gruyeresuisse

07/11/2017

Richard Meier : un Prince

Meier Bon 2.jpgGrâce à Richard Meier Don Juan trouve à dire à Juliette que la femme est le plus bel Alpha de Roméo : celui qui couronne le mémoire de Dieu par l’esthétique selon - et entre autres - un « rond dans l’eau – fleur sage et bouton d’or ». Il est vrai que l’auteur sait parler aux femmes et à ceux qui les accompagnent.

Et lorsqu’il n’est pas compris il joint l’image à la parole en « danse typogramme » quite a faire un scénario en carton grossier mais sans besoin de souffleur. Pour l’auteur, même compromis par Judas, le baiser n’en constitue pas moins un pont sûr. Et Meier en appelle aux corps des amoureux qu’il évoque en des flèches. Elles ne gardent de la lascivité que la sueur et le chant des lettres.

Meier.pngChez lui tout est incisif en petits méandres et lignes discontinues au milieu des sémaphores féminins. D’un rond dans l’eau du livre l’artiste puise pour rappeler que l’amour est tout ce que l’humain a pu tirer d’un péché originel. Afin de le prouver il transforme une nuit d’encre en une constellation de lumières.

Nul ne sait chez lui – lorsqu’une femme affirme n’avoir jamais trompé son mari - si elle le dit en toute fierté ou à regret. Ne serait-ce pas la preuve que, si la femme n’existait pas, la rose serait la plus belle fleur ? En tout état de cause il ne discrimine l’époux. Ni ses parasites. Dans leurs veines court du sang humain et qu’importe si dans de tels livres »l’œil ne suit plus la conversation ». Il a d’autres chas où entrer.


Jean-Paul Gavard-Perret

Richard Meier, « Un œil pour les yeux », et « Dynamo des Tropismes », Voix éditions, 2017.

 

06/11/2017

Sergey Chilikov : bons baisers de Russie

Soviet 4.jpgSergey Chilikov est considéré comme un artiste non-conformiste capable de mettre à nu et à tous les sens du terme la face cachée de son pays et les images que son leader autocrate veut en donner. L’artiste n’hésite pas à rechercher l’éros où il se cache et parfois s’exhibe quitte à cultiver un certain « mauvais » goût afin de secouer les stéréotypes. Il existe là de la maladresse mais surtout de belles réussites. Chilikov suggère bien des fractures.

Soviet 2.jpgEn ne cherchant jamais le beau pour le beau son projet inclus toutes les couches sociales et tous les âges. Pour les intolérants de telles photographies mènent au vice car s’y déchaînent des torrents de stupre avec la rapidité du choléra de la fornication. Il est vrai que sur ce plan la Russie est timorée ou simplement hypocrite. Certains mariages ont l’air de communions des saints. Mais le photographe montre des faces moins officielles.

Soviet 3.jpgLes amoureux et amoureuses ne ressemblent pas à des enfants qui croient au Père Noël. Il n’existe ni décorations, ni déclarations d’amour. L’équation de l’amour est à deux inconnu(e)s voire bien plus. Quant aux Don Juan ils ne sont pas forcément des toréadors du sexe même si leurs compagnes semblent leur laisser carte blanche. Seules les timides sauvegardent les parades d’une précoce vulgarité.

Soviet 5.jpgMais d’autres passent à travers comme une lettre à la poste. Certaines femmes imbues de leur image jouent les solistes, d’autres préfèrent les groupes qu’elles pimentent de quelques gouttes d’inaccessibles. Néanmoins dans ces histoires il n’existe pas toujours un balcon pareil à celui de Juliette.. En Russie on se contente d’y mettre les lessives à sécher. Néanmoins sur cette corde à linge il est possible de grimper au rideau : pour s’envoyer en l’air plus besoin d’escaliers.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

05/11/2017

Blaise Cendrars tel quel

Cendrars lettres.jpgBlaise Cendrars, Jacques-Henry Lévesque, « 1922-11959 – Et maintenant veillez au grain », Editions Zoé, Genève, 2017.

Jacques-Henry Lévesque était le fils d'un couple d'amis proches de Cendrars. Il fut éditeur, amateur éclairé de jazz, fondateur de la revue "Orbes". Installé aux États-Unis à partir de 1946, il est à l'origine de multiples enregistrements de poésie française, d'anthologies et de traductions. Il doit beaucoup à Cendrars. La réciproque est vraie. Passant du jeune éperdu d'admiration devant le poète bourlingueur il en devint le disciple; le secrétaire d'édition, homme de confiance, le fils d'élection, lecteur, puis le régulateur et le juge de l'œuvre de Cendrars. Et celui-ci se fia lui.

Cendrars lettres bon 4.jpgLeur correspondance considérable est une suite de confidences intimes. Mais c’est aussi une vue précise sur l'élaboration des œuvres de Cendrars. Entièrement revue, cette nouvelle édition s'enrichit des lettres retrouvées et des apports du fonds Cendrars. S'y dévoilent - par delà les récits autobiographiques de l’auteur et ses fictions - le mal de vivre et les vertiges d’abîme, l’attraction mystique, la rage et la désespérance (lors de la Seconde Guerre mondiale qui rappelle à l’auteur de vieilles terreurs), l’exaltation de la création et la réaffirmation de la vie qui font la puissance de l’œuvre de Cendrars.

Cendras lettresbon 3.jpgExceptionnelle, du fait du lien capital qui unit ses deux protagonistes, cette correspondance noue les liens entre l’Histoire, l’amour et l’écriture. La destinée singulière de Cendrars se mêle à la rumeur du monde, sa vie au jour le jour aux affres de la création. Les lettres en offrent, sur le mode intimiste, quelques clés essentielles.

Jean-Paul Gavard-Perret
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