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21/09/2015

Julia Fullerton-Batten : la fragilité des corps

 

 

Julia Fullerton-Batten.jpgJulia Fullerton-Batten s’est fait connaître par sa série Teenage Stories (2005-2006). Originaire d’Allemagne puis installée à Londres elle a exploré dans cette série les transitions complexes, émotionnelles, physiques et sociales vécues par des adolescentes à travers des scènes domestiques de banlieue. Les sujets semblaient errer dans un monde fait de réalité et de fantasmes. Ses séries suivantes, « School Play » (2007), « In Between » (2008-2009) et « Awkward » (2011)  continuent ce travail tout en glissant progressivement vers la saisie de jeunes adultes puis de femmes. En 2012, « Mothers and Daughters » explorait la dynamique extrême de relation maternelle où le rapport mère-fille prend une autre valeur. Il devient ici intimiste comme si l’artiste voulait détruire bien des idées reçues héritées de la psychanalyse et souvent reprises mécaniquement.

Julia_Fullerton-Batten.jpgPour la série « Unadorned » la photographe a sélectionné des sujets aux rondeurs « inacceptables »  pour les médias contemporains et la société qui considèrent le « gros » comme indésirable. Elle a placé chaque sujet dans un environnement de nature morte tiré d’une période historique de la peinture où le fait d’avoir des formes était considéré comme authentique et désirable. Ses sujets semblent à l’aise, sans honte ou inhibition. Avec « A Testament to Love » (2013) et In Service (2014) l’artiste s’oriente vers des sortes de narrations « hollywoodiennes » qui rappellent l’univers  d’Edward Hopper. L’artiste « raconte »  la difficulté de vivre lorsque l’amour va mal. Cette  quête conduit à la solitude, à la colère, à la résignation. La  femme se retrouve prostrée face à sa détresse et le vide au sein d’une exploration de la psyché toute en tension. L’œuvre se décline en de subtiles compositions teintées d’une ironie diaphane (par l’effet du décalage des mises en scènes) et troublante dans lequel un paradoxe demeure.  La fragilité jaillit de corps en ordre de marche ou figés.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

20/09/2015

Quand le livre simulacre devient poésie pure - Peter Wuetrich

 

 Wuettrich.jpgPeter Wuetrich, “Two Books”, Laure Genillard Gallery, Londres, 26 septembre – 25 novembre 2015.

 

 

A Londres Peter Wuetrich continue ses métamorphoses poétiques du livre pris comme objet ou ready-made propre à créer des sculptures minimalistes, des installations architecturales et de véritables tableaux en relief. Dissociés de leur sens, propos et de leur rôle de container de mots les volumes sont retenus pour leurs formes, couleurs, épaisseurs afin de renverser la hiérarchie des « langues ». Wuetrich rappelle ainsi ce que La Bruyère savait « une image vaut mille mots ». Tout dépend bien sûr de sa nature. Celle de l’artiste est comme du lait sur le feu. La peau du livre se met à bouillir pour créer un monde d’idées, d’expériences, d’émotions.

 

Wuettich.jpgAvec « Two Books » l’artiste suisse utilise la valeur monochrome des jaquettes afin de poursuivre son exploration d’une dualité métaphysique et physique en des narrations intempestives de la condition humaine métaphorisée. Dans cette exposition la vidéo « Two Books »  rassemblant une série de 308 livres. Ils sont montés et déplacés selon une animation où chaque image est visible seulement pendant un dixième de seconde. Cette technique jointe à la bande sonore créée par Electronica Nu Jazz  propose un flux, un “flow” d’images dans une orgie de couleurs perçue de manière subliminale. Les livres deviennent les protagonistes d’une narration « différentielle » qui pour Wuetrich devient celle de l’amour. Cette vidéo est complétée d’œuvres « duo chromatiques ». Elles créent différentes « lignes générales » où les livres se transforment en peintures et reliefs. Les genres comme le livre lui-même perdent leur statut. Ce dernier devient un simulacre actif. Le tout dans l’opposition des contraires d’où jaillit pourtant une harmonie. Elle est tout sauf imitative en un système dynamique d’interactions. Elles restent la marque de fabrique de celui qui est autant plasticien que poète. Mais un poète qui se passe des mots et atteint de la sorte l’inconscient du « lecteur » regardeur.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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18/09/2015

Florian Sommet : sophisticated Ladies

 

 

Sommet.jpgSommet 2.jpgFlorian Sommet n’aime pas les femmes sans tête.  Il la caresse par ses prises et la contorsionne parfois pour qu’elle échappe ou s’échappe. Il la dissimule en partie car il lui importe de ne pas révéler la totalité de son entité. Par cette acrobatie, le photographe d’origine allemande suggère une part de disparition, une part de manque. Dans son travail, il ne représente que rarement le corps dans sa globalité. Il préfère (pour ses travaux de commande - Vogue, Dior, Chanel, etc. - comme pour ses œuvres personnelles) faire des mises au point uniquement sur la zone souhaitée dans le visage afin de mettre en valeur ce qui s’y passe. Mais se révèle en cetespace donné ce que la totalité du corps raconte.

Sommet 3.jpgL’artiste rassemble ainsi diverses sensations et ressentis. Le corps même « manufacturé » pour la publicité semble l’épreuve d’une expérience doucereusement érotique vécue. Cela permet d’évoquer une temporalité d’éther à travers chevelures, yeux, peaux, étrangetés, réactions et aussi émotions demandées aux modèles. Pour cela le photographe laisse parfois une part à l’anomalie programmée, à la fragilité et à la maladresse feinte. Le visage devient une surface foisonnante et empirique.  La finitude de la  chair est écartée. Exit le spleen, welcome l’idéal. Et si chaque jour l’organisme vieillit avec Sommet il reste intact et troublant.

Jean-Paul Gavard-Perret

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