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19/11/2014

Raphaël Hefti l'homme aux loups

 

 

 

Hefti.jpgRaphaël Hefti issu d’une formation d’ingénierie en électronique  s’est intéressé ensuite aux arts : il intervient sur des processus matériels, manipule et transforme les substances selon des expériences qui défient les mécanismes de fabrication industrielle et finissent par détourner les objets de leur état d'origine. Par exemple ayant découvert une bévue dans un processus de fabrication industrielle il la pousse jusqu'à la création d’une métamorphose esthétique. Il devient une sorte d’homme aux loups pour devancer leurs hurlements.  

 

L’artiste croque leurs expérimentations en un cirque prémonitoire d’un monde par ses offensives. Il anatomise les symptômes, mesure ceci,  cela et transforme les données de base en objets mentaux d’une loterie dont la roue n’indique que des chiffres inconnus. Il invente les schémas de récitatifs optiques, des dispositifs spatiaux ouvrant des portes à coup de dé afin de libérer une rhétorique des formes et des couleurs soumis à des temps spasmodiques, une joie dramatique, précipités sur précipités.  Le temps chronique est remplacé en temps rythmique  par l’émiettement au vif du langage soudain capturé vivant.  L’abstraction pure est écartée ou transformée dans l’espace par volutes libératrices. Elle essaime en structures et rébus. Seul est essentiel le vieux thème mécanique où la vie est captive de l’alphabet qui échappe à la lisibilité. Quelque chose est donc toujours à creuser du côté du lancer, du langage.  La pensée y respire en adresse dispersée, étoilée,  parenthèses, apartés, inserts.

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Surgit une magie matérielle. Voire une spiritualité si l’on entend par ce mot : « respirer ». L’image  n’existe que  par accident, oraison, ouvrant l’espace et le temps sur eux-mêmes : l’un déversé dans l’autre comme  s’ils étaient le vrai sang, le vivier des images, le creusement de leurs traces en une optique foraine faite de compressions et dilatations et en des nœuds de matière impalpable. Raphaël Hefti ouvre bien des failles, capte les forces dans le chaos et la mécanique. Il étudie, expérimente, apprend, éprouve sans peur du labyrinthe. Il ouvre l’espace par un langage contradictoire, multidirectionnel. Restent des rapides, des gouffres contre la mort en des suites d’ouvertures : la vie s’y dynamise.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Raphaël Hefti sera exposé du 23 janvier au 22 avril 1915 au Centre d’Art Contemporain de Genève (Quartier des Bains).

 

18/11/2014

Brigitta Malche : chemins de lumière

 

 

 

 

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Partant – à l’origine – d’un art proche de celui de l’école de Zurich, Brigitta Malche a glissé insensiblement vers un graphisme qui promet d’étranges Ex-votos par l’intervention d’un érotisme métaphorique. Il ne s’agit en rien de reliques mais plutôt de support à la réflexion sur le féminin de l’être. L’artiste en montre le chemin sans jouer les Madames Edwarda chères à Bataille. Tout un déplacement de l’éros a lieu. Il s’habille de subtilité et de finesses afin que le fantasme ne pousse plus comme du chiendent. Sous forme d’aporie le corps danse avant de s’envoler comme un ange en virtuosité plastique.

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On est loin de ce que Poe avait imaginé dans le tableau que Roderik Usher avait peint : à savoir la femme telle une maison en chute « représentant l’intérieur sombre d’une cave ou d’un souterrain ». Avec Brigitta Malche nul souffle de l'effroi. Bien au contraire.  Par sa vision de la féminité elle lutte afin que le réel devienne un peu moins mal, un peu plus humain. L’artiste arrache le féminin au monde nocturne où beaucoup veulent l’enfermer. La femme  n’est plus sa mélancolie.  Le graphisme danse. Nul épi ne vient le contrarier. Le noir devient lumière sur le lait preux du papier.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

17/11/2014

Ben et Bâle

 

 

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Ben reste un artiste résolument français « On peut se coiffer Africain. Mais pas Alsacien ou Breton Ce n’est pas juste » écrit-il dans son « journal » au quotidien. Mais il n’oublie jamais ses racines suisses et voue un intérêt à la foire de Bâle. Il trouve là un formidable rassemblement de la création et refuse de proposer la moindre critique à ce qui est présenté comme de ce que lui-même offre dans ses créations : « Tout est bon, il ne faut rien jeter.  Ni mes boutons de culottes, ni les trous, il ne faut rien jeter et ne pas s’arrêter ». Qu’importe si à Bâle comme ailleurs tout le monde porte jeans, iPhones, Nike, sac à roulette.

 

 

 

Pour exister dans la foire le moteur de Ben  n’est de celui de  Tinguely. Il a soin de préciser : « Tinguely c'est un spécialiste des moteurs. Mon côté Suisse, c'est de mettre de l'ordre. Mettre un lit double au milieu de la rue ». Ainsi continue-t-il fidèle à Fluxus et à une forme de situationnisme d’afficher sa création face à la culture. Pour Ben cette dernière « prend votre temps libre pour vous remplir la tête de noms propres  pour que vous puissiez frimer dans les cocktails  devant les filles et avoir l’air de savoir ». Exit donc la gloire que les artistes réclament mais que le Niçois ne parle qu’en voguant dessus même s’il préfère à ce prurit de l’égo les  idées. Et qu’importe s’il se prend un peu les pieds dans ses démonstrations en affirmant : « presque tous les artistes d’art contemporain aujourd’hui  sauf Duchamp  ont mis tous leurs œufs dans un seul panier  et se sont spécialisés  pour qu’on les reconnaisse  à faire le même truc mille fois. Moi je n’y arrive pas ». Voire… Que sont ses slogans écrits sur support sinon une marque de fabrique et même une succession de produits dérivés ? Rendons-lui toutefois ce qui lui revient.  Des projets diversifiés Ben n’en manque pas.  Il caresse par exemple le projet d’ouvrir un zoo pour espèces vivantes génétiquement modifiées et celui de devenir un danseur de tango. Ses cheveux argent teint le mettent dans les conditions idéales.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret