gruyeresuisse

31/01/2019

Pauline Rousseau : Je qui ça ?

Pauline-Rousseau.jpgPauline Rousseau semble revenue de tout (ou presque) : "Après cinq années d’études supérieures et de jobs étudiants, des centaines de curriculum vitæ envoyés (...) ma capacité à faire semblant s’est sérieusement étiolée." Pour se venger la photographe a inventeé un diverstissement et une dérivation : "les objets mis en scène dans cette édition constituent une collection d’objets que j’ai subtilisés dans les différents endroits où j’ai pu travailler.Aucun problème de kleptomanie me concernant, je n’ai d’ailleurs jamais volé dans un endroit où je ne travaillais pas."

Pauline-Rousseau 2.jpgCette entreprise plus compensatoire que conservatoire devient un petit traité de l’art. Face au sacré accordé aux images Pauline Rousseau propose une déviance ou une réinterprétation du geste créatif. En feinte d’osmose avec le grand art, la photographe - plutôt que cultiver ses affres - lui accorde de bons coups de pieds de l’âne. Néanmoins la volupté demeure au côté d’une ironie coruscante. Pauline Rousseau s’amuse tout en donnant de subtiles leçons d’interprétation. Le léché se déplace au profit d’autres ardeurs: celles d’exigences iconoclastes.

Pauline-Rousseau 3.jpgLes cordages sont dénoués dans ces face-à-face qui ouvrent le nacre de coquillages d’où jaillissent des flots vivifiant. Ironisant sa propre image - sexy au demeurant - la photographe s’en amuse non sans gravité. Elle disloque les rêves ineffables du conditionnement social. Loin du scandale elle propose ses interventions et ses combats jubilatoires. Elle entre en résistance contre l’ennui au moyen de ses partitions visuelles. En sa corolle et taille de guêpe la fourmi dépitée se métamorphose en cigale joviale.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Pauline Rousseau, "Délits d’objets", Galerie Dilecta Paris, du 26 janvier au 23 février 2019. Lors de cette exposition un livre d’artiste sera publié en édition limitée.

30/01/2019

Michel François : brisures et convictions

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Michel François, Galerie Mezzanin, Genève, jusqu'au 23 février 2019.

 

Michel François vit et travaille à Bruxelles sa ville natale. Sa reconnaissance est internationale. Il est exposé dans le monde entier et fit sensation dès 1992 à la "Documenta 9" puis à la 48 ème Biennale de Venise où il représentait son pays. "Plan d'évasion" (2009) organisé par le S.M.A.K de Gand et l'Institut d'art contemporain de Villeurbanne fut l'occasion de sa première exposition monographique et rétrospective. La galerie Mezzanin rend compte de la richesse d'une telle œuvre.

François 3.jpgL'artiste emprunte un grand nombre de médiums (photos, installations, sculptures, vidéos, etc.) et de nombreuses matières même les plus improbables : pissenlits, cactus, éponge, eau, verre, briques, encre, etc.). Sous l'apparent éparpillement il invente divers types de réseaux, échos, correspondances. Michel François sait jouer de l'ellipse formelle (pour évoquer par exemple la prison) mais il sait tout autant et de manière explicite créer des visions précises (cube de verres aux parois brisées dans "Pièces à conviction, Pavillon brisé").

François 2.jpgLa sculpture et la mise en espace lui permettent de présenter divers types de figurations comme avec ses "Scribbles" dont les embrouillaminis représentent ce qu'il nomme de « gigantesques monuments à la rature ». Tout dans l'oeuvre est dynamique, cabossé ou à l'inverse longiligne et en constante transformation ou énergie là où l'aspect muséal est remplacé par la force du vivant.

Jean-Paul Gavard-Perret

Les échappées belles de Martin Kippenberger

Kimpen.jpgL'artiste allemand Martin Kippenberger est un parfait iconclaste radical. Un ancien catalogue du Mamco le définit parfaitement : " Il prétend être le meilleur peintre de la deuxième ligne. Il pose les questions qu’il ne faut pas poser. Il admet se permettre le luxe de produire des « au-dessus-de-canapé-tableaux » pour clientèle avec canapé." Dans ce but il a investi un vaste champ de réflexions et d'expérimentations.

Kimpen 3.jpgL'artiste a occupé tous les territoires : la peinture, la sculpture, le frottage, L'installation, le collagela gravure, dont il se servait spécifiquement sur ses cartons d'invitation. Il a déployé une formidable énergie pour créer une œuvre intense, chaotique et indisciplinée. Il a collaboré avec beaucoup d'artistes et devient directeur du "S.O. 36", une salle de concerts berlinoise qui abrita des manifestations très animées, comme les concerts d'Iggy Pop ou de Lydia Lynch

kimpen 2.jpgN’ayant pas assez de temps pour tout faire, il délègua son travail. Et a publié la fin du roman « Amérique » de Franz Kafka, resté jusque-là fragment : « The Happy End of Franz Kafka’s Amerika ». Son travail inlassable englobe tous les styles, ce qui ne revient pas à n'en avoir aucun. Bien au contraire.

Jean-Paul Gavard-Perret

Martin Kippenberger, The Museum of Modern Art Syros", MAMCO, Genève, Hiver 2019 du 27 février au 5 mai 2019.