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15/08/2015

Julie Safirstein l’enlumineuse

Safirsstein 2.pngJulie Safistein a exposé au Musée des Beaux Arts de Locle dans le cadre de « L’art se livre » (2015).

 

Julis Safirstein n’a pas d’autres ambitions que celle d’embellir le monde de taches de couleurs.  Fidèle à la « peinture-peinture » elle  lui permet de combler les fêlures de l’existence. L’espace se remplit par formes colorées à la frontière du réel et de l’imaginaire. Les fameux « champs magnétiques » chers à Breton  trouvent là une réalisation originale porteuse de paix plus que l’inquiétude. Elle assure la liberté au regard. C’est une stratégie imparable. Beaucoup d’artistes devraient la méditer - encore faudrait-il que contrairement à Julie Safirstein – ils ne fassent pas étalage de leur bagage. L’artiste ne les exhibent pas. Elle développe la simplicité de la langue plastique ce qui demeure le plus difficile. C’est un art sans illusion diront ceux qui ne savent pas regarder

Safirstein.pngLa  poésie occupe l’espace que l’artiste se choisit afin de créer de nouvelles pistes. C’est là le secret d’une oeuvre  qui avec son air d’aller nulle part  n’est jamais piégée par le détail des choses sans basculer pour autant  l’abstraction totale.  Ce travail est donc plus que nécessaire dans une société qui se laisse envahir d’un seul rêve consumérisme et stéréotypique. La mesure et la raison que cultive Julie Safirstein  ouvrent les territoires de l’imaginaire afin que la vie soit à réinvestir, à approfondir. L’avenir s’ose et qu’importe si personne ne sait vraiment ce qu’il sera. L’artiste lui accorde un supplément de couleurs et d’âme.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

12/08/2015

« D’un monde à l’autre » : le dessin comme authentification des vertiges

 

 

 

Dessin suisse 2.png« D’un monde à l’autre »,  Espace d’art contemporain (les halles) de Porrentruy, du 7 juin au 16 août 2015

 

 

 

Du fragment à une dimension quasi monumentale, les travaux de Neal Byren Josse, Mathilde Heu, Caroline von Gunten, Katrin Hotz, Meret Knobel, Sarah Mann et Lizza Trottet - tous étudiants actuels et ou anciens de l’Ecav (l’École cantonale d’art du Valais (ECAV) - donnent vie à l’espace. Cette exposition prolonge l’expérience réalisée en décembre 2014 à la « Galerie New Space Von Gunten » à Thun. Emane par la technique de base du dessin une expérience directe du processus créatif au moment où les artiste naviguent entre œuvre en cours et en pulsion et les contraintes de certaines normes à la fois techniques ou du support lui-même.

 

 

 

Dessin suisse.pngLe caractère « tactile » du dessin permet de comprendre ce qui fait résistance à l’élaboration d’une pensée en acte au sein de la confrontation entre l’expression de l’intériorité et sa réalisation. Les œuvres ne racontent pas : elles disent. D’après nature, d’après modèle ou selon un imaginaire qui bat la campagne. Parfois il faut l’accumulation des figures, parfois la solitude de quelques traits comme s’il s’agissait de retirer le paysage non par mais pour les biffures. Leurs ascensions semblent immobiles mais elles cassent le temps.  Les lignes grouillent sur la peau du support ou s’y diluent. Pour voir ce qui n'est pas, ce qui n'est pas encore mais qui n’est que vide pour la plupart. Or le vide n’est pas. Il s’agit de voir ce qu’on n'a jamais vu ou qu’on ne voit pas encore. Pas de quartier dans ces quartiers dont le noir est la lumière.  Ne pouvant résister elle se cambre.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

(Le dessin est de Lizza Trottet)

 

11:08 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

09/08/2015

Beni Bischof tel qu’en lui-même

 

 

 

 

 

Bischof.jpgBeni Bischof, « WTF », Fotohof,  Livre et exposition, 7 aout-19 septembre, Salzbourg, 2015.

 

 

 

Le natif de Wildnau ne cesse de dépoter les images. Certes ce n’est pas un scoop. Dadaïste à sa manière, spécialiste de « saucissonnage » à tous les sens du terme l’artiste quitte Saint Gall pour sa première exposition en Autriche et y présenter ses exubérances spatiales et ses divers processus de création. Photographies, vidéos, textes, dessins, peintures et objets créent des entrelacs avec des figurations énigmatiques et renversantes en diverses installations intempestives. Détournant les apparences séductrices consuméristes des magazines de mode il métamorphose le conformisme dans les « pulp-fiction » de productions anarchistes et farcesques de ce qui tient de reliques recouvertes d’inadéquations volontaires. Jouant avec images et matériaux selon une énergie qui transforme l’arte povera en structures parfois digit-print, la confusion fait le jeu non seulement de la fantaisie mais de la poésie. Celle-ci arrache toute littéralité à la représentation.De diverses poubelles de signes l’artiste sort toujours une forme d’essence.

 

 

 

Bischof 2.jpgDu déchet surgissent ce qu’il nomme  « l’encens, la myrrhe, l’ambre gris ». En dépit d’un aspect débridé les « narrations »restent sobres, intrigantes, riches d’une beauté conceptuelle. Elles demeurent en dévers d’une saisie qui appellerait à priori un autre flux. Bischof crée ainsi des suites de déplacements. Ils cassent tout fétichisme du cliché comme du réel afin que l'œil capte ce que l’artiste  renverse selon une forme de « violence » visuelle. Celle-ci n’est plus à confondre avec l'exhibition ou la seule provocation. Elle s'exerce « contre » l'image et les institutions. Ce qui en reste possède la beauté poétique porteuse d'indicible très particulier : l’absence y fait le jeu de la présence. Chaque narration  devient la mémoire d’un temps renversé entre le sacré et le fécal, le haut et le bas.

 

Jean-Paul Gavard-Perret