gruyeresuisse

17/11/2019

Vivian Olmi : Sésame ouvre toi

Olmi bon.jpgVivian Olmi, " L'objet de l'exil", Till Schaap Editions, Berne, 2019

 

Les photographies de Vivian Olmi instruisent les relations qui suggèrent moins des tensions que des convergences entre plusieurs modalités temporelles et géographiques. Le fil de l’oeuvre se déroule sur le fond de permanence d’une image identique (un tableau noir).

 

Olmi 2.pngMais celles ou ceux qui s'y découpent en premier plan créent des surfaces changeantes qui sont capables de suggérer l’inexprimable et l’invisible qui  est pourtant approché par chacun des protagonistes exilés à l'aide d'un petit texte reproduit en fac-simile. Au regardeur ensuite, comme la créatrice, de trouver son chemin là où elle a infiltré - par sa bienveillance et son ordonnancement - un lieu de rappel mais aussi le tremplin à une utopie. Il est vrai que l'ariste a connu le même chemin : c'est contrainte de quitter son pays (le Chili) qu'elle est devenue citoyenne helvétique.

Olmi 3.pngL’œuvre incruste dans le langage plastique (accompagné de textes de témoignage et de commentaires) une célébration lucide et aussi un constat de solitude. Mais Vivian Olmi sait tirer des images autre chose que la nostalgie de l’éphémère. Surgit de chaque portrait une tendresse au moment où un lointain (induit par les vêtements des portraits ou des photographies dans la photographie) indique une proximité par le contexte des prises et de leurs "scénographies". Pour chacun des exilés c'est un symbole de leur sésame.

Jean-Paul Gavard-Perret

16/11/2019

Marie Lise Rossel : le furtif et le fuyant

Rossel bon.jpgMarie Lise Rossel se sent parfoi consumée par le réel. Ses images permettent de faire jaillir ce qui demeure un état de dépendance que rappelle "l'Innommable" de Beckett : :"oui dans ma vie, puisqu'il faut l'appeler ainsi, il y eut trois choses, l'impossibilité de parler, l'impossibilité de me taire, et la solitude physique, avec ça je me suis débrouillé". Cette phrase demeure capitale d'autant que le narrateur précise : "je ne pouvais parler de moi, on ne m'avait pas dit qu'il fallait parler de moi, j'ai inventé des souvenirs".

Rossel.jpgLe doute existentiel est ainsi dépassé par des images qui deviennent des hypothèses vitales où le monde tente de se réanimer. Surgissent des lieux vides où des tables sont néanmoins dressées pour qu'une prolifération humaine viennent - un jour - les animer. Existent aussi des autoportraits où l'humilité remplace les prurits d'un égo qui s'afficherait.

 

Rossel 3.jpgPour chaque prise l'artiste rassemble, regroupe. C'est une manière de rameuter des forces disponibles. Il s'agit d'esquisser des zones d'ombres et de lumières non sans gravité et sens d'un rituel intime où la vitalité est sans cesse à reconquérir. Une mutation rampe dans l'espoir et la liberté sans que rien ne presse ou que rien ne s'impose d'emblée.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

15/11/2019

Linda Tuloup : Vénus à la fourrure

Tuloup 3.jpgLinda Tuloup nous entraîne dans sa forêt des songes. Son peuple intérieur prend une nouvelle dimension. Entre paysages agrestes et alcôves. Qu’importe si la fusion dans le réel n’est pas au rendez-vous. Vénus semble naître de l’espace. Les filles du futur font partie d'elle.

Tuloup 4.jpgJadis des ogres ont voulu lui retirer la langue : elle la tire. Et comme l’escargot sortant les cornes elle débouche de sa coquille bien mieux et de manière plus perverse que chez les peintres de la Renaissance.

 

Tuloup 2.jpgL’atmosphère est d’ambre et de clair-obscur. A la naissance de cette Vénus il existait une chaleur accablante selon les experts. Mais Linda Tuloup montre qu'il y existait là une erreur de pronostic quant à la nature de son feu. Un intrus brouilla les cartes qui donnaient l’atout.

Tuloup.jpgLa photographe remet les fantômes du plaisir en place pour saisir son mystère. Elle déduit du passé le futur. Et l'ombre engendre un recueillement, une attente qui montent vers le regard, là où le texte de Yannick Haenel s’enchaîne comme une réplique tellurique au désir des images, aux images du désir.

Jean-Paul Gavard-Perret

Linda Tuloup, "VÉNUS – où nous mènent les étreintes", texte de Yannick Haenel, Editions Bergger, 2019, 30 E.