gruyeresuisse

10/07/2015

Qu’en termes étranges ces « choses »-là sont montrées : Roger Weiss

 

 

Weiss.jpgRoger Weiss avec sa série « Human Dilatation » ne  cherche pas à exorbiter le corps par effet déformant pour faire jaillir « du » monstre. Il n’insiste pas non plus sur la prétendue  fragilité ou les éventuelles imperfections de ses modèles féminins. Les angles de distorsion permettent de casser les stéréotypes hypocrites que l’idéologie imageante mondialisante fait porter au féminin. La notion de beauté en est donc modifiée.

 

Weiss 2.jpgLe déséquilibre entre les parties du corps retranche les idées reçues, rompt le ceintrage admis. Le physique féminin apparaît en termes étrangers, il se détache des lignes « haricots verts » pour montrer le vide des illusions optiques que nous caressons. Insolent le photographe suisse donne au corps une insolvabilité. Elle permet de nous dénouer de nos percepts.  Chaque photographie devient une insurgée. Sans assise ou déboîté le corps à la fois rentre en lui et en sort de manière intempestive. Il est l’indice agaçant créateur d’ouverture par l’audace du photographe. L’image de la femme, de simple « support » confortable, devient un manifeste dadaïste de déconditionnement du conformisme.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Roger Weiss, « Human dilatation »

11:06 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (1)

08/07/2015

Christian Garcin : de Lausanne à Pékin

 

 

Garcin 2.jpgChristian Garcin, « Le Lausanne - Moscou - Pékin », La Baconnière, Genève, 2015, 120 page, 12 E.

 

En hommage à « La prose du Transsibérien » de Blaise Cendrars et pour le centenaire de sa publication, Christian Garcin  a refait suite à un projet de la Radio Suisse Romande le voyage mythique. En fin de parcours l’auteur fait astucieusement se rencontrer le poète suisse avec un « confrère » qu’il aurait pu croiser en Chine : Victor Segalen. Ce rapprochement permet à l’auteur d’expliquer que le « vrai » voyage n’est pas plus un déplacement du corps que la recherche de l’exotisme. C’est « une matière brute à pétrir par l’éclat de la langue ».

Garcin.jpg

Dès lors la notion d’«écrivains-voyageurs » - si elle peut habiller Nicolas Bouvier - ne convient pas pour les deux poètes. Et lorsque Cendrars perçoit dans

« le grincement perpétuel des roues

Les accents fous et les sanglots

D’une éternelle liturgie »

il s’agit - passant d’un monde à l’autre – de se heurter à soi afin, par la confrontation à l’altérité, de traverser les frontières de l’inconscient toujours plus difficiles à franchir que celles des pays. Voyager en effet ne revient pas à ramener du pareil et du même mais rameuter du fond de soi ce qu’on ne soupçonnait pas encore. A l’époque de Cendrars et comme le rappelle Garcin la possibilité de ce transit « intestinal » était plus libre qu’aujourd’hui. Pour passer d’un pays à l’autre « nul passeport était nécessaire, une enveloppe timbrée portant votre adresse et le tour était joué ». Raison de plus pour accompagner sans soucis l’auteur dans son périple et par procuration s’offrir une introspection.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

07/07/2015

Sabian Baumann et les monstres humains

 

 

 Baumann.jpg

Les créations de Sabian Baumann sont sans concession. La Zurichoise impose des figurations où le réel est livré au vertige virtuel au nom d’une certaine déceptivité (ou horreur) inhérente au réel. Le regardeur est confronté à un  trauma perceptif en divers jeux d’ombres et de lumière, de vie et de mort. Le contrat figuratif fait de l'image un paradoxe.  Franchir son seuil ne revient pas à trouver ce qu'on attend - ou trop.  Le « monstre » sexuel  bouge selon divers rites de mystère à la fois drôles et troubles - manière sans doute de sortir de la psyché qui n'est rien d'autre qu'un tombeau comme du sortir du pur fantasme.

 

Baumann 2.jpg

Sabian Baumann joue ainsi sur deux registres : la jubilation d'un parcours initiatique qui provoque un ravissement mais aussi le dérisoire spectaculaire de situation où le regardeur semble perdu en une forme de néant que souligne la souplesse mais aussi la rigueur des images. Chacune compose une harmonie très particulière et sombre.  Dépouillement et surcharges font que sous l'apparente banalité se cache un fantastique érotique dont l’effet retour meurtrier n’est jamais exclu.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Sabian Baumann : Galerie Mark Mueller, Zurich.

 

10:58 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)