gruyeresuisse

11/11/2016

Les feux aux Q.-G. de David Lachapelle


LaChapelle.jpgLe langage photographique de David LaChapelle réunit deux types de récits : celui d’un monde violent et celui d’une fête. Les deux modèlent l’homme postmoderne. En chaque prise le « mal » court entre ces deux postulations en ouvrant sur toute une profondeur de visions emboîtées les unes dans les autres. Elles débouchent que sur des farces aussi drôles que cruelles. LaChapelle3.jpgMême la Suisse n’y est pas oubliée avec des idées qui se rapportent autant au présent qu’au passé. Et si l’Histoire n’a jamais fini d’être contée LaChapelle en déplace les miroirs dans son dédale et ses tables de désorientations qui sont autant de sidérations.

LaChapelle4.jpgFemmes et hommes s’y turlupinent sans le moindre contrôle. Et qu’importe si les fins du moi sont difficiles. L’humour, la critique sociale et esthétique font bon ménage chez celui qui débuta sa carrière grâce à Andy Warhol et son "Interview Magazine". Mais après avoir photographié les « peoples » il s’est dirigé vers des visions baroques. Exit l’icône ou la star : le monde est passé à tabac avec des égéries moins notables au sein de moments d’égarements superbement scénarisés. Enfer et Paradis se mélangent et c’est ce qui fait courir David. Il propose ses utopies dignes de la logique la plus folle. Chaque photographie devient la passante inouïe avec son pesant d’orage et de délire. Il y a chez l’artiste autant de William Blake, de Lautréamont que de Dada.

Jean-Paul Gavard-Perret

David LaChapelle : Galerie Stanley Wise, N-Y et Paris Photo 2016 (novembre).

De la poésie francophone



Poésie.jpgCommentateurs intermittents de leurs propres penchants poétiques 17 écrivains francophones ont respecté une règle simple émise par Guy Roquet : proposer en quelques pages leur expérience de lecteur de poésie et présenter la liste de leurs dix poèmes préférés. Le livre est continuellement riche et sans la moindre langue de bois ou postures. Vénus Khoury-Ghata, Chislain Ripault, Salah Stérié et les autres sont des lecteurs qui refusent le désenchantement de l’époque.

Ils prouvent que la poésie possède non seulement une âme mais un coffre qu’on appelle corps. Rencontrée chez certains par hasard (qui dans ce cas fait bien les choses même s’il n’existe pas) la poésie n’est pas pour eux une simple promenade. Il ne s’agit pas à travers elle d’aller sur les bords de la Loire un matin d’automne. Elle n’est pas non plus un miroir des ressemblances : elle brûle ou n’est pas. Car en construisant la langue elle dépèce les mots comme le rappelle Vénus Khoury-Ghata au sujet du « Dépeupleur » de Beckett (preuve que la poésie n’est pas forcément une histoire de genre).

Poésie 2.pngLes 17 auteurs voguent dans un fleuve qui n’a rien de tranquille. Il les emmène en territoire inconnu. Peu à peu, ce fleuve prend feu comme une botte de paille, il embrase le ciel. Plus question alors de se cacher, plus question non plus de croire que la poésie s’arrime au romantisme. Elle touche à l’origine comme au futur dans un saut dans le présent que seuls de grands auteurs apprennent à lire au delà des idées reçues.

Jean-Paul Gavard-Perret

Collectif, « Lignes de cœur - 17 écrivains disent leur rapport à la poésie », L’Atelier Imaginaire, Le Castor Astral, 2016, 240 p., 15 E.

10/11/2016

John Donica : bonjour tristesse

Donica.jpgL’univers de John Donica ondule entre le rêve et la réalité, l’ombre et la lumière. Parfois fantomatiques les femmes semblent subir un sort fait de tristesse habilement cadrée dans une narration où le corps reste la référence. Mais il est en voie de se défaire au sein d’une luminosité paradoxale.

 

 

Donica 2.jpgChaque prise est le fruit d’une longue patience afin qu’une immanence en jaillisse. L’épreuve est un bloc d'espace-temps, une coupe instantanée ou un fondu au presque noir. Cette variation et cette mobilité impliquent elles aussi du temps. Celui-ci enveloppe les personnages au devenir incertain diffusé de manière intense avec parfois un déplacement dans l'espace de la photographie et ce qu’il diffuse en tous sens et en toute direction.

Donica 3.jpgSurgissent des mouvements de translation. L’immanence redouble d’une photographie à l’autre dans une collection prégnante d'espace-temps. Chacune peut être considérée comme une coupe mobile là où le temps apparent « mort » reste néanmoins vivant par une série d’écarts entre le mouvement que l’image reçoit et celui qu’elle rend. Donica 4.jpgCe dernier compte le plus sans doute. Il crée la présence d’une anticipation qui semble pratiquement advenue. Ce mélange de temps donne à l’œuvre son caractère particulier entre le plus appuyé et le plus ineffable.

Jean-Paul Gavard-Perret

18:56 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)