gruyeresuisse

08/12/2014

Isabelle Pilloud : sans concession

 

 

 

 

Pilloud.pngIsabelle Pilloud aime peindre des femmes d’ici ou d’ailleurs et de reprises en reprises. Proposer des portraits ne revient plus à forcément donner du ressemblant mais atteindre une essentialité. L’art est donc un exercice de patience. Néanmoins dans cette approche par la lenteur peindre revient parfois à aller vite. Le trait est vif, épais, incisif et les couleurs tranchées. S’il reste un minimum d’exactitude documentaire le portrait s’en écarte  pour devenir projection mentale d’émotions et vision où la visage est remplacé par des chaussures sans pour autant de fétichisme. Tout portrait est donc imaginaire il devient une légende libre, une histoire dégagée de ce qui les entoure. Le résultat est troublant, émouvant, riche. Il est aussi humble et ressemble parfois et volontairement à un bâtiment inachevé. C’est le lieu du  «peu» : mais où se saisit une vérité en perpétuel mouvement. Reste visible une interrogation loin d’une simple psychologisation de l’image. Chaque portrait surnage, muet, distant, grave. Il se dérobe soit par décadrage ou pas absence de volonté d’exprimer une intériorité. 

 

 

 

¨Pilloud 2.gifRenouant avec une tradition naïve Isabelle Pilloud élabore l’éloge de la féminité de manière discrète mais sans concession à une beauté ornementale. L’objectif n’est pas de faire lever du fantasme mais de provoquer une réflexion. Dans cette approche chaque portrait porte le message d'un en dessous culturel. Demeurent des suites de présences en un langage cohérent, univoque, volontairement simplifié afin de ne pas se perdre dans l’afféterie. Persistent un doute existentiel et une perte d’équilibre - lorsque les pieds se croisent. Les femmes demeurent proches et lointaines. Des possibles affleurent, un rayonnement perdure en introduisant soudain  non à l’origine mais dans l’origine de la représentation, à la racine de diverses cultures dont la Fribourgeoise crée la synthèse en laissant ouverte diverses interprétations possibles. S’y cachent les blessures et les beautés particulières. Chaque femme semble en attente d’être reconnue mais sans pour autant « poser » là où se mêlent tension et abandon loin de toutes postures de l’artiste comme de ses modèles.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

06/12/2014

L’art vidéo suisse au féminin

 


 

 

Rérat.pngMélissa Rérat, « L'art vidéo au féminin, Emmanuelle Antille, Elodie Pong, Pipilotti Rist », Presses polytechniques et universitaires romandes, EPFL, RLC, Lausanne

 

 

 

 

 

 

 

Existe-t-il d'autres passages que par les femmes ?  Non. C’est une évidence. Et ce depuis le premier jour. Néanmoins sur le plan de l’art la féminité est biaisée puisque elle a longtemps  appartenu presque uniquement à une recréation masculine qui a inventé  à son sujet une  symbolique nocturne et lunaire. Par chance les trois vidéastes suisses mises en « scène » par Mélissa Rérat tordent le cou à de tels préjugés. La femme n’est plus la mélancolie du monde. Et qu’importe si le mâle ne devient qu’œuf dur, un manque de peau, un lent beau au Zizi pas top. Les éphèbes ne rendent pas forcément marteaux trois créatrices réduisent le bloc d’assurance « adamique » en charpie et morceaux. Des scénographies rêvées d’Emmanuelle Antille (« Wouldn’t it be nice », « Angels Camp ») aux jeux de rôles drôlatiques forgés de pop culture d’Elodie Pong (« Je suis une bombe », « After The Empire ») aux délires hystériques de Pipilotti Rist (« I’m Not The Girl Who Misses Much », « Blutclip ») le féminin gagne en factures et postures face aux impostures. Le féminin s’y démultiplie de la femme fatale à la vamp, de la mère parfois nourricière et parfois dévorante. Mais pour qu’une joie demeure.



Rist.jpgMélissa Rérat explique comment par leurs vidéos les trois suissesses – sans doute peu lectrices des 3trois Suisses » - deviennent les sorcières bien aimées et dégingandées qui affranchissent les images de leurs poids officiels et « mâlins ». Les modèles en vogue sont remplacés par leurs cadavres. Grâce à elles ils ne font pas que se retourner  dans leur tombe : ils  dansent des sarabandes infernales. De quoi faire ravaler à Lars von Trier son dentier… Dans de telles « vidéo-fictions » les femmes ont loisir de ne rien faire de leurs reins : elles ne sont pas Elvis en leur pelvis. Visage pâle, yeux cernés de cerneaux ou parfois grimées et désopilantes elles passent outre  les génitales-party du mâle qu’il soit bestial ou d’un romantisme  Capri-cieux. Elles ont compris que chez eux l’angoisse est emphatique et la faiblesse générale. Si bien qu’à devoir avaler de tels brouets non sirupeux il est fort à parier que les hommes aient du mal à affirmer « C’est pas la mère à boire ». Sinon avec grimaces. A rough boy sauve qui peut.

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

(photo Pipilotti Rist)

 

 

 

 

 

 


05/12/2014

Julia Steiner : îles

Steiner.jpg

 

 Julias Steiner, Galerie Turetsky, Genève, 15 janvier au 21 février 2015.

 

 

 









Abyme de révélation, imprégnation du silence

 

Craquelures exubérantes venues de grandes alvéoles

 

Des flots de graphite ou de carbure flottent élégamment

 

Chaque œuvre est une porte qui s’ouvre,

 

Un bain de révélation

 

La dynamique du crépuscule appelle déjà celle de l’aurore

 

Ça brûle. Un cri profond monte

 

Plainte première. Mais aussi la fureur d’exister :

 

Hallucinations nocturnes d’où la lumière jaillit.

 

Demeurent l’envers, l’en-deçà.

 

Le souterrain, l’étincelle du refus puis de l’accord impensable.

 

L’embrouillamini des traces fait autorité.

 

En des feuilles de route désaccordées : escapade du visible

 

L’espace sort de sa cage.

 

Le noir est plein de grâce. C’est un commandement.

 

Des orvets de marécage surgissent d’un bouillon

 

D’un galimatias.

 

Moins de contours que des dedans.

 

Ils rendent gorge ou plutôt prennent la « parole »

 

Plénitude. Entropie.

 

Pas d’arbres ou de fleurs pour saluer le monde.

 

Juste l’ambition d’une matière noire en fusion.

 

Silence du corps à l’œuvre.

 

Chaos et éblouissement

 

Le noir extrême et vivant.

 

Rêve, désir, sensation. Attente.

 

Vésuves et incandescences

 

Calme, liesse? On ne sait pas.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret