gruyeresuisse

22/01/2015

Superpositions : Nicolas Party

 

 

 

 

 

Party.jpgNicolas Party , Pastel et nu, Cente Culturel Suisse, Paris,  février-mars 2015.

 

 

 

Il existe dans l’œuvre du jeune artiste vaudois (« exilé »  à Bruxelles) le passage palpable d’un passé passionnant contrecarré par le vertige et la folie de l’imaginaire du créateur. Dans une esthétique issue du pop-art et des  graffti il introduitdes sujets classiques : natures mortes, portraits, traités par des maîtres de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Par exemple pour sa « Pièce sur cour » il réinterprète - en grand format et au fusain - des nus de Vallotton sur lesquels il superpose des paysages colorés et encadrés. La tradition se fissure mais sans désir iconoclaste ou bricolage. La légèreté s’éloigne du travail de mémoire pour alimenter un dynamisme. Il polarise l’émancipation de l’imaginaire. L’art n’a plus de forme uniforme : il réforme par normes difformes. Elles sortent des alphabets plastiques appris. Nicolas Party témoigne donc d’une pluralité qui repousse les limites de la représentation. Et si un « interlignage » matriciel initie le travail, les créations s’en dégagent vers un cosmos indomptable. L’artiste prouve qu’il a plus besoin de croire au futur qu’à la sacralisation du passé dans une ivresse des formes et des couleurs.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

21/01/2015

Rencontres intempestives et déséquilibres : Gérard Domenig

 

Domenig bon.jpgGérard Domenig, Galerie Mezzanin, Genève. "Artgenève" du 25 janvier au 1er février 2015.

 

 

 

Sans y toucher et avec un humour soufflé Gérard Domenig propose des rapprochements inattendus d’objets simples du quotidien qui rentrent en complicité.  Existe dans cette approche plus de délicatesse que d’insistance afin que le mot « envol » prenne tout son sens. En une radicalité minimaliste, en noir et blanc (ou parfois en couleurs) la photographie propose des renaissances. Elles contiennent forcément des abandons. Mais une « complétude » nouvelle est à l’œuvre avec séduction discrète.

 

 

 

Domenig.pngDans une prise et une perte, les objets utilitaires envahissent parcimonieusement l’espace en étant privé de leur rôle premier. En leur rencontre surgit - par quelques détails - une beauté. Elle n’est plus « normalisée » même lorsque l’objet (une boîte de crème Nivea par exemple) est là pour la protéger.  Duchamp n’est pas loin. Domenig poursuit ses dérivations et glissements poétique. Tout dans l’œuvre lutte contre l'enfermement, remonte du coma des apparences et de l'obscur. S'il y a seuil il n’est que de rupture au sein d’une coïncidence toujours défaite.  D'où cette superposition d'une continuité et d'une similitude mais aussi un ordre de la dispersion où celle-ci est contredite par la "loi" d'assimilation. Le noir fait l’étendue neigeuse, à la frontière de deux lignes mélodiques dans la perfection des cercles et des verticales.

 

 

 

Jean-Pau Gavard-Perret

 

 

 

 

 

Laurent Faulon : l’objet et son double

 

 Faulon 1.png

 

Laurent Faulon, « Les corps fatals », TM Project, Genève, 31 janvier – 28 février 2015. « Life, life, life », Textes de Pascal Beausse et Pierre Tiller, Presses du réel, 96 pages, 20.00 €

 

 

 

Laurent Faulon s’est fait connaître par ses performances critiques où le corps est soumis  à des systèmes de pouvoir dans lesquels chaque individu est asservi par son « utilité » à son obéissance. Mais passant de l’action à l’installation, la critique  du consumériste est aussi présente  par des objets à la fois dévitalisé, détournés, réduits à des ruines qui ne sont néanmoins jamais exhibées en leur état premier. Toute une transfiguration a lieu. Néanmoins l’ « objet-art » perd sa valeur à fort potentiel narcissique, muséal ou financier.

 

 

 

Faulon 2.jpgDe plus, chaque prestation ou présentation se refuse à être comprise comme un produit fini. D’autant que Faulon en appelle à divers acteurs et intervenants : autres artistes ou habitants des lieux d’intervention. Certains projets sont d’ailleurs initiés dans des logements sociaux, des chantiers de construction, etc. et dans des pays sinon exotiques du moins éloignés de la base du plasticien (Genève). Chaque lieu est considéré comme un territoire d’« occupations »  où l'art se lit comme question et non réponse au cadre choisi à dessein. Un tel travail d'interventions, souvent éphémères et contextualisées objets et cadres créent un labyrinthe où le regard en se perdant retrouve un relief caché. Ce qui se découvre derrière l’apparent bric-à-brac de mises en scène et de jeux d’images propose une frénésie particulière où - liesse mise à part – l’ordonnancement pimente ou plutôt détruit bien des légendes idéologiques.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret