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14/06/2015

Face au silence : Claude Luezior

 

 

 

Luezior 3.jpgClaude Luezior, Trilogie : Fragment, D’un seul geste, La couleur du silence, 90 p., 92 p., 100 p., 12 Euros chacun, 2015, coll. Poesie(s), L’Harmattan, Paris.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Luezior.jpgL’imaginaire et le réel  remarquablement travaillés par la langue du poète fribourgeois font que les notations-évènements à caractère descriptif deviennent  l’objet d’une transformation plus existentielle que « littéraire ». La mutation des formes d’écriture s’opère dans la réduction et la densité  et l’enrichissement de la  langue au moyen d’images qui effacent les contingences pour les densifier. Par exemple Luezior transcende la lutte de la femme (une amie poétesse de l’auteur) devant la maladie : « elle est là devant toi / et ton aiguille vile / elle est là, poitrine offerte / victoire de Samothrace / à la proue des embruns / elle qui brise le tumulte / du crabe qu’elle défie » et afin de parachever sa lutte le poète ajoute : « la vestale respire / de son verbe / de ses murmures / déjà / elle nous donne la vie ».

 

 

 

Luezior 2.jpgLuezior renverse donc les données dites objectives : l’espoir est l’étincelle qu’il jette au vent de la vie pour faire resplendir une sorte d’au-delà. Mais ici-même, ici bas. Le poète ne lâche rien : certes par essence la vie use mais il s’agit de faire résistance contre le silence : le poème devient le cri des oiseaux en plein vol. Comme eux il s’agit aller au-delà des neiges et des rochers pour atteindre les mots parfois encore indéchiffrables qui font taire le mutisme.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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13/06/2015

Barbara Cardinale et Sylvie Mermoud sur orbite

 

 

 

Mermoud bon.jpgBarbara Cardinale & Sylvie Mermoud, « Capsule périphérique », art&fiction, Lausanne,8 planches de tailles variables
sous emboîtage, CHF 135 / € 135

 

 

Capsule périphérique est constituée de huit planches de formats variables présentant des dessins (encre et transfert) de Barbara Cardinale et Sylvie Mermoud. Tout a commencé par une histoire de boîtes aux lettres : les deux artistes s’y passaient les dessins à compléter selon un jeu à quatre mains à la recherche d’images rémanentes et obsessionnelles qui rappellent de manière métaphorique la robe de la mélancolie de Dürer, ses plis dans les jeux de dévoilement. Les artistes entre complexité et légèreté  fondent une traversée. Arrimées à leurs propres ombres et ses lumières elles renversent le jeu classique de la représentation et de la construction. Discrètes elles pénètrent l’intime moins par effet d’évidence que de voile et d’aporie. Elles instaurent une communion à la fois lyrique et austère.

 

La canicule des émotions demeure calfeutrée au sein de nimbes et par la retenue de « narrations » ironiques.  La lumière semble parfois quitter la nuit et « sortir d’un cauchemar avec l’envie que la journée à venir soit belle » (S. Mermoud). Pour ce faire, les deux plasticiennes entrainent dans un monde chargé d’émotions qui matérialisent un processus de vie.  Du bord du Léman surgit donc une œuvre duale qui est tout sauf superficielle et qui n’a rien d’un passe-temps. Y transparaît une envie de se battre avec persévérance tout en laissant place à la disponibilité du regardeur. Le partage est donc le maître mot d’une œuvre où le désir de faire est bien supérieur à celui de se distinguer à coups d’« effets ».

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

12/06/2015

De la couleur avant toute chose - Gilles Porret

 

 

 

Porret.jpgThe Solo Project - Basel, Gilles Porret - Selected works, Tmproject Boulevard d'Yvoy, Genève.

 

Tout le travail de Gilles Porret s’articule sur la saisie de monde par la couleur à travers différents médiums : installations, objets, vidéos, performances, photographies. Se revendiquant comme peintre le créateur proche d’un art conceptuel interroge  méthodes et règles du jeu de l’art. Au passage et pour que la peinture parle il s’est intéressé aussi à des termes où la couleur sert de figure de style pris au pied de la lettre pour imager le réel : Noir de monde, White Spirit, Peinture bidon, Bleu de travail, etc. « Picture Disc » est à ce jour une de ses séries les plus célèbres  de l’artiste. Elle repose comme souvent chez lui sur des collections d'objets. Il a aussi pour ce projet collationné des chansons dont le titre  contient un nom de couleur : «Yellow Submarine». «Paint Is Black».

 

Porret 2.jpgGilles Porret s’intéresse aujourd’hui à d’autres « Plates-Formes » : des palettes industrielles passent du côté de l’art. L’objet détourné est encore plus radical que le vinyl ( il pouvait être interprété dans un registre plus large et a priori plus artistique). La couleur règne en maître dans le monochrome et ses dégradé tant le support est banal. Des lés de bois peints deviennent les parfaits exemples de déconstruction du tableau. Les « loques » interloquent. Elles sont là pour  travailler l’imagination puisque le visiteur est confronté à du proche et de l’étrange dans ce qui provient directement de la matière. De sa plasticité surgissent des bastringues d’états, des tropismes de couleurs. Ils accordent à l’art une identité clocharde que Porret ne cesse de travailler.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

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