gruyeresuisse

29/08/2015

Adrien Chevallay : vers d'autres pactes de visibilié

 

 

 

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Les "objets" d'Adrien Chevallay  sont une source de perplexité systématique puisque l'éros et thanatos, la beauté et la laideur, le rebut et l'essentiel  s'y conjuguent. Le « spontanéisme » apparent de ses créations  n’a rien de naturel.. Chevallay pose  le problème du voile et de la monstration. Tout repose sur le registre de l’ambivalence dans des approches parfois sophistiquées parfois brutes pour dégager du capiteux et du capiton. Le jeu du monstre, du rebut  force le regard à se « tordre » là où la matière de rêve est détruite.

 

 

 

Chevalley.jpgChevallay ne cherche pas à théoriser son travail.  Le très peu donne beaucoup et le beaucoup très peu. Et on a envie de dire à l'artiste : "Bien joué!" au moment où s'éprouve une joie enfantine et légère devant ce que l'art officiel tend à rejeter. Créer n’est pas plus séparer, défaire qu’ouvrir et exhiber.  Une certaine « confusion » est de mise là où la dénudation devient une forme particulière de la nudité. Elle permet de refonder une relation particulière à l'art. Le "geste" de Chevalley ne répond plus à celui du voyeur qui voudrait s'émoustiller en faisant corps avec ce qui n'en a pas. Ici, du plaisir de la pensée à celui de l'art, un jeu de bande induit une fantaisie sarcastique et bouffonne qui renverse l'immuable ordre et l'importance des choses. L'œuvre ne se contente donc pas de témoigner du réel. Ou si elle témoigne c'est afin que chacun de ses éléments prenne dans son aspect d'évidence métaphorique une force, une puissance qui défient le réel.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

09:32 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

28/08/2015

Giuseppe Palmisano et les renversements

 

 

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Les photographies de Giuseppe Palmisano livrent le réel  au vertige virtuel au nom d’une certaine déceptivité inhérente au quotidien. Les êtres sont offerts en un trauma perceptif. Les situations sont retournées comme un gant. La réversion est pour l'artiste une question de seuil que produit les divers jeux de situations. Le contrat figuratif est transformé en paradoxe.  Franchir son seuil ne revient pas à trouver ce qu'on attend - ou trop. Plutôt que de rameuter du pareil, du même en un effet de miroir l’artiste piège le réel jusqu’à l’absurde.

Palmisano.pngGiuseppe Palmisano opère donc joue sur deux registres : la drôlerie et le ravissement par  un dérisoire rendu spectaculaire en des situations où le regardeur comme les acteurs semblent perdus en une sorte de néant que souligne la perfection des prises. Elle compose une harmonie décalée. Ce qui est montré à la fois se dérobe et résiste : sous l'apparente banalité se cache un fantastique (presque) érotique. L’effet retour n’est jamais exclu.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

09:33 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1)

27/08/2015

Isabelle Battolla l’amphybiolite

 

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Isabelle Battolla crée une filiation des songes. Le blanc fait basculer le poids du monde. De cette blancheur il faut retenir l'énigme par la matière sensation, la matière émotion. Une étendue progresse. Une intimité naît à la faveur des recoupements de courbes, arêtes, ravins,  promontoires et autres « intimités » particulières. A travers de tels empreintes et cassures surgissent des attractions, des poussées. La créatrice ne se limite jamais à des effets de surface. Un centre se creuse et appelle les spasmes. En une suite de fissures l’infigurable prend corps.  Vagues fixes et ramifications proliférantes. En des emmêlements de convergences se fomente une matière de jouissance. La fixité est trompeuse. Tout peut toujours se détruire pour être recomposé en des renaissances, en un nouveau mariage blanc.

 

 

 

Battola 2.pngLa Genevoise ne croit pas à la spontanéité du geste. Elle travaille beaucoup. Elle détruit sa facilité. L'imagination élude la figuration, du moins l’idée qu’on s’en fait. Très vite l’artiste a abandonné l’image qu’elle ne considère pas comme un signe (au sens ou ce dernier transmet une signification). Ses structures, ses empreintes n’appartiennent à aucun lexique ou registre. Elles ne sont ni idéogrammes, ni symboles ni réalité fossilisée. L’œuvre est le témoignage  d’une présence plus que d’une figure. Chaque œuvre navigue entre la fragilité et la force.  Des masses flottent dans ce qui les recouvre et en tient lieu d’abri.  Entre fixité et errance,  chaque sculpture est comme désireuse de rentrer en elle-même. Pour que dans la matrice quelque chose de neuf se passe de plus en plus complexe et simple à la fois.  L’art d’Isabelle Battolla est mouvement, virgule, boucle, accent, croche, moutonnement. Par ses séries le parcours peut continuer.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret