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05/12/2018

Frank Habicht - le plaisir qui fascine et le désir qui tue

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Les coups de cœur passagers n’étreignent pas seulement une ombre quand Frank Habicht s’en empare. Il y a tenu ses assises photographiques dans le Swinging London en modifiant au besoin le réel, son manteau, sa nudité, ses effluves par le noir et le blanc.

 

 


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Une approche du plaisir soudain et premier s’empare de ses images. Parfois une belle de jour remonte du fond des nuits dans une tendresse qui fait hurler. A perte d’espace ou dans sa réduction les corps se déplient en divers types « d’avancées » qui firent bouger la culture compassée.

 

 

 

 

Habitch 2.jpgAu modèle qui aurait osé lui dire ; « Si j’ôte mon chemisier que ferais-tu de lui ? Pour lui répondre l'artiste savait alors que rien ne reste à dire mais beaucoup à photographier et surtout le mystère que les corps soudain libres (ou se croyant tels) portaient en eux. Ils s'osent ici dans le noir qui fascine, le blanc qui tue. L’opposition créatrice est constante entre l’infini possible et le néant.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Frank Habicht, "As it was", Hatje Cantz, Berlin, 2018, 244 p., 50 E..

 

 

 

04/12/2018

Arie Dzierlatka : scènes et conciliabules

Favre 4.jpg"Aline Favre et Arie Dzierlatka - Dessins croisés", Galerie Ligne Treize et Galerie Marianne Brand, Carouge du 8 au 23 décembre 2018

Marié pendant 15 ans à la céramiste Aline Favre Arié Dzierlatka fut musicien et plus occasionnellement dessinateur et illustrateur. Ses musiques de films l'ont fait connaître des cinéphiles. Il travailla avec Rohmer ("L’Amour l’après-midi"), et surtout avec le trio majeur du cinéma suisse romand : Goretta, Soutter, Tanner. Il fut aussi animateur pour les enfants en de célèbres concerts commentés dans les institutions musicales genevoises et des émissions télévisées d’initiation musicale. S’intéressant aux expérimentations électroacoustiques il sut les lier à l'héritage classique.

Favre.jpgLes expositions de Carouge permettent de découvrir ses dessins de cet artiste libre. Ils sont aussi provocateurs que sa musique. L'auteur fait preuve d'une fantaisie, d'une drôlerie qu'il ne pouvait pas forcément exprimer dans son oeuvre musicale. Le dessin reste ici ouvert. La perception prend une profondeur au sein des formes et des couleurs de cette expérience-limite. S’éprouve une contradiction entre ce que nous connaissons et ce qui soudain nous est donné de connaître par celui qui ne se prenait pas forcément pour un plasticien.

Arie Dzyierltka ne se souciait pas de "faire oeuvre". Mais, de telles marges, surgissent des parenthèses graphiques, des scènes et conciliabules imprévus. Ils éclatent à la surface sans souci de savoir et de technique. Le jeu des couleurs et des lignes est démultiplié en divers avatars.Favre 5.jpg Emergent de la sorte des vertiges bien  plus que des vestiges. L’inconscient y connaît la traversée des frontières à laquelle l'artiste offrit un passage, un transfert. Aux rituels de certitude fait place l’égarement et la transgression. C'est toujours une fête.

Jean-Paul Gavard-Perret

Aline Favre toujours présente

Favre.jpgAline Favre et Arie Dzierlatka - Dessins croisés, Galerie Ligne Treize et Galerie Marianne Brand, Carouge du 8 au 23 décembre 2018.

Aline Favre a porté son art (la céramique) à un point de perfection et d'originalité. Il fait de la Genevoise - disparue trop tôt - une figure majeure du renouveau d'un art souvent méprisé et qui pourtant se prête à des innovations formelles et de fond. L'exposition permet d'ouvrir le travail de céramiste de la créatrice à une partie moins connue de son oeuvre : les dessins préparatifs qui sont bien plus que des esquisses.

La créatrice a consacré sa vie au travail de la terre. Née en 1932 à Genève, enseignante à l’école des Arts décoratifs de sa ville narale dès 1965, elle investit en 1976 avec le céramiste Florent Zeller un atelier à Juriens, dans le Jura vaudois.Favre 2.jpg Après un voyage aux USA elle découvre une manière d'"oser" la céramique de manière plus libre et à l'instinct qu'elle ne cessera de cultiver entre une sorte de folie et d'amour du réel revisité.

Favre 3.jpgL'exposition de Carouge le prouve. Entre abstraction et "figuration" et par le mélange des différentes terres et associant le grès noir et la porcelaine dans des plaques stratifiées, elle créa des figures ailées dans lesquelles l'ironie n'est pas absente. La plasticienne a ouvert son art à une dimension vivante à coups d'équilibres et déséquilibres. Y transparaissent les déplacements des "corps"à travers les histoires de la porcelaine mais aussi du dessin au moment où elle se retrouve aux galeries Ligne Treize et Marianne Brand  en couple avec son amoureux (Arie Dzierlatka) dans une aventure où destin et dessin ne firent qu'un. Mais nous y reviendrons.

Jean-Paul Gavard-Perret