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08/10/2015

Ivresse et pesanteur : l’érotisme selon Erwin C. Dietrich

 

 

Dietrich.jpgErwin C Dietrich au LUFF, 14-24 octobre 2015, Librairie Humus, Lausanne.

 

 

Erwin C. Dietrich fut dès les années 50 un producteur et réalisateur de films ainsi qu’un écrivain. Le natif de Saint Gall a multiplié en tant que metteur en scène ou scénariste des œuvres « particulières » presque exclusivement érotiques et reléguées - parfois à tord parfois avec raison au rang de série B ou X. A partir de la fin des années 60 elles connaissent un certain succès voire un succès certain. Citons « Le ranch des nymphomanes »,  « Le corps et le fouet », «  Sexe au ventre », « Gretchen sans uniforme »,  « Greta la tortionnaire », «  Les aventures érotiques de Robin des Bois ». Sous divers pseudonymes  ( dont Manfred Gregor, Michael Thomas) il a réalisé ou produit lors de ses grandes années jusqu’à 10 films par an et a permis l’éclosion de réalisateurs tels que Jess Franco ou Antonio Margheriti. Le premier n’a pas hésité à le nommer «  le Roger Corman européen »…

 

Dietrich 2.jpgLe Luff propose une exposition d’une trentaine d’affiches de ses films érotiques et d’exploitation qu’il a produits ou réalisés. Le tout  rendu possible par les collections communes d’Ascot-Elite, de la Cinémathèque suisse et de la Fondation F.I.N.A.L.E. (La Fondation Internationale d’Arts et Littératures Erotiques). On peut  rire d’un rire sardonique face à de tels films et leurs affiches. Mais celui-là n’est rien d’autre qu’un tremblement face au dérangement que propose l’œuvre. Par l’érotisme elle a  néanmoins pour fin de nier la mort par un tel jeu. Il dépasse pour Dietrich toute autre activité puisque comme l’écrivait Bataille « La clarté point dans la parfaite ténèbre ».  Touchant à la mystique du péché, le créateur en a fait sa tasse de thé car il sait combien beaucoup y laisse leur temps et leur pensée. L’humanité entière  et voire jusqu’aux abstinents y sont engagés.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

07/10/2015

Paradoxes de la lumière et de l’ombre : Gérard Lüthi

 

Luthi.jpgGérard Lüthi , « Le crépuscule de l’aube », Musée Jurassien des Arts, Moutier, du 25 octobre 2015 au 31 janvier 2016.

 

A Moutier où il est né et vit, Gérard Lüthi proposent des vues de Fribourg, Lausanne, Berne, Edimbourg et Saint-Pétersbourg entre chien et loup. Néanmoins cette transition indicible n’est pas forcément le temps du passage entre le jour et la nuit. L’artiste brouille les cartes au sein de fragments de réalités dont l’émulsion semble instantanée mais qui est reconstruite, sélectionnée et  mise en scène. Les surfaces de pierre ou de verre des édifices et monuments sont saisies entre ombres et  lumières. Les silhouettes entr'aperçues semblent autant des matériaux que des personnages. Ils suggèrent une mise en relation entre le portrait et le paysage. Et si la réalité semble quotidienne les images ne le sont plus : elles interrogent le regard et son aperception de la ville et de ses reflets..

Luthi 2.jpgLes corps installés dans le décor font que l’univers de tous les jours devient un espace symbolique. Gérard Lüthi crée un vertige puisque l’être est confronté à ce qui ne cesse de le fasciner. Mais de manière concomitante la  vacuité saute aux yeux et la solitude grandit dans ce qui instruit une poésie visuelle du temps et des lieux.  Chaque photographie crée une fissure dans le présent mais aussi un lien avec lui. Le vide auquel elle donne sens favorise le dialogue et l’écoute d’un vécu qui n’est pas rapporté sous le registre d’une banale autofiction. Le quotidien est soumis à des lignes de force sous-jacentes. Gérard Lüthi reste au cœur du réel mais il en éloigne toute idée de Paradis. Ses personnages vont d’erreur en erreur, au plus fort de l’exil intérieur dans ces narrations abyssales à la lumière paradoxale.

Jean-Paul Gavard-Perret

13:58 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

05/10/2015

Philippe Fretz et les fleurs safranées de l’art

 

 

FRETZ BON.jpgPhilippe Fretz, le vestibule des lâches, édition établie par Alexandre Loye et l’auteur, collection Re:Pacific, art&fiction, Lausanne, 2015.

 

 

N’étant pas dans le même monde - quoique baignant dans le brouet commun de l’art – que ses comparses le héros de Philippe Fretz   semble  voir son destin jouer d’avance. Mais par un savant cocktail de vacheries nécessaires l’auteur rend coup pour coup à ceux qui le font victime consentante de leurs prébendes. Dans son périple chaque moment de défaite ou de faiblesse devient celui  d’un ressaisissement intérieur. Peu à peu se posent de vraies questions sur la République des arts. Elle est mise à nu même si elle sait  au besoin sait garder ses slips sales dans ses coffres.

Fretz bon 2.jpgLe roman est rapide. Mais il reste bien  plus qu’une esquisse du monde de l’art dans un Genève (même si la ville n’est pas implicitement impliquée – quoique…) qui veut se situer - du moins selon ses acteurs artistiques de diverses natures) -comme pivot  du monde. « Le vestibule » devient le prétexte à un dégommage  oscillant entre crocs acérés, repli dépressif ou joyeux laisser-pisser. La plume fretzienne cavale : elle fait parler les masques - et ceux-ci crèvent les yeux. La morale n’est pas sauve. Elle n’a d’ailleurs pas grand chose à voir dans ce magma. Chacun - les lâches comme les autres - ont à y trouver place, refuge,. L’humour et la feinte naïveté créent une fragrance particulière.  La divagation devient elle-même le prétexte à un resserrement du récit où les Lucien de Rubempré et les Verdurin des Beaux Arts font florès. Leurs accrocs créent moins des chiasmes qu’une synthèse inédite en une cours abbatial postmoderne. Fretz régale en caressant  autant le vénéneux que le velours. Dans ce roman  allégorique et à clés qui ne cesse de dépoter les dialogues deviennent les fleurs safranées et énigmatiques des cendres des illusions à perdre ou à retrouver.

 

Jean-Paul Gavard-Perret