gruyeresuisse

17/08/2016

David Lespiau : l’élan de la poésie

 

Lespiau.jpgDavid Lespiau, Récupération du sommeil, Héros Limite éditions, Genève, 2016.

David Lespiau crée une poésie qui transcende tout témoignage ou jugement. Son pacte toujours inachevé détruit la fausse libération et de la lumière que la poésie spiritualiste entretient. La clarté est faite de contraintes, de reprises, de « durations » séparées par des espaces pour modifier leur trajectoire et créer des insomnies. La poésie versifiée introduit une sorte de prosaïsme fait de notules, de micro-récits, d’éléments de culture vernaculaire dans un « montrage » et des remodelages. S’instruisent de nouveaux réseaux et jonctions à l’intérieur du sommeil de la conscience qu’il s’agit de pénétrer pour cibler son contenu en dehors de l’apparence d’une prétendue vérité.

Lespiau 2.pngDe la saturation mentale, de la démesure de sa monotonie que produisent le rêve et la fatigue jaillit une suite d’informations bigarrées. L’écriture les met en mouvement selon divers volumes afin d’introduire la lumière en l’obscur. Chaque élément du livre se veut actif par jeux de torsions : elles ajustent des solutions nouvelles pour faire basculer le texte hors des sentiers battus et lui donner plus de densité, d’ambiguïté, mais surtout de simplicité et de dénuement selon une trajectoire faussement "distractive". Chaque blessure reçue par l'inconscient se transforme en bombe. Un certain sourire maîtrisé de la poésie s’enrichit de transformations tacites à l’intérieur du corpus qui n'est plus réduit à un compost mentalisé par la prétention purement formaliste.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

16/08/2016

Morgane Som Ville : subtiles simplicités

 

Morgane Som Ville.jpgLes dessins de Morgane Som Ville parlent et mangent. Mangent des corps par le sexe, par la main et le sourire. Ils racontent le monde de l’intime avec humour et fantaisie. L’intimité recherche un tel du sucre. Et le réel a besoin de l’attention que la créatrice lui porte. Les personnages qu’elle dessine sont des fruits du silence.

Somville 3.jpgMorgane Som Ville couche aussi sur le papier la sidération la plus simple : celle du silence. Les dessins symbolisent le besoin de grâce. Aux esprits cannibales elle offre le chant du besoin et lui accorde une forme de volubilité. L’artiste sait créer juste l’ébauche de l’éblouissement plutôt que de le convulser.

Somville 5.jpgLe regard le savoure, en apprécie les confidences et les discrètes transgressions de tabous. Cela tient d’une aurore et parfois d’une sorte bonheur simple et étonné. Le tout dans la clandestinité et par instinct. Le dessin joue un recommencement, écarquille les êtres, lance un bonjour. Avec une simplicité subtile. Celle de la folie des jours par la saisie décalée de l’aujourd’hui.

Jean-Paul Gavard-Perret

(second dessin avec Paul Poule)

14/08/2016

Isabelle Sbrissa la Mécrivante

 

Sbrissa.jpgIsabelle Sbrissa, « Produits dérivés, Reverdies combinatoires », 2016, Le Miel de l’Ours, Genève

 

La mécrivante Isabelle Sbrissa s’en donne à corps joie. Preuve que la poésie est une « trahition » qu’ont appelée de leurs vœux Prigent et Federman. Comtesse aux pieds nus, la poétesse ouvre des hangars lunaires. Aucun trou de mémoire ne peut effacer le sillage des sentiments ou des coups de pieds qu’elle porte à la langue. Son stylo est sa pelle, elle soulève, désencombre, libère afin d’offrir par la bande une dénégation de diverses tragédies.

Sbrissa2.jpgLa poésie prend à la gorge ou fait rire à gorge déployée selon divers points d’incandescent en un voyage mental dans l’obscur à la quête moins de la lumière que de l’heure blanche où l’on cherche du regard une ligne à laquelle se tenir et où les mots s’enroulent autour d’une poulie qui couine. Preuve que la poésie en ne prétendant à rien prétend à tout. Que faire alors sinon de suivre la corde du puits de sciences interdites de la créatrice ?

Jean-Paul Gavard-Perret