gruyeresuisse

28/05/2015

Ren Hang : ironisation de la nudité

 

 

 

 

Ren Hang.jpgFantôme ou réalité ? Avec le photographe chinois Ren Hang (présent  plusieurs fois en Suisse dans des expositions collectives) nul ne sait dans quel monde nous sommes exactement plongés. A l’aide de simples indices - qui prennent soudain une valeur générale -  l'artiste  reconstruit fantasmatiquement un monde de reconquête dans lequel il aborde les problèmes de la perception visuelle et la découverte de la nudité. Armé d’un Minolta argentique, le photographe met en scène les corps nus de ses amis pour prouver que l’érotisme existe en Chine  tout autant qu’au Japon. Inspiré sans doute par les maîtres du genre au pays du soleil levant  (Takato Yamamoto, Nobuyoshi Araki)  Ren Hang crée un univers décalé et malicieux propre à détourner les interdits.

 

ren hang 3.jpgFaisant sienne la phrase de D.H. Lauwrence dans « L’amant de Lady Chatterley  « L’obscénité n’apparaît que si l’esprit méprise et craint le corps, si le corps hait l’esprit et lui résiste. » le photographe joue de divers accords et désaccords entre la réalité et le rêve, l’image et ses effets non synchrones, dans un pays où les tabous sont encore enracinés. Mais si l’érotisme n’a pas vraiment sa place  dans celui-ci le photographe prouve le contraire. Chez lui toutefois le recours à la nudité n'est pas fait pour offrir une version post-pop du fétichisme du corps. Ce que l'artiste recherche est avant tout une économie symbolique et ironique venant casser les contingences morales de son pays dans un constructivisme figural des plus astucieux parfois drôle et violent mais souvent poétique avec un goût de la finesse allusive.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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Dove Allouche : mimiques et moments

 

 

 

 

Allouche 3.jpgDove Allouche  in  "L’Icosasphère"  (Dove Allouche, Ulla von Brandenburg, Hans-Walter Müller ) du 29 mai au 11 juillet 2015, Galerie Mezzanin, Genève

 

 

 

 

 

allouche 2.pngEn art le paysage n’existe que s’il retourne la vue, interroge le regard. De l'œil au regard s'instruit un glissement : il fissure énigmatiquement les certitudes acquises de la contemplation fétichiste. Plutôt que de cultiver la possession carnassière des images Dove Allouche préfère sélectionner un regard lorsqu’il arpente une forêt, des égouts ou le ciel.  Il invente des processus  photographiques, graphiques comme autant d’expériences du temps et de l’espace.  Par exemple muni d’une unique lampe torche il a photographié des déversoirs d’orage servant à dévier des effluents. À partir de ces photographies une série d’héliogravures associe par analogie le circuit souterrain de la ville et l’entaille de la gravure.

 

 

 

Allouche.jpgDove Allouche révèle l’envers de la ville ou de la nature à « l’écoute »  des cycles biologiques et cosmiques. Le paysage dans sa noirceur devient une figure de profondeur biblique. L’artiste  semble guetter un improbable passeur d'âmes sur un Achéron d'aujourd'hui et renvoie le paysage au rang de Vanité. Y circulent les voies de la nature (telluriques ou aqueuses) là où Allouche  devient le confident des opérations les plus secrètes du cycle de la mort et de la vie. Inscrivant entre ici et ailleurs une sorte d’extraterritorialité le créateur subvertit les notions de dehors et de dedans. Le paysage mute en une approche qui différencie le travail du faiseur et celui du créateur. Ce dernier oriente vers des abîmes et des failles. La vie sous le noir en jaillit dans une expérience nucléaire mise à découvert.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

25/05/2015

Sylvain Croci-Torti : géographie du non localisable

 

 

Croci.jpgSylvain Croci-Tort, « Hand. Cannot. Erase »  29 mai au 12 juillet 2015, Flon Art, Lausanne

 

 

La Poétique de l'Imaginaire  ne crée pas forcément de doux secrets et des fêtes du cœur, ni un gibet à trois branches où de féroces oiseaux se disputeraient un pendu déjà mûr. Elle devient avec Sylvain Croci-Torti force et liberté : elle n’est en rien objet d’un pèlerinage en ses étranges tropismes. Dans l’œuvre il reste jouissif de s'abandonner à la perte de repères afin de redécouvrir une origo et de troquer l'histoire pour l'Utopie fût-elle de courte durée.

 

 

 

Croci 2.jpgSylvain Croci-Torti  n'est pas dupe de son illusion mais il s’y tient.  Formes et volumes s’y  promènent, s’y abandonnent  en couleurs limoneuses d’une mise en scène aux moires particuliers et ce loin de procédés rhétoriques et de l'obsession fétichiste. Le créateur refuse de  " pétrarquiser " en spiritualisant l' " objet " ou en  célébrant  de manière plus crue les voluptés.  Il  oublie les regards myopes que trop d’artistes portent sur l’image qu’ils limitent à une narration. L’œuvre permet par effet retour d'engager une vision fantasmatique dans une belle confusion des registres.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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