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02/12/2015

Résurrection de Louis Soutter

 

 

Soutter 4.jpgSereine Berlottier – Louis Sous la terre – Argol, 102 pages, éditions Argol, 2015.

 

 

La narratrice du livre de Sereine Berlottier (multiple et une) accompagne la solitude du peintre Louis Soutter (1871-1942). Sutter 3.pngElle rentre en proximité avec lui jusque « dans les jupes d’une femme » même si aucune présence n’a pu le sortir de son enfermement et de ses marches forcées qui rappellent celle de Walser. Etre - par delà les époques - en une feinte de proximité avec l’artiste permet à la poétesse française d’être au plus près de sa souffrance et de sa création. Celle-ci aboutira aux figures dégradées mais puissantes formellement que Soutter finira à tracer au doigt à la fin de sa vie et pour des raisons de santé : « Mettant au trou, à terre. / Creusant dans le petit trou de la terre. ».

 

Soutter 3.jpgSereine Berlottier mêle habilement (avec un clin d’œil lacanien) la vie et l’œuvre comme elle mêle dans son « récit » le tu, le je, le on, le nous. Le désordre de la vie de Louis Soutter se retrouve dans l’esprit du livre. Il suit l’artiste de manière chaotique de la Suisse à Bruxelles, aux USA et jusqu’à l’asile de Ballaigues où il s’adonna au dessin et à la peinture de façon frénétique dans une maison réservée « aux vieillards et aux indigents du canton » où il meurt au moment où son œuvre est exposée à New-York et Lausanne. Si bien que l’auteure peut s’adresser à l’artiste en lui lançant « Ta vie se commence quand elle se termine ». Jamais enfermé dans un cadre le livre de ruptures se fait le frère de l’artiste : du dessous de la terre il provoque sa résurrection.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

29/11/2015

Sarah Haug et l’acide désoxyribonucléique

 

 

Haug.jpgSarah Haug : Ballet Portatif, Galerie Aad, Genève, Marché de créateurs du 4 au 23 décembre, Forma Art Contemporain, Lausanne, Cinq petits cochons, Halle Nord, Genève, du 8 au22 décembre 2015, livre  There is no coming back! » éditions de Paper!Tiger! and Helge Reumann.

 

Pour Sarah Haug les paysages sont sans urbanité et les rues non “avenues”. Ils ne sont pas forcément photogéniques mais l’artiste s’en amuse comme avec ses personnages. Elle préfère la drôlerie au transcendantal. En principe, il n’y a aucune captation ni échange direct entre le sujet des œuvres et l’objet du monde sinon sous forme de farce optique. Dès lors une question se pose : où sommes-nous ? Précisément dans la destruction narrative du sublime sans pour autant que la laideur prenne place. Le temps remplace l’éternité, l’animation la motion, tout est réversible et dynamique au sein du container spatial des images. A la traçabilité de nos viandes elles préfèrent la motilité de leurs silhouettes en faconde.

Haug 2.jpgCertaines scénographies forcent sur la suspension hydraulique. Elles rappellent le démarrage des voitures Ford « Mustang » dans les polars américains des années 70. L’artiste cultive la surprise et les hiatus plastiques. Ses images exaltent de fabuleux reliefs physiques tourmentés pour qu’il dépasse en beauté l’entendement immédiat. Sarah Haug se moque des aménagements des territoires elle préfère les décors hallucinatoires où les célébrités n’apparaissent jamais mais où la folie de ses personnages laisse une trace d’acide désoxyribonucléique.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

28/11/2015

Flynn Maria Bergmann : quand l’exception devient la règle

 

BERGMANN 2.jpgFlynn Maria Bergmann, “Outside The Story”, Kissthedesign; Lausanne, du 28 novembre 2015 au 23 janvier 2016.

Flynn Maria Bergmann est poète et plasticien, il travaille citations, références, lettrismes, fragments en diverses compositions plastiques. L’artiste réinvente le récit de la grande Histoire à coup des bribes de petites qui échappent à tous cadrages mais non aux collages et déchirements. L’objectif est à la fois simple et compliqué puisque dit-il « c’est le tout enrobé de rien, le rien imbibé de tout, qui m’intéresse ». Et ce à l’image de la dent qu’il a perdu il y a quelque temps. Elle trône sur son ordinateur et devient son pense (pas) bête. Perdre quelque chose permet une découverte. Puis il s’agit de coller, montrer, cacher, recouvrir et au besoin détruire pour recommencer.

BERGMANN.jpgCelui qui par la sculpture a appris à aimer l’infiniment petit et l’infiniment grand, la masse et le vide, les jeux de verticalité et horizontalité et qui par l’écriture a compris le silence et le rythme, la force fragile du papier (et ce qu’on met dessus) crée désormais en dessins et collages une invitation aux voyages. Avec un beau souci qu’il aime à rappeler: « l’obsession à épuiser le langage comme s’il était autant matière qu’abstraction ». Flynn Maria Bergmann propose un « carnaval tourbillonnaire entre vies intérieures et réalités du monde ». Preuve que dans l’œuvre comme dans l’être le dehors est dedans. Mais si la règle commune est de vouloir rendre visible l’invisible, l’exception est de rendre invisible le visible. L’artiste cultive cette dernière. A la galerie Kissthedesign le visiteur peut en emporter des fragments.

Jean-Paul Gavard-Perret

08:25 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)