gruyeresuisse

27/06/2020

Entre elles : Isabella Sommati

Sommati.jpgA sa manière et en photographiant les femmes d'une équipe de football Isabella Sommati leur donne un répit et un autre campement.  Le rôle que la société leur impose est changé grâce à l'aire de jeu.  Les sportives sont saisies ici backstage : à savoir dans le repli de leur vestiaire.

Sommati 2.jpgEt si parfois un dos anonyme est nu l'Italienne ne cherche pas pour autant à théâtraliser des scènes implicitement lesbiennes comme c'est souvent le cas dans le shooting du football féminin - en ce sens plus libre que son grand frère chez lequel l'homosexualité reste un tabou. L'artiste et ses modèles ne cherchent pas plus la pose et la beauté marmoréenne. La sueur au corps le fruit autant de la conquête d'un trophée que le plaisir de se retrouver dans un espace de liberté et de partage entre femmes.

Sommati3.jpgElles viennent des hauts ou des bas quartiers de la ville, de divers milieux et sont d'âges bien différents. Le vernis du glamour éclate. Le temps est à un hors cadre social loin du capot des robes et des fards. Plutôt que d'essayer les recettes de séduction les femmes redeviennent amazones en s'attribuant un sport par essence patriarcal dont elles transforment l'esprit.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir le site de l'artiste.

23/06/2020

Pusha Petrov | Emmanuel Wüthrich : éphémérides

Wut.pngPusha Petrov | Emmanuel Wüthrich, "Passer", Espace d'Art Contemporain, Les Halles, Porrentruy, du 28 juin au 13 septembre 2020

 

Le jurassien Emmanuel Wüthrich expose pour la première fois la totalité de ses 18 années de travail quotidien autour du cyanotype (procédé photographique permet d’obtenir un négatif en exposant une surface photosensible aux rayons ultraviolets) dont il expose ici l'intégralité. Le septième volet du cycle "Passer" propose aux visiteurs des milliers de prises de vues d’instants uniques - un espace-temps compris entre le 1er janvier 2002 et aujourd’hui. Elles sont disposées sur deux murs de l’espace d’exposition. D'où cet immense calendrier des jours, semaines, mois, années qui donne l'impression d'une fatalité du temps précieuse car éphémère.

 

Wut 2.pngL’image obtenue - un négatif monochrome bleu de Prusse de 8x10 cm. - révèle une empreinte unique de lumière. Et ce projet, toujours en cours d’évolution, compte aujourd’hui plus de 6750 prises de vues. De telles traces témoignent du temps  en une constante universelle mais également une évocation du temps qu’il fait, ou faisait, comme un garde-fou d’une mémoire vacillante. L’artiste présente l’année 2020 dans sa boîte, exposée fermée : cette mise en scène renvoie à la période de confinement que le monde vient de connaître.

 

Wut 3.pngL’artiste jurassien a désiré collaborer avec la Roumaine Pusha Petrov rencontrée en 2019 lors de sa résidence à la Cité internationale des arts à Paris. Les deux artistes se retrouvent autour du procédé du cyanotype pour créer une œuvre originale éditée à l’occasion de l’exposition. Ils abordent une problématique similaire afin de questionner notre rapport aux objets et créer une réflexion commune autour de la notion de transmission en proposant des cyanotypes sur des courroies en cuir plates. Agrafées les unes aux autres, ces lanières prennent place au centre de l’espace d’exposition et poussent encore plus le spectateur à s’interroger sur la valeur donnée aux objets et au monde qui le cerne.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

22/06/2020

Thomas Paquet : objectif lune

Paquet Bon.jpgThomas Paquet est un artiste franco-canadien que l'on pourrait pour classer (trop facilement peut-être) parmi les minimalistes. Son approche s'articule autour des notions d'espace et de temps. Refusant la pléthore d'informations et la vitesse qu'impose le monde numérique il explore la matière avec patience et considère la photographie comme un art dont on ne peut ignorer la "façon".

 

Paquet 2.pngC'est pourquoi le film argentique est souvent au cœur de son processus de création. Il utilise des techniques alternatives (Polaroid, impressions au collodion humide, tirage à la gomme bichromatée) pour casser la représentation de la réalité.  Bref il brouille les frontières entre science et poésie, matérialité et abstraction, objectivité et subjectivité.

Paquet 3.pngSon oeuvre "Eclipse Lunaire 21-01-19" reste un exemple parfait de ce travail. Paquet passe de la perception d’un phénomène rare (l'éclipse) au fait de réellement voir ce phénomène. L’idée était au départ de capter la trajectoire de la lune pendant ce moment particulier et de traduire la dynamique du cosmos. Mais, dit l'artiste "Soudain, j’ai vu apparaître deux traits, comme des coups de pinceaux qui auraient été créés par les astres". Et ces traits deviennent l'équivalent du trou rouge sur la peau de Dormeur du Val de Rimbaud. Jaillit une illumination magique. Elle dépasse le phénoménal pour que la magie apparaisse et transcende autant le réel que l'irréel.

Jean-Paul Gavard-Perret

Thomas Paquet, "Eclipse Lunaire 21-01-19", Galerie Thierry Bigaignon, Paris, 2020.