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22/03/2015

Sylvain Croci-Torti : subversion du domain des images

 

croci 3.jpgSylvain Croci-Torti, Art Fair Paris sur le stand de la Galerie Heinzer Reszler, Quartier du Flon,  Lausanne



Dans une approche à la fois analytique et critique Sylvain Crici-Torti reprend  à son compte quelques données du Pop art.   Ses grandes toiles  où le rouge domine adaptent de manière plus abstraite une approche warholienne par un tachisme pictural lié à divers types de tramages très postmodernes. L’œuvre « cadre »  divers type de leurres et de biffures là où un imaginaire de lumière crée de nouvelles conjonctions que le spectateur peut reconstruire à son profit. Elles jouent contre les images habituelles par un travail de décomposition. Il n’exclut en rien le plaisir du regard dans un jeu de l’approximation d'un signifiant volontairement  "égaré"  en tant que "clé" afin de de créer une béance et une interrogation.

Croci 2.jpgCette manière de « casser » l’image et ses illusions par apparition de ce qui la constitue  ouvre à la production d’une absence, d'un manque. Mais ils ne sont que partiels : à travers les éléments de  structuration l’artiste élargit paradoxalement le spectre de l’assemblage : les éléments épars créent en effet des montages homogènes où une forme de  "sublimation" travaille.  Le tableau tel que le construit Croci-Torti par trames et maillages fait donc surgir un terme supplémentaire à l’image : là où elle se perd elle revient selon des espaces interstitiels. Ils donnent tout leur sens à l’acte de créer. La division  programmée permet de retrouver un sens qui n’est plus celui  de l’impasse de la jouissance mais sa régénération.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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21/03/2015

Blue velvet & poupée brisée – Virginie Rebetez

 

 

 

Rebetez.jpgVirginie Rebetez,  “Out of the Blue”,  Galerie Christopher Gerber , Lausanne, du 2  au 30 avril 2015.

 

 

 

Avec « Out of Blue » Virginie Rebetez continue son travail de recherche sur l’identité en mixant diverses segments existentiels où se conjuguent la mort et la vie, le corps et l’esprit, le réel et le fictif. Dans la lignée d’une Sophie Calle mais de manière plus abrupte et radicale elle remonte ici une histoire. Celle d’une jeune américaine de 19 ans Suzanne Gloria Lyall portée disparue en 1998  à Albany (New York). Partant du dossier de l’enquête auquel elle a eu l’accès grâce à la famille de la victime, l’artiste le reprend en jouant sur ce qu’elle nomme le « recto-verso, le visible et le hors-champ ». Mais ce travail de filage et de profilage  où différents médiums sont convoqués possède une liberté avec la rationalité inhérente à ce type de traque. « Sourcée » à l’histoire tragiquement vraie l’artiste en invente d’autres avec d’autres personnages par divers types de marouflages.

 

rebetez 2.jpgAux photos de famille, objets de Suzanne, images d'investigations policières Virginie Rebetez mêle ses propres images et objets. La victime prend un nouveau visage. Le vrai n’est jamais montré (à l’exception d’un dessin  "age-progressed composite" qui montre à qui elle serait sensée ressembler aujourd’hui) comme si la disparition de la jeune fille se doublait de celle de la réalité. Composite, particulièrement et dérangeant « Out of the Blue » met en question l’identité mais se double d’une réflexion sur les concepts de tangibilité, de matérialité par le mélange troublant de la réalité et l’imagination qui voudrait démentir une fin sans doute inéluctable. L’artiste sidérée par le suicide et la solitude l’est aussi par le meurtre. D’où l’intérêt à la fois pour une histoire où ces trois notions ne cessent de se télescoper et d’autre part pour le medium photographique par quasi essence (du moins à l’origine) est celui du réel et de l’identité. La science forensique lui permet toutefois de modifier l’état des lieux et faire que le médium n’arrête plus le temps et ne soit plus qu’un catafalque. Preuve qu’au sein de la photographique il existe diverses logiques. Certaines sont capables de donner à voir une vérité qui n'est pas d'apparence mais d'incorporation voire d’appropriation.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

20/03/2015

Du bon usage de la simplicité : Emilienne Farny par Michel Thevoz

 

 

 

 

Farny.jpgMichel Thévoz, « Emilienne Farny et l’oiseau noir », 80 pages, coll.  ShushLarry,  Editions art&fiction, 2015 ,80 pages, CHF 19.5,  € 15.

 

 

 

Emilienne Farny reposa à sa manière la question de l'art. Donc de la vie. Créer tint chez elle en ce défi, cette exigence :  « Je n’explique pas le monde, je le peins avec sa folie, sa tendresse, son désarroi, et sa solitude surtout. Dans toute sa beauté aussi, celle qui niche partout pour qui sait la débusquer. Je n’ai aucun message à transmettre sinon un instant d’éternité volé au quotidien. ». L’art fut pour elle une image arrachée à la vie, à sa douleur, à sa joie, à ses « riens » qui sont tout. Ce fut la tentation existentielle, l'attraction terrestre ; ce fut - aussi et  peut être -  un acte vide mais qui espéra et génère encore le bonheur face à la douleur, au  renoncement, à la privation.

farny 4.png

 

Farny 3.jpgEmilienne Farny n’eut cesse de le prouver. Née en 1938, elle a vécu longtemps à Paris avant de revenir à Lausanne. De sa première série « Le Bonheur Suisse » en passant par « Parkings » (parisiens) jusqu’aux « Nus » et « Chantiers » la peintre à travers ses portraits et surtout ses paysages accorde une grâce au présent. Placé entre le  cristal du ciel et la fumée des jours le paysage crée chez elle un ordre en écho profond aux dynamiques parfois chaotiques du réel. Il n'est pas jusqu'aux « vides » à créer des espaces conducteurs et formateurs d’un autre niveau de conscience par la tension sensorielle que l'artiste provoque. Ce qui est montré n'est donc plus ce qu’on voit souvent à travers les images : l'exhibition de seuls temps forts. Emilienne Farny fit ressentir à la fois la présence et le  manque dont la femme connaît peut-être plus le centre et le sens que l’homme. Il convient donc de ne pas passer à côté de son œuvre. Le texte de Michel de Thévoz - qui fut son compagnon et qu’on ne présente plus - souligne la fulguration sans surnaturel mais avec  signifiance essentielle de cette peinture rare.


 

 Jean-Paul Gavard-Perret .

 

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