gruyeresuisse

07/11/2015

Tako Octobrachia le provocateur

 

 

 

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Tako Octobrachia n’est qu’une des faces (la plus « sombre » écrit-il) de l’artiste (même s’il refuse cette distinction) genevois Geoffroy Baud. Il pratique la sélection de regards en fonction des pans de son œuvre et les noms d’auteurs qu’il choisit pour chacun d’eux. Sous celui d’Octobrachia le bondage reprend ses droits. L’artiste par la mise en lumière (noire) ose l’intimité cachée aux regards voire à un certain « bon » (sic) sens. L’artiste aide  « ses » modèles à sculpter leur corps sans que celui-ci soit réduit à une  marionnette dont le  seul maître de cérémonie tirerait les fils ou les cordes.

 

 

 

Tako 2.jpgLa chair figée par les liens permet au corps de devenir moins objet que sculpture. Il apparait comme l’oxymorique présence de la liberté qui émerge du lien. Le corps retrouve la puissance du signe selon un rite programmé, ordonnancé.L’entrave délivre en ouvrant par  coulées de lumière. Le bondage représente le moyen de découvrir le nouveau par l’ancien. Mais non sans risque. L’artiste peut s’y faire traiter d’iconoclaste voire de pornographe. Néanmoins, adepte d’un art postmoderne, il sait que l’effet de transparence du sexe n’est qu’une illusion. Chez lui éros comme thanatos échappe à réduction de la banalité. L’artiste en ouvre le champ jusque dans sa « dislocation ». Existe là ce dont Marlene Dumas fut la pionnière : la sortie de la scène non d’une illusion mais de L’illusion au profit de  l’ « obscénité » : à savoir ce qui est hors scène, transesthétique et transéthique.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

octobrachia.tumblr.com

 

Koka Ramishvili : tsunamis plastiques et beautés sourdes

 

ramishvili 2.pngKoka Ramishvili, « Déplacement » , Centre de la photographie Genève & "Last Session", Galerie Laurence Bernard, Genève.

 

 

La monographie éditée par le Centre de la photographie de Genève illustre - en fidélité à sa vocation -  comment s’articulent et s’interrogent la photographie, le dessin, l’installation, le dessin animé, la peinture et la vidéo dans l’œuvre de Koka Ramishvili. L’artiste, né à Tbilissi, vit et travaille à Genève. Ramishvili.pngLa complexité des interrelations allie  politique, religion et érotisme, l'exil et les peurs  non sans humour parfois violent loin de toute posture narcissique et en donnant un sens général à une aventure plastique multipartite. Le socle de chaque genre est donc fracturé  (comme la société) là où à la fois tout se referme et se retourne mais en même temps  s’ouvre et éclate en une coïncidence  défaite. Tout Eden est de cendres. La vie comme l’art ne peut se vivre et n’exister que par éclaircies ajoutées les unes aux autres sans pour autant créer un barrage à l’inéluctable de la fuite. 

 

Ramishvili 3.pngReste la fragilité des jours et des oeuvres. Mais dans leur trajectoire le temps ne s’oppose pas à la construction et son contraire. Emanent à la fois des tsunamis plastiques mais aussi une beauté sourde.  Désastre et cadastre, en revendiquant une déconstruction Ramishvili propose diverses équivalences. Ses travaux sont de paradoxaux « éclaircisseurs ». Ils restent le vecteur inverse de ce qu'ils représentent pour beaucoup d'artistes. Chez ceux-là la création est clonique, elle reste le moyen de faire pousser les fantasmes comme un chiendent. Pour sa part l’artiste les  arrache.  S'engage une réflexion sur la question de regard, du réel, du passé, du devenir et du paysage. Ce dernier terme l'artiste a l'intelligence de ne pas citer. Pour lui en effet il n'existe pas. Ce qu'on voit est sans cesse rencordé, raccordé, imaginé dans un substrat d'une épaisseur insondable.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

05/11/2015

Philippe Ramette : l’attraction immobile

 

Ramette 3.jpgPhilippe Ramette, Xippas, Genève, 7 novembre - 23 décembre 2015.

 

Sur ses photographies Philippe Ramette se scénarise au sein de situations autant absurdes qu’improbables afin de renverser nos assises. La réalité devient des reconstructions mentales plus que des vues de l’esprit. Le dessin y est l’ébauche des autres médiums que l’artiste utilise. Tous créent une mise en abîme de la représentation en spéculant sur ses failles selon divers associations surréalisantes.

Ramette 2.pngFidèle à une  génération nonsensique aussi bien européenne qu’américaine, Ramette est l’exemple même de l’artiste libéré du « grand style ». Il croise diverses thématiques dans lesquels l’humain demeure central. Ses œuvres portent les marques d’amours, de  blessures et de joies. Le tout avec l’humour qui fait de manière naturelle abattre les cartes de ceux qui croient être les maîtres du jeu. Ramette.pngLe caractère primesautier du travail n'est qu'une impression de surface. Même si Ramette semble réduire ses œuvres à de petits traités d’archéologie du fugace elles prouvent qu’il ne faut jamais rechercher le prétendu marbre de l’identité supposée mais sa terre friable : celle qui creuse le réel et l’illusoire au sein de jeux de pistes dérivantes.

Jean-Paul Gavard-Perret