gruyeresuisse

08/10/2018

Etel Adnan et l'extase du monde

Adnan.jpgL'œuvre picturale d'Etel Adnan est exposée dans le monde entier. Classée parfois "néo cubiste" elle se situe loin du naturalisme comme du symbolisme. L'émotion n’est jamais de surface. La peinture n’a pour but que de faire jaillir des éléments qui font le lien avec tout le "hors champ". "L'art est une fenêtre ouverte sur un monde auquel lui seul a accès" écrit l’artiste. Ici il est fait de fleurs.

Leur représentation devient un chant d'amour plein de surprises et de vitalité. La nature s'y dévoile à nous par une peinture moins un état qu’énergie. Le tout dans une aspiration au respect la vie et non des idéologies célestes porteuses de nocturne. La seule "nuit" que l’artiste accepte est celle qui à travers l’obscur donne présence à la lumière du jour. C'est pourquoi ici l'imaginaire découpe des cercles riches de formes et couleurs.

Jean-Paul Gavard-Perret

Etel Adnan, "Parler aux fleurs", Galerie Lelong & Co, du 22 novembre 2018 au 19 janvier 2019.

07/10/2018

Peter Wütrich : gréements de fortune

Wuettrich.jpgPeter Wütrich, “Echo Der Welt”, Susan Boutwell Gallery, Munich, du 19 octobre au 1er décembre 2019.

Peter Wütrich fait sa moisson de livres nomades et jetés comme occis, morts. Sans se préoccuper de leurs idées hautes, il les rassemblent en volumes de volumes. Il provoque leur mutation par envolées et tourbillons. Ils sont moins des cavités que des appeaux longs. L’artiste en agence en interfaces. Rien n’est fait au débotté mais selon des lignes claires en gréements de fortune.

En rien sophiste, l’artiste bernois axe et désaxe les livres. Il inverse leur pôles en bassins de jouvence. Assemblés, ils font un bout de chemin ensemble et deviennent parfois antipodistes. De telles structures ignorent la langue de bois. Si bien que la statuaire trouve une existence originale : la littérature sort de logos pour instaurer de nouvelles pompes et circonstances.

Jean-Paul Gavard-Perret

18:03 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

05/10/2018

David Lemaire "lecteur" de Luisanna Gonzalez Quattrini

Gonzales bon.jpgDavid Lemaire, «Luisanna Gonzalez Quattrini. Accroupissements», art & fiction, Lausanne et Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds,2018, 24 CHF.

 

Réalisé à l’occasion de l’exposition "Accroupissements" au Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds (4 novembre 2018 - 3 février 2019) ce livre permet d’approfondir le travail de Luisanna Gonzales Martini. Née en 1972 à Lima, elle vit et travaille à Bâle. Elle a déjà présenté son travail dans plusieurs expositions - entre autres, à la galerie Bis Heute de Berne et au Swiss Awards, Messe Basel. David Lemaire est fasciné par les travaux immensesqu’elle réalise. Ils ont trait à la représentation mentale qui transforme le réel. Et cette question interpelle le directeur du Musée de la Chaux-de-Fonds.

gonzales.jpgAuparavant et en 2007 dans « Private garden » (Héros Limite), l'artiste publia de très courts récits aussi denses que fantasmatiques qui sont autant de souvenirs que des remarques elliptiques :« Pina veillait sur moi depuis que j’étais toute petite, dans mes rêves elle était ma mère. / Teófilo travaillait dans les jardins publics; aujourd’hui il n’arrose plus que mon jardin. / Antonia travailla durant cinq ans sans recevoir aucun salaire, elle avait demandé qu’on lui mette l’argent de côté pour après, il n’y eut jamais d’après. » Le principe de linéarité était abandonné au profit d’une utilisation visuelle des signes.


Gonzales 3.jpgLes oeuvres plastiques de Luisanna Gonzales Martini fomentent des suites à de tels récits. Existe dans ces peintures un onirisme tendre fait de repentirs visibles avec des touches d'humour. Le regard est mis en équilibre instable entre diverses impressions. Tout tient en instance de la délicatesse persistante tant par les formes que les couleurs. Leur étrangeté joue entre présence et régression. S'y dévoilent une rélexion sur la peinture et une mise en rapport de l'image au monde.

Jean-Paul Gavard-Perret