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17/06/2015

Stefanie Schneider : La lumière offusquée

 

 

 

 

Schneider Stephanie.jpgDe situations anodines prises dans l’Ouest américain, Stefanie Schneider transforme le réel en une sorte de marge scintillante et surexposée afin de créer des ambiances fantomatiques et presque irréelles. Le travail avec le Polaroid propose une explosion particulière de couleurs propre à inventer une forme d’indétermination des lieux : le réel s’évapore jusqu’à offrir de mystérieux motifs où le réel se confond avec le rêve, le désir, la fiction. Dans une fausse esthétique « trash » l’artiste allemande  crée des engloutissements et des dilatations des corps. Elle dégrafe des cordages jusqu’à ce que ses photographies deviennent de la nacre diaphane.

 

 

 

Schneider Stephanie 2.jpgDu corps féminins jaillissent des accords de volupté toujours distanciés. Tout se joue selon  méandres du montré/caché. Reste l’évidence de ce qui s’offre ou se révèle plus ou moins consciemment sous effets de lumière. Souvent flottante elle garde une  puissance débordante. La sensualité y dépasse sa fonction première. Elle est périmètre qui détermine mais aussi indétermine l’espace, le lieu, l’attente. Le contexte fonde une unité plus de non-lieu que lieu. Chaque femme est, au milieu des déserts californiens,  une algue caressée ou une eau à boire  à pleines lèvres taillées à la meule du songe creux.  ace à de telles femmes improbables au sein de leurs prises paradoxales il faut se réserver leur image  pour se consoler de leur présence diaphane qui n’est plus qu’un mirage.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Stefanie Schneider, Galerie Walter Keller, Zurich, Galerie De Re, Los Angeles

 

16/06/2015

Les étoiles filées d’Yves Juillerat

 

 

 

Juillerat.jpgYves Juillerat, Exposition. Du 20 juin au 27 septembre, Musée Jurassien des Arts de Moutier.

 

Avec Yves Juillerat l’érotisme classique se rompt, vole en éclat. Sans pour autant tomber dans l'idéalisme. Le monde est là : les femmes s’y répandent parfois dans un contexte paysager urbain (« femme au mobile » 2013 par exemple). Il ne s'agit donc pas de substituer à la réalité de l' « idée » en vue d’un quelconque apaisement platonicien. Et si l'artiste assume  que l’idée transforme la réalité, celle-là n’est pas au service de l’idéalité mais d’une métamorphose des données physiques et des représentations.

 

juillerat 2.pngA Moutier le Zurichois poursuit un travail de sape contre l’imposture de productions qui clôturent le voyeur en une position d’attente et de rêverie. L’apparente « naïveté » de la représentation casse les vulgates du  pareil et du même en créant des« reprises » ironisées de maîtres tels que Balthus, Hopper, etc.. Effaçant par la présence sur le nu d’un soutien-gorge ou d’un maillot de bain, l’artiste cache  mais suggère tout autant ce qui est attendu et qui devient parfois traumatisant (le corps est « entravé »), parfois simplement drôle. Il s’agit  de franchir la frontière des fantasmes (ils enferment) en un espace poétique à la séduction particulière où la femme reste bétonnée en sa solitude. Celle-ci  tend à transformer en masque social l’identité. D’où l’importance de cette reprise en « mains » du « nu » féminin.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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15/06/2015

Fragments de cérémonies secrètes : John Wesley

 

 

 

 

Wesley 2.pngNé en 1928 l'artiste new-yorkais John Wesley peut être classé sous le registre du pop-art. Le sien arpente l'Eros  en conformité avec le mouvement : formes simples et couleurs primaires gardent toute leur importance. La femme s'y fait pieuvre : elle capte le poisson du mâle pour l'engloutir dans sa caverne selon une thématique qui n'est pas sans rappeler l’art nippon de l’estampe. Mais il est traité de manière plus radicale et minimaliste. Nul ne sait si dans de telles scènes il existe des vainqueurs ou des vaincus.

 

Wesley.pngRestent seulement les participants d'un rituel dont John Wesley souligne les ressacs de jouissance cérémoniale. Demeurent des fragments de mêlées reptiliennes et de plaisirs dont l'artiste efface toute psychologisation. Les personnages semblent affranchis de toute convenance là où l'artiste reprend des archétypes visuels "à sa main". L'empreinte d'un sacré n'est pas absent d'escapades qui semblent intemporelles mais dont les syntaxes ne possèdent rien d'évanescentes au moment où les corps s'unissent en pénétrantes asymptotes.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

John Wesley, Œuvres sur papier, Galerie Marc Jancou, Zurich.

 

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