gruyeresuisse

04/03/2015

Philippe Deléglise : la matière et l’ineffable

 

deléglise.png

 

Philippe Deléglise, « Figures du son », Musée Jurassien des Arts de Moutier, du 8 mars au 24 mai 2015.

 

Partant des expérimentations des visualisations des ondes sonores du physicien (et un des fondateur de l’acoustique)  Ernst Friedrich Chladni le Genevois Philippe Delégilse a découvert une possibilité de renouveler son approche de l’abstraction. Adepte d’une peinture qui parle par son propre langage (comme la musique le fait) et sans besoin de s’appuyer sur le motif, l’artiste reste à la recherche d’une autonomie de ce qu’il nomme « plan-surface ». Dans un premier cycle « Poussières, tombeau de Chladni », comme le savant, il utilise des plaques d’acier. Les recouvrant de  poussière de colophane il se sert d’un archet pour les faire vibrer. La performance est donc à la base de l’œuvre : le geste permet à la matière de se rassembler en certains lieux de la plaque. L’artiste fixe le résultat (réseaux linéaires, entrelacs) dans une série d’estampes.

 

deléglise 2.pngAvec « Echos » le travail est différent.  Ce que la première expérience a provoqué est repris dans une suite  de lithographies. Elles deviennent une reprise, un approfondissement et un jeu de variations de l’expérience première. La musique est donc présente mais de manière subreptice. Volumes, érosions lui accordent des correspondances baudelairiennes implicites avec les arts plastiques. S’y retrouvent les mêmes tensions et élasticités,  d’effondrements et de surrections, d’oppositions entre  le vide et le plein comme il en existe entre le silence et le son. Dans les œuvres de Deléglise  l'équilibre à tout moment semble pouvoir s'estomper : le créateur donne ainsi de l’éternité à ce qui paraît un simple moment. Le présent devient un présent éternel.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret


De Philippe Deléglise : "Figures de Chladni, Editions Art&fiction, Lausanne.



 

11:56 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

28/02/2015

Laurent Cennamo : échafaud d'âge.

 

 

 

 Cennamo.jpgLaurent Cennamo, « A celui qui fut pendu par les pieds », La Dogana, Genève, 96 p., 20 E.

 

 

 

Par son minimalisme, ses déconstructions, ses jeux verbaux (des plus sérieux)  Cennamo saisit le monde dans un dénuement  mais aussi une ivresse. Les deux marquent une obsession, une hantise de l'entrave dont le créateur veut libérer ses œuvres. Après avoir  réparé le trauma du passé paternel et maternel (sujets passionnants de ses deux premiers livres) la poésie se dégage  d’un lieu d'enfermement même si le mouvement est complexe comme le prouve le titre et le vers qui le complète : « À celui qui fut pendu par les pieds  / miraculeusement l'âme est rendue ». Dans ses acrobaties comme en ses épures le texte  permet de penser l'être, son rapport à l'autre et au monde selon un travail de récurrence et de frottage. A ce titre le poète  pourrait faire sienne la phrase de Braque : "une toile blanche ce n'est déjà pas si mal". Pour Cennamo c'est même bien : car à la fin il faut toujours revenir à l'essentiel : l'image primitive et sourde. Jamais loin du presque rien. En dépit de sa jeunesse Cennamo atteint en conséquence une sorte d'essence de clarté. La poésie semble se dérober mais résiste pourtant de manière essentielle. En se sens sous l'apparente banalité se cache ce qu'il y a de plus fantastique, comme il est fantastique, si l'on accepte d'y penser un peu, de posséder un nez et deux yeux, un nez entre les deux yeux.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

23/02/2015

« Sound-lavis » et partitions graphiques d’Oscar Wiggli

 

 

 

 

Wiggli.jpgOscar Wiggli, « Figures du son », Musée Jurassions des Arts, Moutier, 8 mars – 24 mai 2015.

 

 

 

 

 

Oscar Wiggli est une des rares plasticiens à s’intéresser à ce qui était pour Schopenhauer « le plus abstrait des arts » : la musique. A partir des années 80 et à côté de ses sculptures monumentales il entame des séries de dessins, partitions, idéogrammes et montages digitaux capables de proposer divers types d’interactions entre espace, son, rythme afin de visualiser la musicalité. L’imaginaire sonore n’a rien  ici d’une partition : traits multidirectionnels, effets de reliefs,  symboles rattachés à la culture orientale ont comme objectif constant « de visualiser les timbres musicaux ». Cela demande sans doute un effort de reconstruction chez le regardeur. Ils avancent entre formes et traces qui perlent, s’épluchent et virevoltent en divers types de progressions.

 

Wiggli 2.jpgFaux baroque,  vrai postmoderniste, Oscar Wiggli oblige à un regard affûté. Loin de tout maniérisme il fait du lieu de l’image celui d’une « espèce d’espace » envahie de signes afin de produire cette sonorité  abstractive où de fait la représentation et la figuration « classiques » s’émancipent. La force des images tient  à sa qualité de surface. L’éloge du son passe par la nécessaire « platitude » où le génie du lieu crée la hantise du non-lieu de la musicalité par effet de transfert et de construction.

 

Jean-Paul Gavard-Perret