gruyeresuisse

20/09/2015

Quand le livre simulacre devient poésie pure - Peter Wuetrich

 

 Wuettrich.jpgPeter Wuetrich, “Two Books”, Laure Genillard Gallery, Londres, 26 septembre – 25 novembre 2015.

 

 

A Londres Peter Wuetrich continue ses métamorphoses poétiques du livre pris comme objet ou ready-made propre à créer des sculptures minimalistes, des installations architecturales et de véritables tableaux en relief. Dissociés de leur sens, propos et de leur rôle de container de mots les volumes sont retenus pour leurs formes, couleurs, épaisseurs afin de renverser la hiérarchie des « langues ». Wuetrich rappelle ainsi ce que La Bruyère savait « une image vaut mille mots ». Tout dépend bien sûr de sa nature. Celle de l’artiste est comme du lait sur le feu. La peau du livre se met à bouillir pour créer un monde d’idées, d’expériences, d’émotions.

 

Wuettich.jpgAvec « Two Books » l’artiste suisse utilise la valeur monochrome des jaquettes afin de poursuivre son exploration d’une dualité métaphysique et physique en des narrations intempestives de la condition humaine métaphorisée. Dans cette exposition la vidéo « Two Books »  rassemblant une série de 308 livres. Ils sont montés et déplacés selon une animation où chaque image est visible seulement pendant un dixième de seconde. Cette technique jointe à la bande sonore créée par Electronica Nu Jazz  propose un flux, un “flow” d’images dans une orgie de couleurs perçue de manière subliminale. Les livres deviennent les protagonistes d’une narration « différentielle » qui pour Wuetrich devient celle de l’amour. Cette vidéo est complétée d’œuvres « duo chromatiques ». Elles créent différentes « lignes générales » où les livres se transforment en peintures et reliefs. Les genres comme le livre lui-même perdent leur statut. Ce dernier devient un simulacre actif. Le tout dans l’opposition des contraires d’où jaillit pourtant une harmonie. Elle est tout sauf imitative en un système dynamique d’interactions. Elles restent la marque de fabrique de celui qui est autant plasticien que poète. Mais un poète qui se passe des mots et atteint de la sorte l’inconscient du « lecteur » regardeur.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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18/09/2015

Florian Sommet : sophisticated Ladies

 

 

Sommet.jpgSommet 2.jpgFlorian Sommet n’aime pas les femmes sans tête.  Il la caresse par ses prises et la contorsionne parfois pour qu’elle échappe ou s’échappe. Il la dissimule en partie car il lui importe de ne pas révéler la totalité de son entité. Par cette acrobatie, le photographe d’origine allemande suggère une part de disparition, une part de manque. Dans son travail, il ne représente que rarement le corps dans sa globalité. Il préfère (pour ses travaux de commande - Vogue, Dior, Chanel, etc. - comme pour ses œuvres personnelles) faire des mises au point uniquement sur la zone souhaitée dans le visage afin de mettre en valeur ce qui s’y passe. Mais se révèle en cetespace donné ce que la totalité du corps raconte.

Sommet 3.jpgL’artiste rassemble ainsi diverses sensations et ressentis. Le corps même « manufacturé » pour la publicité semble l’épreuve d’une expérience doucereusement érotique vécue. Cela permet d’évoquer une temporalité d’éther à travers chevelures, yeux, peaux, étrangetés, réactions et aussi émotions demandées aux modèles. Pour cela le photographe laisse parfois une part à l’anomalie programmée, à la fragilité et à la maladresse feinte. Le visage devient une surface foisonnante et empirique.  La finitude de la  chair est écartée. Exit le spleen, welcome l’idéal. Et si chaque jour l’organisme vieillit avec Sommet il reste intact et troublant.

Jean-Paul Gavard-Perret

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Mirko Baselgia : d’entres les murs et structures phénoménales.

 

 

BASELGIA.jpgMirko Baselgia,   « Sozein Ta Phainomena », Galerie Heinzer Reszler, Lausanne, du 25 septembre au 31 octobre 2015

 

 

Baselgia 2.jpgMirko Baselgia vit et travaille dans les  Grisons. Il devint un des artistes les plus prometteurs de la scène helvétique au même titre qu’un Peter Wuettrich par exemple. Certes, il lui reste à acquérir une envergure plus internationale que la galerie Heinzer Reszler par sa reconnaissance extra-muros peut lui ouvrir. Intitulée  « Sozein Ta Phainomena » son exposition prouve comment l’artiste crée un lien subtil entre le conceptuel, l’abstraction mais aussi une figurationà travers divers mediums (dessins, sculptures, installations, photographies, vidéos) et centre de polarisation (biologie, urbanisme, architecture entre autres). Fidèle à toute une école américaine de l’art,  l’artiste fait réaliser ses œuvres en faisant appel non à des élèves (il n’a pas d’atelier) mais à des artisans de corps de métiers inhérents à ses projets : bronze, cuivre, bois, verre antique, acier, cire d’abeille, peau de bêtes sont « apprêtés » par des spécialiste de ces matières.

 

 

 

Baselgia 3.jpgPassionné autant par le monde animal que les structures des pouvoirs il propose par exemple des plans de ville en damier typique d’une cité « idéale  (Democratic Grid Athen). Avec Sozein Ta Phainomena il revisite le plan du futur lieu d’entreposage des déchets radioactifs en Suisse. Le titre renvoie à la potentialité à l’être comme aux responsables politique de se cacher la réalité en leur faculté d’abstraction de contingences dont ils sont pourtant les régulateurs. Avec Alice (« image » d’un anneau du Cern) ou avec Endoderm (moulage d’un terrier de marmottes) l’invisible sort de la terre où il est enfermé.  Le tout en un lien entre le rupestre et une quasi science-fiction. Artiste des structures Baselgia fait rejoindre le monde humain (ou post humain) à celui de l’animal. Dans son œuvrer il n’est pas jusqu’aux abeilles à revoir l’architecture leurs ruches. Preuve que qui n’est pas homme et animal est en quelque sorte un demi-corps. Et s’il n’est pensé que dans une « région » où la pensée n’est que panier percé tout est possible – surtout le pire. L’artiste tente de la conjurer pour que le lien social ne soit pas un concept vide.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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