gruyeresuisse

17/11/2014

Les barbies d’Irina Polin

 

 

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Toute préfiguration du monde échappe car - quoiqu’on pense - nulle opération purement intellectuelle permet d’en découvrir le sens. Seul l’art peut tenter d’en comprendre l’énigme à travers ses configurations. Chez Irina Polin les renversements d’échelle et les équilibres les plus improbables le terme « expérimentation » prend une signification aiguë mais tout autant ludique. Les objets n’y sont jamais laissés tels quels. Ils sont soumis à une dynamique. Elle joue de charades en des syntaxes juxtaposées mais différentes afin de crée des fables selon une démarche libre et jouissive. L’art atteint le déplacement des données immédiates de la conscience et de la perception  sans que pour autant que la poétesse ne joue à l’apprentie sorcière. Elle se veut plutôt sourcière avec la seule arme des renversements de perspective ou de structure. Ses « barbies » y sont soumis à des dépeçages qui les arrachent à leur destin. Elles deviennent une métaphore d’un monde où la femme refuse le sort d’image de mode qu’on veut lui coller. Contre les mécaniques médiatiques l’artiste introduit des engrenages délirants drôles et tendres La poésie plastique fait la jonction entre ce qui est et ce qui n’est pas, entre  le réel et l’allégorique.  Des grâces « insignifiantes » y dansent sur les cils de l’air.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

16/11/2014

L’artiste et sa chaise : Miriam Cahn

 

 

cahn dessin 2.jpgMiriam Cahn, « Nous étions vieux », (edition trilingue), Sous emboîtage,  Edition du Centre Culturel Suisse de Paris, 2014.

 

On n’est jamais plus près de quelqu’un ou de quelque chose que de sa chaise. Pour Miriam Cahn celle sur laquelle est s’assoit afin de dessiner à la hâte une intériorité par fragments d’êtres, d’animaux ou de lieux. Le crayonnage fait masse noire et angoissée loin d’un simple effet de miroir et où les âges se mêlent  : « nous étions vieux plus vieux regardant les jeunes jeunes plus jeunes regarder les jeunes plus jeunes en tant que vieux plus vieux ». Ce que l’artiste écrit ces dessins l’illustrent de manière aussi indirecte que profonde. Ce que le regard perçoit est un état d’attente. Page après page, le « film » des esquisses s’il semble muet parle pourtant l’être et sa maison la plus intime. Et de sa chaise où le quotidien s'use entre enfer et paradis.

 

cahn dessin.jpgPas la peine d'en faire un fromage même s'il n’y a aucun souci que l’opéra bouffe.  Mais sachant que c’est en regardant l’ombre que le soleil se couche, l'artiste en retient la lumière afin que les marionnettes à fil que nous sommes soient tirées- un peu - vers le haut. Qu’importe s’il y a des morts plus achevées que d'autres : Miriam Cahn veille et par ses dessins sort de la vieillesse. En quelques traits elle change la donne, sort des cimetières (même si un chat noir est de triste augure). L'œuvre avance là où la nausée abonde. L'artiste rappelle qu'à tout  mur il faut des crépis. C''est pour cela qu'elle poursuit à rebours le chemin de la vie. Et si ses dessous l’inquiètent, son art naît encore dans une fièvre de cheval. Face aux échafauds d'âge elle se veut Méduse ou Mélusine à la transe lucide même lorsque les fins de "moi" semblent difficiles.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

15/11/2014

Julia Bruderer et les boucs à nier

 

 

 

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Julia Bruderer sale la queue de bien des comètes ou les attife de hardes colorées  ou non  en des dessins aussi drôles que durs et poétiques. Jadis on aurait taxé la Zurichoise d’être une démone. Heureusement les temps ont changé. Et le mâle - du moins ce qu’il e reste -  accepte les créatrices qui donnent à voir l’obscénité de leur monde (s’il est mis en couleur). Ici les hommes ont des cornes mais elles ne ressemblent en rien au sexe statufié de Victor Noir au cimetière du Père Lachaise. Face au genre dit maître l’artiste multiplie des tresses qui singent la détresse. Pour les femmes dessinées tout ciel (même celui du ciel) est étranger. Il n’existe dans l’œuvre ni joli boudoir, ni lys dans les vallées alpines ou jurassiennes. Julia Bruderer a même arraché les baisers afin qu’ils n’emportent plus les lèvres. Les filles ont replié leurs cuisses sous elles et n’écoutent plus les grâces des sornettes du mâle faisant. Leur ventre est redevenu l’endroit le plus sûr de la terre. Il n’est plus chargé de tous tes péchés  d’Israël. Les femmes restent dans leur laine pour ne gémir que de leurs propres lamentos de tourterelle mais le plus silencieusement possible.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret