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03/05/2015

Leigh Ledare à Art Basel : Mère où est ta victoire ?

Leigh 4.jpgLeigh 2.jpgLa série la plus célèbre de Leigh Ledare s’est étendue sur une période de huit ans. Il y a photographié sa mère l’artiste Tina Peterson. Le « modèle » maternel a été saisi dans toutes les situations : nue, en dessous chics ou habillée, seule ou avec des amants, malade ou en bonne santé. Tina flirt avec la caméra, se masturbe, cougar, elle fait l’amour avec des éphèbes (« Gonzo le roi du porno », « le horn-rabi », « Le pompier fougueux ») trouvés dans des journaux de petites annonces hot. Leigh Ledare affirme que l’idée de la série vient de sa mère. Elle voulait voir comment elle apparaissait dans le cadre photographique. Ce face à face reste passionnant puisqu’il frôle une sorte d’inceste à la Molinier.

 

Leigh BON.jpgAvec « Double Bind » présenté à Bâle : un autre face à face est proposé en un féminisme particulier considéré comme une entreprise théorique et pratique de résistance à toute forme de domination. Le sexe est féminin, la femme le maîtrise, s’en amuse il semble pour elle aussi important qu’anecdotique et permet de questionner sur le masculin, de le déconstruire. Le mâle est « parlé » par elle afin d’amorcer une réflexion que l’artiste espère fertile. Face au mâle dominant Leigh Legare se fait utopique, conquérant. Il multiplie des attaques en règle contre les figures et formes d’autorité en un théâtre des forces idéologiques prépondérantes.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Leigh Ledare, « Double Bind », stand MFC- Michèle Didier

 

 

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02/05/2015

Cendres Lavy et les interdites

 

cendres lavy 3.jpg

 

 

 

Cendres Lavy, Editions de la Salle de Bains, 6 Euros, 2015.

 

 

 

Cendres Lavy cultive haies et lisières, dégrafe des soutien-gorge, montre des postérieurs moins pour les enivrer de caresses par des voyous de barrière que pour faire crisser les apparences. Les robes de certaines de ses femmes sont arrachées. Elles n'ont pas pour autant épuisé leur provision de panache. Même s'il ne reste qu'un peu de safran au fond de leurs yeux. Sous la jaune transparence de leur voile se distingue le ruisseau noir qui partage leur corps en deux cuisses disjointes. Se  découvrent aussi des muscles ronds et des trapèzes du dos puis la nuque. On arrive aux  cheveux. Sous les chignons surgissent des chairs brillantes en porcelaine.

 

 

 

CENDRES LAVY 2.jpgCENDRES LAVY.jpgMais la Genevoise a mieux à faire que cultiver les rêves. Ses germinations sont  « atrocement » drôles. Les corps « blasphémés »  pulvérisent toute paix des ménages et des corps. Ils avancent sans honte et en provocation selon un certain délire. Face aux vautours du réalisme les femmes de Cendres Lavy restent des rebelles riches de leurs ardeurs et leurs outrances. Elles refusent  de plaider pour nous : elles abusent au besoin de nos manques et de nos fuites. Tout équilibre  est ignoré : l’artiste alimente la complexité des êtres par delà la simple idée de beauté. Elle pense donc mal pour dessiner  ce qui échappe aux images policées.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

01/05/2015

Marion Fayolle : du bois dont on fait certaines flûtes

 

 

 

 

 

Fayolle.pngMarion Fayolle semble affirmer lorsqu’elle dessine « Le bout des doigts me brûle par le Si indécis que je suis, par le la, la, la de mes chansons graphiques et leur perte d'équilibre ». Le tout non sans un certain surréalisme en formes simples et des couleurs : rouge, bleu, orange bleue au soleil couchant-levant. Le corps épouse des membres imprévus imbriqués selon des greffes et excroissances de l'imaginaire en dérive. 

 

 

 

Fayolle 3.jpgCertes Marion Fayolle est parfois plus « sérieuse » : pour preuve elle dessine des livres pour enfants et leur raconte des histoires. Mais lorsque l’avant-bras droit la fait souffrir elle se détend en dessinant pour des enfants moins sages. Elle décline leur cycle  des vanités. Chaud devant et traverses XXL pour d’inconditionnels baisers. Des lèvres y succombent. Mais qu’on y prenne garde : certaines mâchoires sont armées.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret