gruyeresuisse

11/01/2016

Grande Rio ou « Les anarchistes du pinceau »

 

 

Rio Naïf.jpg« Rio Naïf et les Jeux Olympiques/Paralympiques », du 26 janvier au 5 mars 206, Espace L., Genève. Consulat du Brésil, Genève. Fondation Brasilea, Bâle.

 

Jacqueline A Finkelstein (Conservatrice et Directrice du MIAN - Museu Internacional de Arte Naïf do Brasil, Rio de Janeiro) présente en Suisse les œuvres d’artistes naïfs qui font partie de la collection du Musée. Ils expriment «  à leurs mains » leur pays qui est un des rares au monde où l’art naïf jouit d’une reconnaissance. L’exposition a pour but de donner un panorama joyeux de Rio où  les Jeux Olympiques auront lieu en 2016. S’y découvrent plusieurs attractions culturelles de la ville : le Corcovado, le Pain de Sucre, le Maracaña et autres lieux olympiques et bien sûr les plages dont Copacabana.

Rio 2.pngL’exposition prouve que l’art naïf n’est pas ce qu’on croit. Il n’a rien d’une sous-culture picturale mais le fruit d’un long travail d’artistes qui ne cultivent pas seulement un folklorisme mais luttent pour la défense de la planète. C’est pourquoi la conservatrice les appelle "les poètes anarchistes du pinceau”. Ils expriment de leurs idées en prouvant que l’image la plus extraordinaire n’est pas dans le paysage mais dans les yeux. Qu’importe alors si le ciel ne verra jamais la terre du jour et la terre ne verra jamais le ciel de la nuit : le vrai mystère est celui de tous les instants traités selon un imaginaire primitif et débridé. Il fait passer bien des créateurs pour des inconséquents. Les « naïfs » brésiliens permettent d’envisager Rio en méprisant les apparences véristes et ceux qui s’en croient maîtres. C’est pourquoi à la splendeur des lustres ils préfèrent les formes rupestres. Au regardeur et au lecteur de savoir s’en emparer.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09/01/2016

Duo et duel : Frank Smith et Julien Serve

 

Serve 4.pngFrank Smith et Julien Serve, « Pour Parler », Galerie Analix Forever, Genève

 

 

L’exposition « Pour Parler » est née de la rencontre entre Julien Serve et Frank Smith. Le second a écrit 115 sonnets. Il en a revisité et déconstruit la forme-fixe pour la transformer en la dégageant de la rime et du lyrisme intimiste. La question posée devient : Que parler ? Comment parler ? Avant l’intrusion de Julien Serve, le recueil s’intitulait d’ailleurs « Je ne sais plus parler ». Le but était simple : « Je veux rapporter comment j’ai trouvé le monde » écrit l’auteur. A l’expression d’un moi tourmenté par la révélation que la pensée n’existe qu’à travers les mots, Serve propose une version plastique qui tient de l’opération à savoir de l’ouverture.

 Serve 2.png

Pour l’exposition les deux créateurs ont dû inventer un dispositif. Serve a dessiné sur (à proprement parler) les sonnets pour savoir comment le dessin produit une pensée Pour les deux « acteurs » elle naît dans le geste qui reformule la réalité. Serve.pngServe s’est volontairement « perdu » dans les sonnets aux structures éclatées : « Que les sonnets se lisent sans discontinuer me permettaient de perdre prise. L’imprévu devenait alors envisageable. Je me suis donc contraint à ce dispositif avec des règles simples et strictes : 24 heures de dessins en direct à la lecture d’une voix numérique.» Chaque dessin ne répond pas à un sonnet : le résultat est celui de la durée d’exécution. Il s’agissait d’injecter les dessins dans les sonnets, de fusionner textes et images loin de la simple illustration. La communication dessin-texte est opérative comme elle le fut jadis entre musique et littérature avec Morton Feldman et Samuel Beckett.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

07/01/2016

Les dérives contrôlées de Line Marquis

 

Marquis.pngLine Marquis in « Papier Bitte ! », du 14 janvier au 27 février 2016, Galerie C, Neuchâtel

 

Line Marquis mixte l’image provocatrice et « pieuse ». « Gouine is an attiude » est l’exemple même de ce double mouvement. Frida Kâlho et Silvia Plath ne sont jamais loin mais Silvia Bächli, Sophie Calle non plus - néanmoins selon des perspectives propres à la Lausannoise. Cultivant sa propre « ligne » graphique elle se rapproche aussi, par l’esprit, des actionnistes viennois ; des performances féministes, des écrits corsaires de Pasolini. Mais la créatrice ne cultive pas la nostalgie de telles expérimentations : les siennes préservent l’énergie et le questionnement de la postmodernité. L’artiste tente d’éclairer le monde contemporain par des visions hirsutes, agressives ou drôles. Son monde est complexe : il y a autant d’images apocalyptiques que bucoliques et parfois douces jusque dans la finesse du dessin. Mais parfois le bouillonnement devient plus sourd. Le tout avec humour - jusque dans les titres (« Rison to Bilive ») - et dans le mixage de la couleur et du noir et blanc ; ça et là il existe des touches psychédéliques, des inserts linguistiques ou des « reprises » d’images anachroniques revisitées. Marquis 4.jpg

Line Marquis.jpgLes gravures mélangent l’art naïf à la Science-fiction en des éléments « rapportés ». L’artiste passe d’une figuration défigurante à une forme particulière d’abstraction. Elle glisse de la figure au signe. Ce dernier n’a rien de métaphysique. La création fait masse et s’ancre dans l’ordre de la sensation au sein de narrations intempestives. L’art ne manque jamais d’idée mais le premier n’est pas vampirisé par la seconde. C’est pourquoi l’artiste cultive une volontaire « idiotie » pour provoquer la réflexion. Il ne s’agit plus de conceptualiser mais de trouver ce qui peut à la fois soulever l'inanité du monde et réveiller l’art du temps. Cosa mentale le graphisme est une levée de l’imaginaire et la recherche de l’émotion. Simple et expérimentale l'œuvre prouve combien les mécaniques et procédures se perdent en chemin afin de donner à voir  la recomposition du monde pour lui donner un profil particulier et une nécessaire dérive.

Jean-Paul Gavard-Perret