gruyeresuisse

02/06/2015

Claude Viallat : leviers d’absence

 

 

Viallat.jpgClaude Viallat , Galerie Bernard Ceysson, Genève, 28 mai – 31 juillet 2015.

 

 

Claude Viallat s'inscrit dans la prédiction mallarméenne  " rien n'aura lieu que le lieu ". Cassant le chaos par ses géométries parfaites - caboches, etc. - il immobilise une suite de  moments à travers des surfaces  qui se métamorphosent en corpus d’interrogation. De telles peintures attirent, n'accueillent pas vraiment. Il faut s'y engager en faisant abstraction des manières de « considérer » un tableau, pénétrer ses cavités, ses quartiers de couleurs. Suivant leur exposition la clarté s'y reflète. C'est moins une venue de lumière qu'une sorte de ruissellement. Le regard s'emplit du déversement guidé par suspens filtré et pans travaillés. La peinture de Viallat ne dit rien hors d’elle-même, se perd dans ses niches. Le motif, n'est pas séparable de la beauté, ni la beauté du motif.  Ce dernier fait levier d’absence,  émane de ce « tissu ».  Il n’est possible que de se perdre en son suspens. La peinture devient un « textile »  au plus ras de l'extase nue. Elle va elle-même vers l'Absence. Et s'y consume.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

01/06/2015

Mai-Thu Perret et la passion de l’ouverture

 

 

 

Mai Thu.jpgMai-Thu Perret, « Moon Palace »,  28 mai- 18 juillet 2015, Blondeau & Cie, Genève  (en collaboration avec la Galerie Francesca Pia, Zurich).

 





mai thu 3.jpgLa démarche de Mai-Thu Perret  reste toujours à l’écart d’un contexte précis afin de donner à ses emprunts  un supplément de valeur générale. Ses œuvres récentes poursuivent le questionnement du monde  par la  création d’images à partir de littérature, la poésie, le constructivisme, le design, l’artisanat, les arts appliqués ou les religions. Celle qui a  accompli des études de littérature à Cambridge  avant de se tourner vers les arts plastiques, a travaillé à New York (entre autres dans les ateliers de John Tremblay et Steven Parrino) puis au Nouveau-Mexique avant de revenir depuis quelques années à Genève.  Si l’écriture comme l’influence américaine restent fondamentales dans l’œuvre, optiquement elles en ont quasiment disparu. Refusant un art où la personnalité de l’artiste paraît de manière intime Mai Thu Perret cultive la distanciation selon la formule abrupte et dont il faut prendre garde  « la machine fait l’art ».


Mai Thu 2.jpgPour preuve l’œuvre possède un côté magique (et parfois quelque peu « cinétique ») sous couvert de minimalisme. Le travail doit tout à l’artiste. Avec « Moon Place » elle associe de grandes tapisseries de haute lisse, des reliefs et une sculpture en céramique, et une sculpture en rotin. Tout reste énigmatique. L’artiste de l’extraterritorialité y est poussée à entretenir une fois de plus l'obsession pour la vie à travers des formes simples mais particulières qui ne cherchent à entretenir les fantasmes ou l’ornemental (dont l’œuvre est la critique). L’artiste mêle  le délicieux et le transgressif. Elle  feint d’assouvir le plaisir pour mieux circonvenir l’objet du désir. Manière peut-être d’éviter que le coït artistique devienne chaos  et qu’une fusion mystique apparaisse là où elle n’a rien à faire.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

31/05/2015

Simon Rimaz et la photographie "pure"

 

 

 

Rimaz.jpgSimon Rimaz, « Picturoïde », Forma Lausanne, 22 mai - 18 juillet 2015.

 

 

 

Simon Rimaz sort souvent  la photographie de ce qui est sensé en faire l’essence à savoir l’objet ou le sujet à « reproduire ». Le Lausannois cherche parfois le dépouillement afin d’atteindre une imagerie « pure », dégagée de son contexte, dans le simple jeu des ombres et de la lumière, des volumes et de l’espace. La série « Repli» est le fruit d’une expérimentation de la numérisation et du scanner : la machine en marche est surprise par des miroirs placés sur la vitre. Elle semble renvoyer l’image à sa source en révélant divers jeux d’angles plus ou moins virtuels.

 

 

 

Rimaz 2.jpgDans «Candela» l’intensité lumineuse surgit du métal incandescent coulé dans un tube pour qu’il glisse dans la chambre noird’appareils  photographiques dont les optiques ont été retirées afin que le remplissage puisse avoir lieu. Durci, le plomb crée des formes étranges, légères et denses qui révèlent le cœur du lieu de la « fabrication » de l’image. La série « Shroud » est formée de photogrammes dont l’espace est celui de l'atelier. De telles œuvres combinent matière et expérimentation afin que l’image reprenne ses droits là où se dissolvent les rapports spatiaux traditionnels. Tirées de l’anecdotique les compositions proposent un espace subjectif. Il obéit moins à l’objet traditionnel de la photographie qu’à un travail aux préoccupations plus larges et ambitieuses où la représentation échappe au moulage du réel puisqu’un autre « bain » de révélation a lieu.

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:25 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)