gruyeresuisse

20/05/2015

Les champs magnétiques de Gilgian Gelzer

 

 

 

gelzer.jpgMaître du dessin qu’il associe parfois (mais sans les mêler) à la photographie et à la peinture, le Bernois Gilgian Gelzer  traverse les apparences pour créer d’étranges épures. Le geste invente une occupation de tout l’espace pour le rendre ivre et criblé. Existe toujours quelque chose qui  semble venir d’ailleurs mais qui pousse la création dans l’ici-même. Les lignes et les courbes restent entraînées au changement de  rythmes et de débits selon une usure rhétorique. Les incisions clament silencieusement un accord tacite à la dérive.

 

 

 

Gelzer 2.jpgNous voici pour un temps sous hypnose, complices des manipulations. L’espace devient leur support et leur récitant. Chaque aspiration représente un piège, une capture, une délivrance par l’embrassement et la syncope. Le rythme doit passer par un effondrement ou une saillance. Nous séjournons ainsi sur le lit de l’ambivalence livrés aux mains expertes du créateur. Nous gardons un pied sur terre mais l’autre nous le prenons dans ce mouvement qui tient autant de la dissolution que de la tension.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret


Gilzian Gelzer, Galerie Jean Fournier, Paris.

 

09:28 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

19/05/2015

Serafin Brandberger : oh, la vache !

 

 

brandberger 2.jpgSerafin Brandberger Milk Shake Agency, 20 mai - 18 aout 2015

 

 

 

brandberger 3.jpgIl y a dans la peinture de Serafin Brandberger ce que les mots ne font pas. Il y a bien sûr aussi ce que la peinture et la photographie n'atteignent que rarement : le juste retour des choses. Pourtant les uns comme les autres tentent de venir à bout du rêve selon un réalisme campagnard très particulier. Il ne s'agit pas pour autant de s'en protéger mais de se projeter dedans. Chaque œuvre  devient un étrange espace choréique. Rien de ce qui est habituellement "exploitable" en tant qu'image est utilisé. Le vêlage devient - par exemple - une figure d'évidence quoique intempestive dans l'art, d'autant qu'elle est offerte avec simplicité loin de tout conceptualisme ou d'ornementation.

 

 

 

Brandberger 4.jpgD'où ce jeu permanent : la peinture recouvre pour dévoiler, la photographie dévoile sans pudeur. Mais pour autant sans provocation. Au spectateur alors de prendre à son tour un risque et d'oser affronter le perpétuel mouvement de pénétration et d'exclusion. Bref d'interrogation. Savoir ainsi ce qui se passe et qui ne passe plus : nous sommes ainsi fixés à l'œuvre de Sarafin Grandberger. Nous sommes confrontés à une succession de passages, de sas, de portes, de seuils, de frontières, de limites, de praticables. Mais sans savoir si cela s'ouvre - ou pas.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Julie Perin et les bonbons roses

 

 

 

 

perin 2.pngJulie Perin est de celles qui tirent les rideaux, les ficelles avec autant de pudeur que l’inverse.  Son monde se réconforte dans une étrangeté qui le sépare de celui qu’on nomme « vrai ». Et si quelqu’un tente bien de donner des explications, de déplier des raisons à l'artiste et poétesse : selon elle, elles s’emboîtent sans véritable sens ou  tournent comme en un moulin : pour rien.   Julie Perin ne redoute donc pas le tonnerre. Elle ouvre son univers sans se préoccuper du reste. Il faut y entrer sur la pointe des pieds, ne rien déranger. Mais un tel travail  réveille les morts, donne courage sans forcément dégrafer les corsages. Les silhouettes traversent en robe légère l’été  avant que tout sombre dans la grisaille sous un dédale nocturne où certains corps sont meurtris. Nul n’en saura plus. perin.pngReste la source du premier vertige  Seule l’eau en connait les secrets. Les enfants étaient innocentes : ont-elle déjà tu  tout vu, tout entendu, tout subi maintenant ? En est-il terminé de tous les contes de fées ? 

 

perin 3.jpgComment savoir désormais qui est qui ? Qui voit ?  Qui est là ? Où sont les autres ?  Un diable a fait l’affaire  peut-être.  L’artiste rouvre son carnet dessine au lapis lazuli. Son art permet de délier  les mots pour les démasquer.  Leur latin s’y perd.  Pas leur sensualité. La fée déplie encore son secret par déboîtement de sornettes.  Tout redevient azur.  Pour un temps. Plus tard, au fusain de Californie, Julie Perin  dessine une tellurique échancrure. Les ombres rebondissent. On croît pouvoir leur donner des ordres.  Mais les fantômes ne changent pas ; ils ne prétendent à rien. Ils disent à peine : « Viens par là ». Que faisons-nous alors ? Reste l’image rose et insurgée qui n’habite que l’autre monde. L’angoisse nourrit sa douve.  Mais sa semence de ciel devient une haie vive.  Une poupée joue sur le sable. Le doigt de la fée y décrit son cercle.

 

Jean-Paul Gavard-Perret