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17/02/2015

Gauguin à la fondation Beyeler

 

 

Gauguin 2.jpgPaul Gauguin,8 février - 28 juin 2015, Fondation Beyeler, Bâle. Catalogue édité par Hatje Cantze, Ostildern, 230 pages, 68 E., 2015.

 

Gauguin demeure un artiste d’exception : sa peinture interroge ce qui la fonde et le créateur n’a cesse de scruter le point de vacance où elle surgissait et qui constitua son seul objet, sa seule raison. Mais aussi sa folie. L’inépuisable de cette instance de plénitude espérée au cœur de la peinture et de la vie, l’artiste pensa la trouver à Tahiti : « Là je pourrai, au silence des belles nuits tropicales, écouter la douce musique murmurante des mouvements de mon cœur en harmonie amoureuse avec les êtres mystérieux de mon entourage. Libre enfin, sans souci d'argent et pourrai aimer, chanter et mourir. »écrivait-il.

 


 

Gauguin.jpgL’exposition Beyeler comme le catalogue permettent de se promener au milieudes figures proches ou lointaines. La femme tahitienne reste la nue et la nuée. La peinture  porte sa lascivité. Afin d’y parvenir l’artiste n’a jamais suivi la logique de l’esprit ou du jugement de son époque. A travers ses allégories il a découvert le moyen de fondre périodes et civilisations afin de donner une vie par delà la souci du vrai, du logique admissible.  C’est pourquoi chez Gauguin le mythe n’a rien d’ « historique ». L’artiste préféra inventer les siens sans les resserrer dans les moules de styles et n’aura  eu cesse d’outrepasser le bien pensé, le « bien » peint des pseudo-créateurs dont l’intelligence en Art ne dépasse pas celle de faiseur.  L’intelligence (et la poésie) de l’artiste a permis à la peinture de devenir une prière supérieurement profane. Elle l’emporte sur la simple dévotion religieuse ou académique afin d’emmener le regardeur  vers l’éther sensuel d’un art où l’être demeure saisi dans ses tensions existentielles et abyssales mais aussi ses aspirations d’absolu.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

15/02/2015

Rafael Grassi-Hidalgo : cadavres exquis

 

 

 

 

Grassi.jpgA l'inverse des mouvements migratoires majeurs Rafael Grassi-Hidalgo a quitté sa Suisse natale pour la France. Bref dans son art comme dans sa vie il choisit  des chemins chaotiques... En un bonheur de faire et de montrer le franc-tireur développe une vision singulière de la beauté. A la frontière de la figuration et de l'abstraction, de l'exhibition et du secret il dérange un certain confort de vision même si parfois les touches du surréalisme ou du pop-art restent palpables. Les mouvements physiques de jambes séduisantes sont remplacés par des structures plus rigides : ce que le voyeur espère de tous ses vœux est astucieusement flouté de diverses manières. Feignant d'instaurer une grille sur le chaos le décodage semble néanmoins dépourvu de sens. Le paisible sombre dans la tempête par successions de chausse-trappes ironiques. Le plaisir critique reste donc au centre d’un tel travail.

 

 

 

Grassi 3.jpgRafael Grassi-Hidalgo met à plat les aspects fascinants et traumatiques de la société contemporaine. Des fragments d’images entrent en collision et se chevauchent dans l’éther du cadre. Il ne faut donc pas se tromper sur le propos et l'ambition d'une œuvre aux effacements des standards de représentation mais aussi aux magiques "coagulations". Celles-ci provoquent des fascinations qui n'ont rien de répulsives.  Preuve que Grassi est bien un Hidalgo en lutte contre l'atrophie, l'immobilisation, la dégradation. La déformation n'est jamais une simple déformation. Elle est moins pochade que "cadavre exquis". Elle a valeur de rire, de ce rire qui emporte l'artiste lui-même. Il mord le monde, permet au regard de supporter les situations limites que le réel offre.  L'artiste de dézingue par les spasmes et le mouvement des formes.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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14/02/2015

L’insaisissable émotion cinétique de Maureen Kaegi

 

 

Kaegi.jpgMaureen Kaegi, Galerie Mezzanin, Genève, du 19 mars au 23 mai 2015. "Focus",  Kunstmuseum, Winterthur jusqu’à fin février 2015.

 

 

 

Il arrive que les couleurs consolent. Encore faut-il que leur  mariage consume les apparences. Maureen Kaegi l’organise. Elle distribue les couleurs en dentelles, étoilements et plages. Celles-ci ignorent la paix idéale comme les mouvements de chaos. Une intériorité émerge. Son pur commencement est la poésie de la nature défaite des entraves les plus évidentes.  Nappes et filaments créent des champs perceptifs en mirages. Ils traversent des nocturnes tels des aurores boréales.

 

 

 

Kaegi 2.jpgDes chorégraphies visuelles abandonnent quelques laisses de blanc en trainées. La texture n'est pas monologue, mais dialogue. L'ajout de pigments purs ou en glacis permet de comprendre, petit à petit,  l'obscur comme la lumière de ce qui s'ignore encore.  Tout s'enflamme ou s’étend ne formant  plus qu'une unité d'ombres et de lumières réunies sur le support. Maureen Kaegi opère dans la précision, la juste touche afin de créer le mouvement de vie. La peinture semble boire les océans et déplacer la montagne.  Qui peut la reconnaître ? Qui peut la voir ? À quelle porte vient-elle frapper ?Toujours est-il que imagination va bien au-delà de la réalité. 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.