvent être considérées toutefois comme des séries. L’artiste préfère l’idée de modules d’échelle en trouvant qu’il existe dans l’idée de série un sous-entendu « marketing » qu’il refuse. Et d’autant que pour lui chaque peinture doit « tenir » à elle seule l’espace.

 

Jean-Paul Gavard-Perret