gruyeresuisse

17/07/2015

Images de guère : Peter Piller

 

 

 

 PILLER BON.pngAprès « Materialen (E) – Peripheriewanderung, Winterthur » où l’artiste présenta des photographies laconiques et humoristiquesde la périphérie de Winterthur (ses complexes industriels vieillissants, ses zones résidentielles bien organisées) l’artiste change d’optique et d’atmosphère. Il travaille - selon une perspective qui lui est chère - sur la réinterprétation et la représentation de photographies et d'images d'archives publiées dans d'autres contextes (journaux, Internet, etc.) et qui représentent le bombardement de Bagdad. Découpées dans des quotidiens allemands juste après le début de la deuxième guerre irako-américaine l’artiste les a classées et ré-agencées dans une double  installation murale à Genève et Winterthur et dans un livre d’artiste.

 

PILLER BON 2.pngLe créateur interroge la puissance et les limites à la fois des médiums-supports, de la photographie et de l'art conceptuel. Il prouve combien la représentation elle-même couve - par  formes et  couleurs - des idées, des secrets sans que l'auteur se permette de donner une issue. Toutefois ses reconstructions laissent imaginer divers sens. Preuve que l'imaginaire  peut intervenir sur un contenu voire son contexte. L'artiste montre aussi par ces assemblages que la réalité n'est pas matière à représentation "simple" et irecte. L'approche  devient une pensée, une chambre claire où tout  s'articule selon une circulation dont personne de manière univoque possède la clef et en maîtrise la direction. Toute image reste seulement un ersatz de totem étrangement dressé.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Peter Piller – BELEGKONTROLLE  exposition en 2 parties  au Fotomuseum Winterthur et au Centre de la photographie Genève.

 

À l’occasion de la double exposition  un livre constitué de 12 textes d’auteurs est publié  par les éditions Walther König à Cologne

 

 

 

 

 

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13/07/2015

Leoplod Rabus : étoiles des neiges

 

 

 

 

Rabus 2.jpgLes lapines hivernales aux fourrures blanches de Léopold Rabus  semblent égarées sur les routes de montagne des Alpes Suisses. Mais est-ce vraiment des lapines ? Est-ce vraiment des montagnes ? Par collages, les corps, âmes, objets, paysages se dégagent de leur coque.  Rabus impose donc une autre histoire aux histoires avec une autre fin que celle d’une peau de lapin. Il faut donc regarder des figurations pour guérir du réel et prendre un peu d’altitude.

 

 

Rabus.jpgPeu à peu le spectateur se prend de sympathie pour les visiteurs étranges, les « animaux » plus ou christiques de l’artiste. Les blessures du réel ne demandent qu’à s’asseoir près d’eux en un besoin mélancolique de partager le chagrin du temps passé et de découvrir dans leurs masques des reliques la vie cachée. Beaucoup trouve là (non sans raison d’ailleurs) une manière de rire. Mais comment ne pas être touché ? Les corps  sont là pour montrer à ceux qui restent le peu que nous sommes. Lapins, lapines  restent emmitouflés. Ils sont  pourtant des coups de poing aux carottes avant qu’elles ne soient cuites. Personne pour les protéger ou entendre leur cri. Il convient néanmoins de pactiser avec de tels hybrides : est-ce vraiment eux ?  Est-ce vraiment nous ? Tous demandent confusément  pardon mais de quoi sinon des cicatrices faites par les autres à leur terre ?

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

11:46 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

11/07/2015

Thomas Schunke le coucou : du bon usage du Selfie

 

  

Schuncke.jpgThomas Schunke, « Me, my Selfies and I », Editions art&fiction, Lausanne, 32 pages,  CHF 20 / € 13.50.

 

 

 

 

 

Dans une période où le « moi » est en rien haïssable et s’élève en batterie   Thomas Schunke propose une digression à la pratique des réseaux sociaux : Face-book, Instagram et la maladie du selfie. A longueur de bras cette nouvelle mode ou méthode peut parfois être autre chose qu’un allongement de l’égo. Schunke en profite pour questionner l'autoportrait. Son texte qui accompagne ses prises permet d’affiner leurs propositions en transmettant des expériences vécues sur le web avec ceux qu’on nomme « amis » et qu’on ne connaît même pas.

 

 

 

Schuncke 2.jpgPlutôt que caresser son « moi »  l’artiste suisse multiplie les faces du « je » tout en le cachant derrière divers éléments : fourmi, singe, carpaccio de betteraves, du pissenlit, etc. Le selfie devient  une continuité du cabinet de curiosités. Il permet d’explorer et de comprendre le monde en partant d’une « prise » simple mais qui peut être utilisée à des fins métaphoriques. C’est comme si l’artiste cherchait à faire émerger des complicités entre lui et des choses qui deviennent des « calques » du je proposé au jeu de l’imaginaire propre à chacun

 

 

 

Car la notion de réseau est important. L’artiste met bien sûr du personnel dans ses selfies  mais ils sont assez ouverts pour que les autres puissent y voir autre chose que l’artiste lui-même. Schunke implicitement semble ne pouvoir dire  si ce sont ces fameux « amis » qui viennent à lui ou  lui qui vient à eux. Le but est même de parasiter son propre portrait par des contextes qui deviennent  des sortes de nids de coucou. Souvent c’est un objet qui déclenche une envie  mais ensuite  il s’agit d’en faire un casting pour que le coucou soit bien et trouve un moyen de montrer ce qui le touche.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

18:21 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)