gruyeresuisse

27/09/2015

Les Editions Fleurs bleues en transit à Lausanne


Fleurs.jpgLes Editions Humus à la Librairie Humus, Lausanne, le 3 octobre 2015.

 

 

Quittant (provisoirement) Fribourg les Editions Fleurs Bleues sont invitées par Humus pour présenter leurs nouveautés. A savoir trois livres d’enfants pour adultes : « Madame Bigote » de Delhume   (texte Saint Georges et Mister P),   « Madame Casse-Couilles » de Rustre , (mêmes auteurs) et  « Planches à ressasser » d’Olivier Zappeli (texte de Marc Boivin). L’ensemble crée une réflexion comique sur certaines questions inhérentes à l’être comme à l’approche du dessin.  En surgissent des images d’un désir viscéral de liberté pas forcément voluptueuse vu le propos. Des histoires au poil ou aux petits oignons  permettent de renverser les pouvoirs de certaines femmes dont les consolations sont des supplices. Auteurs et dessinateurs créent des métamorphoses iconoclastes là où la doxa plastique est remplacée par la facétie aux délectations et incartades salutaires.

 

 

Fleurs2.jpgElles stimulent la pensée sans ramollir les mauvaises consciences. La Bigote boit des tasses athées et la Casse Couilles  claquette en talons hauts. Le lecteur-voyeur est moins curieux de regarder sous leurs jupes que de comprendre comment beaucoup tombent avec elles dans les beaux draps. Grâce aux éditions Fleurs Bleues il pleut non des pétales de roses mais des cordes de rire là où les Barbie Girls  d’un genre inédit  provoquent des inoculations excentriques. Sissi n’est plus ici : chaque femme devient un boulet qui organise des communautés particulières. Quant au mâle lui même il est sur la sellette qu’il soit sur terre ou dans les airs : répond un féminin bricolé dans des coulis où les envols d’hirondelles ne font pas forcément le printemps des amours.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

26/09/2015

Liu Ye : tout oxymore est un pléonasme

 

 

 

 

 

Liu Ye.jpgLiu Ye, "Catalogue raisonné, 1991-2015",  Editions Hatje Cantz, 400 pages, 58 E., 2015. Œuvres de l'artiste au Kunstmuseum de Berne.

 

 

 

Liu Ye explore un monde étrange : individus, objets, formes  évoluent dans des scénographies sourdement tourmentées est pleines de fantaisie. S’y mêlent douceur et violence, ironie et érotisme dégagés d’inhibition, de peur, de préjugés. Au regardeur de faire preuve du même abandon. L’artiste construit chaque œuvre comme un scénario de film mais à la manière des maîtres anciens. Il joue d’un certain baroque et d’une forme de maniérisme mais aussi d'un minimalisme figuratif. Souvenirs, lectures, images aperçues sur Internet lui permettent de trouver son « inspiration ».

 

 

 

Liu-Ye.jpgPour Liu Ye l’important n’est pas  d’où viennent les motifs, mais plutôt ce qu’ils deviennent. Ravi d’inventer des histoires l’artiste instruit le renouvellement du désir quelle qu’en soit la nature. Il projette dans un espace des limites sans que nous sachions si nous restons en dedans ou si nous sommes déjà au dehors. Cultivant les inverses il prouve néanmoins que tout oxymore - visuel ou non - est un pléonasme : aux occis et au morts ils préfèrent les vivants même s'ils demeurent prostrés dans une certaine attente.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

25/09/2015

Sara Masüger : tout ce qui reste

 

 

Masuger.jpgSara Masüger ne cesse de créer des vertiges visuels.  Par exemple pour son expositions Hibernation à la Kunsthalle Marcel Duchamp de Cully, trois moules de mains en négatif se transformaient en couloirs dont les entrées pouvaient être regardées directement par les fenêtres de la Kunsthalle. Ces sortes de tunnels évoquaient les membres dont ils sont l’empreinte, et ceux-ci se rejoignaient, se multipliaient autour des cavités délimitées qui permettaient, au delà de l’exposition, une vue sur la lac Léman. C’est là un des pans de l’œuvre de la sculptrice native de Zug. Elle joue toujours de la loque, de la ruine et de divers types de surfaces torturées. Ses pièces portent  sur un immense inconnu. 

 

Masuger 2.jpgLa torsion de la surface que des Beuys ou des Tapiès ont non seulement pratiquée mais théorisée s'ouvre ici à une autre dimension comme s’il fallait aller chercher chaque fois un peu plus loin l’écorce du réel. Celle-ci devient, par contrecoup, un ensemble d’amputations, de distorsions  mais aussi d’ouvertures. Elle ne peut plus être le territoire de l'illusion sur laquelle un leurre viendrait se poser. L'iconographie de la créatrice parle au sein même de la matière et ne renvoie plus aucunement à une quelconque gloire céleste de l'image. Sara Masüger accorde donc à ses travaux une charge qui n'est plus figurative mais figurale. Il ne s'agit plus d’orner ou d’ordonnancer mais de créer un bouleversement  par la matière même. Ou ce qu’il en reste.

 

Jean-Paul Gavard-Perret