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23/06/2015

L’image mouvement et la tentation du visible : Thierry Davila « lecteur » de Claerbout.

 

 

Claerbout.jpgThierry Davila : « Shadow Pieces (David Claerbout),  Edition bilingue (français / anglais), 192 pages, Mamco, Genève, 2015, 28 €.

 

 

 

Chez Claerbout - et Davila le montre parfaitement - la Tentation du visible passe par excès d'ombre plus que de  luminosité.Ce ne sont pas les choses vues qui donnent aux images de l'artiste une poussée  créatrice. Elles ne sont pas faites pour commémorer ni pour rapatrier vers un Eden artistique. Elles ouvrent le monde une profondeur particulière. En aucun cas le créateur ne les réduit à de petits traités d’archéologie du fugace. Il écarte la tentation du raffiné en préférant l'épure d’un langage surprenant. Il nous ramène dans l’ici-bas de notre inconscient où s’ébrouent les multiples avatars encore non mis à nu de nos désirs, de leur revers et de la nostalgie insécable de l’origine dont Claerboult malaxe l’écume.

 

 

 

Claerboiut 2.jpgDe plus, l'artiste a compris qu’il ne faut jamais rechercher le prétendu marbre de l’identité supposée de l'image (quelle soit mouvante ou fixe) mais sa terre friable. Celle-ci surgit dans le réel comme dans l’illusoire (du support écran ou page) au sein d’un jeu de piste dont on connaît ni le point de départ (est-ce la fameuse "nuit sexuelle" dont parle Quignard ?), ni celui d’arrivée. L'image chez le créateur belge ne mène pas où l’on pense accoster. Thierry Davila (entre autres historien de l'art et conservateur au Mamco) le montre. Il descend dans les arcanes de l’œuvre, là même où Claerbout n'a pas peur que le sol ferme lui manque et ne craint pas la perte de toute  force de gravité. C'est sans doute pourquoi ses œuvres “ creusent ”  le monde et font exploser les corps et les paysages qu’elles exposent.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

20/06/2015

SwingSwiss Sixties : Jean-Pierre Maurer & Robert Müller

 

Maurer.jpgJean-Pierre Maurer & Robert Müller, « Morgan is sad today » , Edition Patrick Frey, Zurich

 

 

 

La série de photographies de Jean-Pierre Maurer et Robert Müller publiée dans « Morgan is sad to day » n’a à ce jour été exposée qu’une seule fois au Kunstgewerbemuseum de Zürich en 1978 avec un texte d'Ettore Sottsass. Les deux artistes y saisissaient l’esprit Beat-Generation qui animait la Suisse dans les années 60. Le livre tire son titre d’une chanson présente dans le premier film du Free Cinema :  A Suitable Case for Treatment  de Karel Reisz (1966). Fidèle à cette nouvelle « esthétique » les photographes ne cherchaient en rien la perfection des prises et développaient les saisies les plus impressionnistes. 

 

Maurer 2.jpgLa documentation qui accompagne les photos les inscrit dans des concepts développés en Suisse grâce à Urs Lüthi par exemple. Les photographies rappelleront aux plus anciens parmi nous le charme du swinging London et sa Carnaby Street, la jeunesse zurichoise de l’époque,  l’apparition en poster grand format d’Einstein langue tiré ou  Keaton en chasse-buffle vivant d’une locomotive. S’y découvre une Suisse bien moins compassée que les étrangers se plaisent à la décrire. Le livre rappelle l’ouverture du pays soumis à un essor économique qui attira les créateurs étrangers et retint enfin les artistes suisses dans leur pays d’origine. Surgissent aussi des graffitis qui ne portaient pas encore ce nom et dont les peintres en bâtiment  étouffaient les cloques.  Loin du bancal, du caduque, du rococo demeure ici une vision moins vieille que cela pourrait être attendu. Bien des artistes y trouvèrent leur voie : Ben entre autres. Mais ce n’est qu’un exemple.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

18/06/2015

« We make it » : Florian Javet met le paquet

 

jAVET 2.pngFace aux incarnations purement imagières et leurs matières trop lourdes et claquantes Florian Javet introduit l’esprit de la lettre  et du réalisme dans la production artistique. Certains diront qu’il y a là l’intrusion de l’intelligence du logos au service de l’émotion. Mais ce serait faire une belle biffure sur le sens même de l’art et de son rôle. Il possède une puissance par effet d’éther mais aussi ses conditions d’existence.  Javet le sait.

 

Au sein de son travail personnel tout se joue entre chair et esprit dans une approche où l’importance du graphisme et des trames des mots crée une impression épidermique. L’image n’est pas abolie : elle passe au moyen de cartes, boussoles ou de GPS «lettristes »  pour renforcer de l’imaginaire et du rêve. Le verbe et ses éléments premiers renforcent le don d’explorateur poétique de l’image. Elle  soumet à une étrange initiation pour sortir  le spectateur du simple état de regardeur ou de lecteur.

 

Javet.pngMais Javet n’oublie pas les conditions de création. Le spectateur est sollicité d’une autre manière où il devient parrtie prenante avec le projet collectif « We make it » dont le Lausannois il est un des principaux animateurs. L’objectif est d’investir les lieux, les aménager pour lancer des structures de travail, d’éditions et d’exposition. A la question de savoir « qu’est ce qu’une image ou ce qu’un lieu ouvre ? » Javet répond en faisant que l’opposition entre animus et anima y soit  tournée (comme le lait tourne) par différents  systèmes de création et de production originaux. Tout sophisme visuel ou mercantile est évacué. Et la séduction  n’empêche en rien l’altérité critique.  

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 


SITE WE MAKE IT : https://wemakeit.com/projects/les-ateliers-de-bellevaux

 

OEUVRES  PROPOSEES : http://ateliersbellevaux.tumblr.com/

 

 

 

12:01 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)