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19/11/2017

Physionomie du futur : Robert Montgomery et atelier AMI

Perama.pngRobert Montgomery et AMI, « Nous la Grèce », Atelier AMI - Art & Partage, Genève à partir du 19 novembre 2017

 

« Nous la Grèce » est la première étape d’un projet pour Pérama par l’Atelier AMI - Art & Partage avec Robert Montgomery. Pérama est une cité de la banlieue d’Athènes qui dans les années 1960 était une quasi bidonville. Georgios Dimitriadis eut un rôle clé dans sa métamorphose en transformant le quotidien des habitants et l’architecture avant que les colonels prennent le pouvoir en Grèce l’emprisonne. A Genève, l’exposition de l’Atelier AMI crée par Barbara Polla réunit des œuvres d’AMI, de Nikos Damianakis, et d’artistes grecs contemporains dont Pavlos Nikolakopoulos et ses pièces métalliques immaculées. Les ensembles de poèmes lumineux de Robert Montgomery ouvre l’exposition. L’artiste voudrait les montrer in situ en Grèce.

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Perama 2.pngS’inspirant toujours de l’histoire d’un lieu, il crée des rapports entre les difficultés de la Grèce d’aujourd’hui et l’espace d’un avenir chargé d’espérance. Montgomery - par la richesse d’une langue qui à la fois brille et « boîte » volontairement - propose un paysage dans le paysage au sein du jeu de l’abstraction en appel de la figuration. Les mots deviennent les balises d’une utopie en marche pour prêter au lieu et à une mère nourricière et première, berceau de la civilisation. Le ruban lumineux des mots appelle à une restructuration. Ceux-là ne se veulent pas consolation de la pensée mais espérance, l’abstraction du signe est élan. Chaque poème devient une boîte à ouvrir, en proposant la réflexion en lieu et place d’une réponse toute prête. C’est la une promesse d’allégresse effleurant sur le front de chaque image pour un pays et une communauté en mal d’espérance.

Jean-Paul Gavard-Perret

15/11/2017

Karlheinz Weinberger et les mauvais garçons (enfin presque)

Weinberger.jpegLongtemps méconnu la Suissesse Karlheinz Weinberger est désormais célèbre par ses portraits des « Halbstarke », blousons noirs zurichois que le temps rend moins mythiques qu’inoffensifs. Ces portraits intitulés « Intimate Stranger » ont été exposés dans une certaine indifférence 1980 au Klubschule Migros avant d’être repérés 20 ans plus tard au Swiss Institute de New York et au Museum für Gegenwartskunst de Bâle.

Weinberger 2.jpegLes clones maladroits de James Dean, Gene Vincent ou Vince Taylor (qui finira sa vie à Lausanne) attendaient la photographe comme le messie afin qu’elle donne corps à leur révolte adolescente. Mais les marges d’alors sont celles des fêtes foraines. Les « rebels without a cause » de la classe ouvrière y zonent et posent pour effrayer les badauds. Manière pour eux d’exister en exhibant signes et symboles d’une rébellion fantasmée plus que réelle. Avec le temps ils sont plus touchants qu’effrayants voire presque dérisoires.

Weinberger 3.jpegIl n’empêche : Karlheinz Weinberger saisit les instances de cette signalétique avec attention : ceinturons, chaînes, boucles, blousons reprennent l’imaginaire d’une identité des « barrières » en gestation. Les bandes et leurs armoiries traduisent les signes d’une dissidence encore bien fluctuante et qui copie celle de l’Angleterre pré thatchérienne. L’âge d’or de l’après-guerre et ses années de richesse règne encore. Ce ne sera qu’au moment de la crise pétrolière et ses incidences sur l’économie occidentale que la jeunesse des classes laissées pour compte va quitter un déguisement en fac-simile pour revêtir des armures plus signifiantes et opérationnelles. Pour l’heure la colère était naïve et les « méchants » candides.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

14/11/2017

Maya Bösch : les fantômes et leurs ombres

Bosch bon 2.jpgMaya Bösch, « Explosion of Mémories », Centre de la Photographie de Genève, 16 novembre au 3 décembre 2017.

 

Maya Bösch continue à se distinguer par le caractère exploratoire des formes qu’elle conçoit ou promeut depuis qu’elle a fondé la Compagnie « Sturmfrei » à Genève. Elle travaille désormais autant comme curatrice, chef d’orchestration que créatrice. « Explosion of Mémories » le prouve.

Bosch Bon.jpgÀ l’origine du projet ; sa découverte de Gibellina (village rural sicilien détruit par un tremblement de terre en 1968) et d’un enfant de ce « pays » : le producteur italien Nicolo Stabile. Le sujet du projet est l’investissement d’un nouveau type de lieu de mémoire. Maya Bösch s’intéresse - au-delà de la nature de la mémoire - à la manière dont elle déchire le temps selon des processus physiques qui la font naître « à travers deux instants, deux images, deux sons, deux émotions, dans la fente mentale comme une apparition ».

 

Bosch bon 3.jpg«Explosion of Memories» réunit le premier film de la créatrice et une série d’installations sonores, visuelles, et plastiques (photographies de Christian Lutz prises lors du tournage du film à Gibellina en 2016 par exemple) afin d’évoquer la quête de « l’impossible réconciliation entre l’espace aliénant du présent et celui, rêvé, explosé de la mémoire » Il s’agit d’errer parmi les ruines, de ressentir sa tragédie. Les artistes réunis créent un système de localisation et de délocalisation en variations de focales, distances, déplacements, variations là où le sens à accorder aux images est interrogé afin de savoir si de telles images ouvrent les porte du rêve, de la destruction, de l’utopie ou de la fin des temps.

Jean-Paul Gavard-Perret