gruyeresuisse

22/11/2014

Jérôme Leuba et le miroir mutique

 

 

 

Leuba.jpgChez Jérôme Leuba la photographie n'est plus un contrepoint nostalgique. Elle ne sert pas plus de contrepoids métaphorique au réel. Elle devient méditation, travaille sur l'espace et le temps en des diagonales et pour les reconstruire. « L’aperçu général » d’une telle esthétique tourne donc autour d’une perception particulière de l’image. Elle est comme soustraite au regard selon différents effets de décadrages qui achoppent sur un « insupprimable » particulier que Leuba ne cesse de chercher.

 

 

 

Le Genevois sort la photographie de  sa fonction d’illusoire refuge. Il capte des scènes du quotidien selon des séries de décalages et de fuites faites pour chasser des visions domestiques et pour dégager de tout voyeurisme. De la sorte l’image se refuse à une interprétation rationnelle et ne donne pas l’impression de tout « savoir ». Elle est construite pour s’ouvrir à des résonances plus profondes et afin de parler plus à l’inconscient qu’au conscient

 

 

 

Leuba 2.jpgAfin d’y parvenir Leuba affaiblit aussi les indices de réalité phénoménale par le choix du noir et blanc. C’est là une manière de minorer l’effet de réel. Voir n'est  donc plus percevoir mais "perdre voir" en violant les lois de la représentation (telle que la prise de vue de face « anthropo-centrée »). Est créé un climat irréel dans le refus de la séduction spéculaire et pour suggérer une beauté plus sourde et désaccordée au simple effet de paysage ou de portrait. Le photographe réclame et travaille une autre immanence. Le réel devient une terre perdue : en surgit une nouvelle qui sous saveur de néant  a autre chose à dire ou à montrer.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Jérôme Leuba : Centre d’Edition Contemporaine et Centre de la Photographie, Genève.

 

Fredy Bachmann : un instant sans limite

 

 

 

 

 

Bachmann.jpgAvec Fredy Bachmann la photographie du corps féminin induit parfois d'étranges postures dans un détachement programmé. La fumée d'une  cigarette comme les cheveux ont des éclats traversés d'invisibles essaims. Parfois le visage sort du miroir comme une aile qui s'abandonne. Le résultat est envisagé afin d'entrer dans les affres du désir et du plaisir pas forcément sexuel. Les jambes deviennent d'étranges sémaphores que l'ombre ne peut absorber si bien que l’âme liquide se déploie dans une forme d'abstraction plus que de nudité et de biffures sur lequel le regard s’arrête secoué par de vagues de noir et de blanc. Le corps devient le lieu du songe plus que du péché (ou ce qu'on prend comme tel). Il s'épanche en ellipses, laps et abîmes de telle sorte que ce ne soit pas en une pensée qu’on se porte vers lui.

 

 

 

Bachmann 2.jpgLe Tessinois le rend proche et étrange. Il jaillit mais ne peut se toucher. Fredy Bachmann rappelle que l’image photographique n’est pas façonnée d’une seule coulée. Silencieux dans son atelier il la recompose dans un cloaque des formes possibles. C’est, comme à la surface de l'eau lorsque coule le miroitement perpétuel des reflets indicibles. Plongeant dans le seul grand livre ouvert de la femme là où les pages sont encore blanches au sortir de la nuit l'artiste se met en état de disponibilité non sommaire. D’où sa nécessaire perte de repères à travers des images d’aveux où émerge  le corps tellurique et ailé.  Il n’y a pas au bout de la route promesse de Paradis, pourtant c’est lui que l’image « expose ».  A ce titre elle reste l’erreur essentielle dont on ne se remet pas, Il convient  d'en tirer les conséquences. Mais surtout ne pas de lui dire adieu.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

10:21 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

20/11/2014

Idea Burnier : apostilles pour l’émotion

 

 

Burnier.jpgLes peintures d’Idea Burnier sont comme le léopard : elles ne se déplacent pas sans leurs taches de couleurs. Ce sont des iles volcaniques éruptives où peuvent s’inscrire des chorégraphies plus ou mois narratives.  Le bleu ou le rouge rayonnent dessinant d’étranges visions entre figuration et abstraction. Ce sont des apostilles pour l’émotion. Cloitrée dans leur coquille elle est soumise soudain à une carburation. Du coup le regardeur peut contempler le monde à travers de bien étranges fenêtres et leurs pans de couleurs. Une telle peinture apprend qu’il n’y a de sujet sauf si à travers la peinture  - qui comme ici se moque des séjours, des repères - la vie exulte.

 

 

 

Burnier 2.jpgIdea Burnier crée de la sorte des œuvres au souffle incendiaire sans chercher à mater les soulèvements de l'enfer ou du paradis. Il existe en elles la présence d’une femme qui donne à l’éphémère une écorce d’éternité: Des éclats de couleurs viennent  à la rencontre du regard de celle qui en sa peinture crée des friponneries jubilatoires. Elles accordent à la peinture des  mélanges de temps, de formes et de couleurs. Un lyrisme particulier en surgit. Son excès n’est limité que par le cadre de chaque toile. C’est une ivresse sans dieu, un soleil au creux du ventre.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret