gruyeresuisse

09/06/2017

Ole Marius Joergensen : les fenêtres

Joergensen.jpgOle Marius Joergensen se fait voyeur. Parfois il reste face aux fenêtres pour surprendre les êtres, parfois il s’introduit à l’intérieur du champ de l’intime comme s’il y était entré insidieusement. L’effet « rideau » est donc saisi du dehors comme du dedans. Les prises sont plus complexes que légères. L’artiste réveille l’esprit même lorsqu’il jouxte « avec le rien, le degré juste au-dessous du peu ». Ses personnages deviennent les victimes consentantes au sein de sensations paniques ou extatiques de la vie.

Joerensen 2.pngTout autant - et en miroir au désir du voyeurisme - se précise comment la poésie visuelle ouvre sur des abîmes et parfois des clartés. Chaque image fait sauter les carcans de l’intimité, les « décorsète ». De telles visions touchent à notre plaisir comme à nos possibilités d’angoisse puisque nos certitudes se voient interpellées par les incursions intempestives.

Joergensen 3.jpgSoudain ce que nous prenons pour l’impensable semble saisi autant par effraction que par hasard. Surgit une fermentation. Elle permet d’aller beaucoup plus loin dans les inaccessibles plis de l’ineffable. Tout est là : il y a une pente, une sensation, une fenêtre pleine de détails qui échappent à la seule figuration. Le créateur y évoque ce qui se matérialise dans le clair-obscur, sans bruit et sous des apparences amorphes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Ole Marius Joergensen, "Bihind the Curtains"

https://www.olemariusphotography.com/

 

14:39 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

08/06/2017

Les communautés inavouables de Sonia Sieff


Sieff.jpgChaque épreuve de Sonia Sieff crée une radiance. Par un pur jeu théâtral d'ombre et de lumière surgissent l’incandescence et la solidification d'une "communauté inavouable". Les femmes errent ou s’abandonnent et la photographe propose le travail du songe au sein de la « matière » lumière.

La photographie ne se veut pas un témoignage mais la mise en scène d’une énigme au sein d’oasis de sérénité en bordure du monde. Sonia Sieff en retire les éléments parasites et cherche à rejoindre ses Eve en des éthers vaporeux. Certes - la Genèse l’a appris très tôt - aucun paradis terrestre ne dure.

Sieff 4.pngL’artiste métamorphose le leurre de luxe comme les décors sordides en une simplicité « picturale ». La convention est au service du merveilleux. Le regardeur éprouve le sentiment d’atteindre le plus secret de moments d’intimité Ils deviennent ce « temps à l’état pur » dont parlait Proust. Le monde est suspendu. Les frontières du réel sont disloquées pour permettre une traversée incertaine.

Sieff 2.pngLa photo n’a rien d’innocente. D’ailleurs elle ne l’a jamais été. Sonia Sieff joue avec ce que le regardeur y met. Il peut même croire qu’elle lui offre un troisième œil à la manière de ce que proposent certaines cosmogonies asiatiques. En tout état de cause les photos de l’artiste transforment la femme en un labyrinthe oculaire enlacé. Il permet de croire percevoir des profondeurs cachées.

Jean-Paul Gavard-Perret

06/06/2017

Antoni Muntadas : « Art Basel is….fantastic »

Muntadas.jpgAntoni Muntadas est un pionnier de l’art conceptuel et de l’art multimédia. Il utile la performance, la vidéo, les installations, la photographie, Internet, etc., pour répondre aux principaux enjeux politiques et sociaux de notre temps. Ses œuvres abordent principalement les problèmes du flux d’informations et de l’hyperconsommation médiatique à travers les technologies de pointes et la dynamique de l’architecture

Muntadas 2.pngLe but est de faire comprendre le monde. Muntadas isole parfois un mot précis qu’il sertit dans un cadre architectural afin de le faire « claquer » par ce déplacement. Il s'est beaucoup intéressé à la télévision dès les années 70 puis sur la jonction des nouvelles technologies et de l’urbanisme. Les cathédrales vernaculaires qui rivalisent d’originalité et d’audace dans les grandes métropoles deviennent à la fois un écran et une sorte de musée « in progress ». Pour Muntadas l'architecte est donc devenu un maître du monde de l'art contemporain et de la culture au service de ses commanditaires.

Muntadas 3.jpgPour s’en moquer les recherches de l’artiste se présentent toujours sur un mode ironique. Le détournement, la transformation (comme celui du pavillon de la biennale de Venise en une sorte de hall d'aéroport) sont au centre de ce travail qui souligne les esthétiques du pouvoir (on pense bien sûr à la Trump Tower de Manhattan). L’humour le plus mordant demeure en conséquence le vecteur majeur pour attaquer l’arrogance de ceux que le créateur espagnol dénonce implicitement.

Jean-Paul Gavard-Perret

Antoni Muntadas, Galerie Michel Didier, Art Basel 2017.