gruyeresuisse

06/08/2015

Ester Vonplon, le réel et son mystère

 

  

Vonplon.jpgEster Vonplon possède un  parcours très particulier : de snowboardeuse et skateboardeuse professionnelle elle devient photographe après  l’achat de son premier appareil sur un marché aux puces et en apprenant sur Internet les bases de sa technique qu’elle peaufine plus tard à la Fotografie am Schiffbauerdamm de Berlin dont elle sort diplômée. Surdouée, après un bref détour par la photographie documentaire elle commence un parcours très personnel et solitaire. Il la conduit de l’Europe de l’Est et aux Balkans  jusqu'au retour en sa Suisse natale.

 


Vonplon 2.jpgTravaillant la  dialectique paradoxale du lointain et du proche, du familier et de l’étrange (entre autre dans sa série « Stiller Besuch ») elle est devenue une poétesse du réel poussé au paradoxe de la limbe. La nature se vit dans ses oeuvres comme un lieu très magique.  Pictural dans ses jeux d’ombres et de lumière un tel travail semble pouvoir avaler le réel à l’infini afin d’en faire surgir des émotions presque sans objet, évanescentes. Nous séjournons ainsi sur le lit de l’ambivalence liés aux prises expertes de l’artiste. Nous gardons un pied sur terre et l’autre hors de lui au sein de gouffres et de surplombs. Chaque photographie contient une sorte d’affaissement mais aussi une immense élévation. Elle accuse notre gravitation éparse, arbitraire qui nous tire du sol vers le ciel là où le premier maraude et halète dans un vide abyssal.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Ester Vonplon, „Gletscherfaurt“,   Mijn Vlakke Land. On photograhy and landscape“, Fomu, Anvers, du 26 juin au 4 octobre 2015.

« Off the beaten track », Pro Helvetia, Table ronde réunissant quatre photographes suisses contemporains à l’occasion des Rencontres de la Photographie,Arles 2015.

 

05/08/2015

La photographie et ses « doubles » : Lydie Calloud (de l’autre côté de la frontière)

 

 

 

 

 

Calloud.jpgPar ses photographies la savoyarde Lydie Calloud fait planer l’aigre et le doux. En ce sens elles « appuient » sur ce que ses dessins au stylobille proposent. L’image se renverse, sa texture crée des écheveaux et des protubérances. "Portant" du réel chaque prise pénètre un lieu de sa mise en abîme. Entre gouffres et variations il existe bien des prolongements et de « mystifications » puisque l’univers semble sans dessus dessous et sans dessous dessus.  Les mouvements induits sont moins orientés que magnétisés en divers point de fuites. L’œil en est réduit au doute, au paradoxe à l'improbabilité d'un centre ou d'un fonds qui interdit la romance. Le tout en mouvements valétudinaires faits de crêtes, de creux et de germinations. Restent des reliquats rémoulades où les idées grouillent comme des asticots.

 

Calloud 2.jpgLydie Calloud fait glisser dans les coulisses des images : seule cette noblesse oblige face au fade, au frelaté. Nul besoin de glose ou de codex. Le tout par ellipses de plusieurs foyers à la frontière de l’illisible dans de géniales hémorragies de formes dont la transparence est transe lucidité.  L’être est à éjecter du cadre de la spiritualité et de l’animalité. De plus la créatrice fait de l’ego un angle plat. Son absence crée une ouverture. Elle dégage tout ce qui fait centre de gravité ou circonférence circonstanciée. Rares sont donc les œuvres aussi délivrées des verrous de brume. Ce qu’on nomme réalité coulisse dans la viscosité du mental qui s’ouvre au songe en moutonnements grimés, de macérations abstruses et de frôlements d’imprévisibles élytres en opposition aux idéologies de l’art nourries de celles des sociétés à  partir desquelles toutes les colonies pénitentiaires se mettent en marche.   Lydie Calloud quant à elle opte pour la solitude et la liberté.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Les œuvres (remarquables) de l’artiste sont visibles à la Galerie Jacques Levy à Paris. Elles mériteraient une galerie en Suisse.

 

03/08/2015

Diana Lui : just like a woman

 

 

 

 

 

Lui Diana.jpgLa nouvelle exposition de Diana Lui “Totem” se compose de portraits en noir et blanc et en couleurs. Ses photographies questionnent le sens de la tradition dans le monde islamiques d’aujourd’hui à travers les costumes traditionnels que les femmes modernes portent en Malaisie. Cette recherche est consubstantielle au travail de l’artiste. Elle l’a commencé au Maroc il y a quelques années et a culminé provisoirement par son exposition en 2014 à l’Institut du Monde Arabe de Paris. A l’initiation de cette recherche il y eut les propres photographies  du  psychiatre français  Gaëtan Gatian de Clérambault. Les propres travaux de l’artiste, avant de se prolonger dans son propre pays d’origine, commencèrent par une recherche sur les costumes traditionnels des femmes marocaines et tunisiennes. Y trouvant bien des similitudes avec les vêtements malais l’artiste décida d’explorer leur univers sémantique influencé par des siècles de tradition tout le long de la Route de la Soie entre la Chine et le bassin méditerranéen.

 

 

Lui Diana 3.jpgDiana Lui  après avoir grandi en Malaisie avant de vivre longtemps aux USA et en Europe (Belgique, France, Suisse) pour ses études est revenue pour un temps en son pays afin d’étudier de plus près le rôle que tient la femme. Plutôt que des discours l’artiste a choisi sa propre mise en scène et ses photographies. L’ensemble pose de manière subtile et magnifique le rôle du costume dans la société et comment une femme peut s’y insérer en associent racines et traditions d’un côté, indépendance et modernisme de l’autre. L’artiste par ses œuvres fait corps avec les femmes de Malaisie. Et ce qui pouvait être au départ une suite de totems ethnographiques devient une présentation poétique et symbolique des emblèmes d’une identification capable de générer une femme « nouvelle ». Celle qui à la fois assume ses héritages et revendique une féminité tout sauf passive. Les formes dérobées se font fébriles, se délivrent de tout renoncement à être. 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Diana Lui, « Totem », Galerie “The Space”,   Penang, Malaysia 1er au 31 Aout 2015.