gruyeresuisse

05/01/2017

Todd Bienvenu : A bigger Splash


Bienvenu.jpgTodd Bienvenu, « Dive », galerie Sébastien Bertrand, Genève, jusqu’au 14 janvier 2017

 

 

 

 

 

Bienvenu 3.jpgTodd Bienvenu est un peintre expressionniste façon BD mais où la matière peinture prend la place du dessin. Les scénarisations sont traitées de manière comique, fortement colorée et faussement naïve. Rien d’apaisant dans sa méthode. L’artiste fait feu de tout bois et de tout sexe. De quoi provoquer le rire les petits enfants comme les grandes personnes en des tapages hors saison là où tout devient hors service ou presque. Mêmes les piscines et les maillots de bains de celles qui se veulent charmeurs du serpent. Les esclaves de l’amour plongent de manière ridicule et retombe rarement où ils l’avaient prévu. A la profondeur l’eau répond ironiquement la platitude de la peinture.

Bienvenu 2.jpgIl  existe autant de dangers sur les plages où elle vadrouille que dans le palais de Venceslas, roi de Pologne du Père Ubu. En la mer, façon, Bienvenu ce n’est pas seulement les vagues qui font des vagues mais ceux qui pissent dedans. Bref les boulets ne manquent pas et ils ne baissent jamais les bras. Ils sont désormais des hommes libres mais qui manquent d’équilibre autant mental que physique. Et l’auteur les anime en ce qui est formellement peu admis. Les couleurs sont trop vives et les dessins volontairement maladroits. L’art ne dégrafe pas seulement les soutient-gorges des naïades d’autant qu’elles le font elle-même sans demander de pourboires. Tout est organisé pour du tapage avant même  les « bigger splash » qu’un autre peintre plus sage (enfin presque) immortalisa (David Hockney).

Jean-Paul Gavard-Perret

04/01/2017

Contre l’homogénéisation : Julia Fullerton Batten

Julia Fullerton.jpgLes narrations de Julia Fullerton-Batten cultivent le trouble : les femmes sont entraînées soit vers des échelles qui ne sont pas les leurs, soit en des compositions décalées aux couleurs sourdes qui renforcent l’impression de bizarrerie concoctée par la perfection technique des prises et des scénarii. Julia 4.jpgLes personnages sont plus ou moins en déshérence ou mis en porte à faux. Existe un mélange entre l’univers hollywoodien ( côté Lynch) et celui d’Edward Hopper. Ironie en plus.

Julia Fullerton Batten.jpgFace à la la volupté de l'univers sexuel habituellement admis, l’artiste propose une destruction-reconstruction, sans pour autant rechercher une sacralisation du féminin. Au contraire même. Et ce parfois au sein d’une diégèse familiale dont les rapports habituels sont contrariés. Les rapports mère-enfants sont revisités et les tissus des conventions transgressés.

Julia 3.jpgDe plus, l'oeuvre travaille contre les fantômes de château de cartes prétendues érotiques. L’humour les brouillent. De cette manière l'image résiste, ne peut plus être vue "à la coule". Elle reprend tout sa force de dérangement et justifie sa brouille avec le bien pensé d’une société parfaitement ordonnée. De la sorte et apparemment sans y toucher l'artiste secoue un certain nombre des tabous.

Jean-Paul Gavard-Perret

02/01/2017

Rudy Decelière : phosphorescences sonores

 

Bonbon.jpgRudy Decelière, « Courants continus », AOTC/EPFL, art&fiction éditions Lausanne, 56 p., 27 CHF, 18 €, 2017. Parution 21 janvier.

 

 

 

Decelière.jpgLa puissance épurée du « monstre » architectural du « Rolex Learning Center » - comme égaré (mais dégagé de toute facticité aguicheuse ou de pure « façade ») sur le Campus de l’université de Lausanne - a trouvé en 2016 son audace renforcée par le projet d’installation sonore de Rudy Decelière. Il a présenté sous une des voûtes du bâtiment une production à base de sons concrets. Connectés entre eux, 851 modules «Synthnodes» (petits synthétiseurs sonores) ont diffusé les sons d’une eau courante. D’où l’impression qu’une rivière inversée coulait « en hauteur », sous le dôme. Initiés par une matière aquatique mais spatialisée « hors champ » les sons trouvent une autre perception. Et l’oeuvre renforce l’idée que l’architecture est réactive et « métaboliste ».

Decelière 2.jpgL’imaginaire permit de franchir des seuils et reste au service de rapports complexes. A mi-chemin entre le poème et la science, dans une optique chère à Eric La Casa comme aux considérations d’un Beckett, Decelière a ajouté un univers visuel à l’entreprise sonore. La masse de béton était constellée de la mosaïque des formes répétitives et géométriques des modules. L’espace devient un temps et un paysage imaginaire. Et les textes de Pascal Amphoux, de François Gallaire et de Véronique Mauron précisent les fondements et aboutissements de cette hantise des lieux habitée d’une poésie mystérieuse au moment où l’anonymat de la voûte fut soumis d’une agitation cristalline. Elle prouve l'omniprésence d'un virtuel capable de construire un monde parallèle à celui du quotidien par des phosphorescences sonores qui redessinent l’architecture.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

15:36 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)