gruyeresuisse

09/08/2015

Beni Bischof tel qu’en lui-même

 

 

 

 

 

Bischof.jpgBeni Bischof, « WTF », Fotohof,  Livre et exposition, 7 aout-19 septembre, Salzbourg, 2015.

 

 

 

Le natif de Wildnau ne cesse de dépoter les images. Certes ce n’est pas un scoop. Dadaïste à sa manière, spécialiste de « saucissonnage » à tous les sens du terme l’artiste quitte Saint Gall pour sa première exposition en Autriche et y présenter ses exubérances spatiales et ses divers processus de création. Photographies, vidéos, textes, dessins, peintures et objets créent des entrelacs avec des figurations énigmatiques et renversantes en diverses installations intempestives. Détournant les apparences séductrices consuméristes des magazines de mode il métamorphose le conformisme dans les « pulp-fiction » de productions anarchistes et farcesques de ce qui tient de reliques recouvertes d’inadéquations volontaires. Jouant avec images et matériaux selon une énergie qui transforme l’arte povera en structures parfois digit-print, la confusion fait le jeu non seulement de la fantaisie mais de la poésie. Celle-ci arrache toute littéralité à la représentation.De diverses poubelles de signes l’artiste sort toujours une forme d’essence.

 

 

 

Bischof 2.jpgDu déchet surgissent ce qu’il nomme  « l’encens, la myrrhe, l’ambre gris ». En dépit d’un aspect débridé les « narrations »restent sobres, intrigantes, riches d’une beauté conceptuelle. Elles demeurent en dévers d’une saisie qui appellerait à priori un autre flux. Bischof crée ainsi des suites de déplacements. Ils cassent tout fétichisme du cliché comme du réel afin que l'œil capte ce que l’artiste  renverse selon une forme de « violence » visuelle. Celle-ci n’est plus à confondre avec l'exhibition ou la seule provocation. Elle s'exerce « contre » l'image et les institutions. Ce qui en reste possède la beauté poétique porteuse d'indicible très particulier : l’absence y fait le jeu de la présence. Chaque narration  devient la mémoire d’un temps renversé entre le sacré et le fécal, le haut et le bas.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

08/08/2015

La neige était rouge - Richard Hoeck et John Miller

 

 

 

Mannequin Death, Richard Hoeck et John Miller, OFFSITE Rossinière (Vaud) et Genève, Galerie Marc Jancou,  26 juin – 1é septembre 2015.

 

 

 

Mannequin.jpgSouffle du silence que les falaises font ricocher, gisants sculptés, carcasses deviennent la certitude ou l’écho muet de la disparition. Pour sa deuxième édition de « OFFSITE » , la galerie Marc Jancou  met donc le paquet (de neige). Elle invite Richard Hoeck et John Miller à présenter « Mannequin Death » dans le Canton de Vaud  à Rossinière ainsi qu’à Genève. Les deux artistes collaborent depuis vingt ans et sont reconnus sur la scène internationale  (cf. leur Something for Everyone en 2004 à Art Basel).

 

Mannequin 2.jpgLe double projet pour Jancou est la résultante d’une commande du Südtiroler Siedlung d’ Innsbruck. Les deux artistes y poursuivent orginairement deux objectifs : illustrer l’immigration qui existait entre Südtirol vers Innsbruck et montrer le vieux concept de « Sublime » à travers les paysages des Alpes tyroliennes.

 

 

 

Mannequin 3.jpgEn référence à Caspar David Friedrich la représentation de l’observateur vient comme chez le peintre Romantique se dresser face au panorama impressionnant. Les personnages familiaux (trois mannequins représentant un père, une mère et leur  fille) remplacent donc le spectateur et devient une tache malséante sur le paysage proprement dit. Ce triumvirat fut d’abord intitulé “Mannequin Pioneers”. Mais Richard Hoeck a décidé de promener ces mannequins in situ et habillés de manière adéquate pour affronter la haute montagne Toutefois les conditions extrêmes des prises (pour les artistes, leur équipe et les personnages) il a été décidé de créer une dizaine de mannequins afin de se rapprocher des dangers de l’alpinisme. Ce fut aussi une manière pour Hoeck et Miller de différencier le sublime du beau en  filmant ces mannequin dévissant du sommet d’une falaise. D’où le titre de l’œuvre qui est devenue un état des restes et des dépouilles des « êtres » soumis au tragique. C’est aussi une manière de rappeler comment s’articule cette « vieille » notion de sublime avec la mort jusqu’à se demander comment l’une nourrit l’autre (et vice-versa). Plus particulièrement dans une époque où l’image  devient le Récit majeur des espaces. Le tout non sans humour. Mais froid voire glacial, comme le climat l’imposa.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

06/08/2015

Ester Vonplon, le réel et son mystère

 

  

Vonplon.jpgEster Vonplon possède un  parcours très particulier : de snowboardeuse et skateboardeuse professionnelle elle devient photographe après  l’achat de son premier appareil sur un marché aux puces et en apprenant sur Internet les bases de sa technique qu’elle peaufine plus tard à la Fotografie am Schiffbauerdamm de Berlin dont elle sort diplômée. Surdouée, après un bref détour par la photographie documentaire elle commence un parcours très personnel et solitaire. Il la conduit de l’Europe de l’Est et aux Balkans  jusqu'au retour en sa Suisse natale.

 


Vonplon 2.jpgTravaillant la  dialectique paradoxale du lointain et du proche, du familier et de l’étrange (entre autre dans sa série « Stiller Besuch ») elle est devenue une poétesse du réel poussé au paradoxe de la limbe. La nature se vit dans ses oeuvres comme un lieu très magique.  Pictural dans ses jeux d’ombres et de lumière un tel travail semble pouvoir avaler le réel à l’infini afin d’en faire surgir des émotions presque sans objet, évanescentes. Nous séjournons ainsi sur le lit de l’ambivalence liés aux prises expertes de l’artiste. Nous gardons un pied sur terre et l’autre hors de lui au sein de gouffres et de surplombs. Chaque photographie contient une sorte d’affaissement mais aussi une immense élévation. Elle accuse notre gravitation éparse, arbitraire qui nous tire du sol vers le ciel là où le premier maraude et halète dans un vide abyssal.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Ester Vonplon, „Gletscherfaurt“,   Mijn Vlakke Land. On photograhy and landscape“, Fomu, Anvers, du 26 juin au 4 octobre 2015.

« Off the beaten track », Pro Helvetia, Table ronde réunissant quatre photographes suisses contemporains à l’occasion des Rencontres de la Photographie,Arles 2015.