gruyeresuisse

18/09/2015

Florian Sommet : sophisticated Ladies

 

 

Sommet.jpgSommet 2.jpgFlorian Sommet n’aime pas les femmes sans tête.  Il la caresse par ses prises et la contorsionne parfois pour qu’elle échappe ou s’échappe. Il la dissimule en partie car il lui importe de ne pas révéler la totalité de son entité. Par cette acrobatie, le photographe d’origine allemande suggère une part de disparition, une part de manque. Dans son travail, il ne représente que rarement le corps dans sa globalité. Il préfère (pour ses travaux de commande - Vogue, Dior, Chanel, etc. - comme pour ses œuvres personnelles) faire des mises au point uniquement sur la zone souhaitée dans le visage afin de mettre en valeur ce qui s’y passe. Mais se révèle en cetespace donné ce que la totalité du corps raconte.

Sommet 3.jpgL’artiste rassemble ainsi diverses sensations et ressentis. Le corps même « manufacturé » pour la publicité semble l’épreuve d’une expérience doucereusement érotique vécue. Cela permet d’évoquer une temporalité d’éther à travers chevelures, yeux, peaux, étrangetés, réactions et aussi émotions demandées aux modèles. Pour cela le photographe laisse parfois une part à l’anomalie programmée, à la fragilité et à la maladresse feinte. Le visage devient une surface foisonnante et empirique.  La finitude de la  chair est écartée. Exit le spleen, welcome l’idéal. Et si chaque jour l’organisme vieillit avec Sommet il reste intact et troublant.

Jean-Paul Gavard-Perret

17:02 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

Mirko Baselgia : d’entres les murs et structures phénoménales.

 

 

BASELGIA.jpgMirko Baselgia,   « Sozein Ta Phainomena », Galerie Heinzer Reszler, Lausanne, du 25 septembre au 31 octobre 2015

 

 

Baselgia 2.jpgMirko Baselgia vit et travaille dans les  Grisons. Il devint un des artistes les plus prometteurs de la scène helvétique au même titre qu’un Peter Wuettrich par exemple. Certes, il lui reste à acquérir une envergure plus internationale que la galerie Heinzer Reszler par sa reconnaissance extra-muros peut lui ouvrir. Intitulée  « Sozein Ta Phainomena » son exposition prouve comment l’artiste crée un lien subtil entre le conceptuel, l’abstraction mais aussi une figurationà travers divers mediums (dessins, sculptures, installations, photographies, vidéos) et centre de polarisation (biologie, urbanisme, architecture entre autres). Fidèle à toute une école américaine de l’art,  l’artiste fait réaliser ses œuvres en faisant appel non à des élèves (il n’a pas d’atelier) mais à des artisans de corps de métiers inhérents à ses projets : bronze, cuivre, bois, verre antique, acier, cire d’abeille, peau de bêtes sont « apprêtés » par des spécialiste de ces matières.

 

 

 

Baselgia 3.jpgPassionné autant par le monde animal que les structures des pouvoirs il propose par exemple des plans de ville en damier typique d’une cité « idéale  (Democratic Grid Athen). Avec Sozein Ta Phainomena il revisite le plan du futur lieu d’entreposage des déchets radioactifs en Suisse. Le titre renvoie à la potentialité à l’être comme aux responsables politique de se cacher la réalité en leur faculté d’abstraction de contingences dont ils sont pourtant les régulateurs. Avec Alice (« image » d’un anneau du Cern) ou avec Endoderm (moulage d’un terrier de marmottes) l’invisible sort de la terre où il est enfermé.  Le tout en un lien entre le rupestre et une quasi science-fiction. Artiste des structures Baselgia fait rejoindre le monde humain (ou post humain) à celui de l’animal. Dans son œuvrer il n’est pas jusqu’aux abeilles à revoir l’architecture leurs ruches. Preuve que qui n’est pas homme et animal est en quelque sorte un demi-corps. Et s’il n’est pensé que dans une « région » où la pensée n’est que panier percé tout est possible – surtout le pire. L’artiste tente de la conjurer pour que le lien social ne soit pas un concept vide.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

10:16 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

17/09/2015

Ben à Bâle

 

 

 

BEN.jpgBen Vautier, "Est-ce que tout est art ?", Musée Tinguely, Berne, du 21 octobre 2015 au 22 janvier 2016;

 

Pour chacune de ses expositions Ben monte en excitations. Il devrait être habitué avec le temps mais rien n'y fait. Et après plus de 50 ans de bons et loyaux « sévices » à l'art, sous le hâbleur de façade se perçoit toujours l'artiste qui doute - sans pour autant ne rien laisser suinter. Et Ben de parader : "D’habitude une expo je la prévois  J’essaye de la penser. Pour Bâle le moteur Ben tourne en roue libre, je ne sais plus où est le frein de mes pensées  qui se mélangent toutes ". Pour cette exposition l'artiste met les petits plats dans les grands : il a acheté  un confessionnal sur lesquels il a écrit en allemand dessus « sag mir alles » (« dis-moi tout »). Et tout Ben est là. Il a acheté aussi aux Emmaüs  des assiettes pour les  casser. Non sans un souci pour ce projet : « Comment vont-ils faire avec la douane ? Exportation « assiette en bon état » « retour  assiettes cassées ». Il a aussi fouillé dans le stock de ses tableaux : « Terrible choc   je n’aime pas ce que je vois. Je me trouve nul, C’est la grosse déprime ». Mais on sait que cela va passer. Les idées ne manquent jamais à l'Helvète devenu Niçois. Des idées philosophiques et d'autres plus pragmatiques qu'il nomme des « astuces ». D'ailleurs après l'instant dépressif la faconde revient : « je me prends pour un génie exceptionnel. Personne ne m'arrive à la cheville. Ni en art, ni en politique. »

 

L'automédication suit sont cours et c'est tout le charme de l'artiste. Paranoïaque non critique Ben continue non seulement à s'amuser mais à secouer la passivité. "Ça va être une expo exceptionnelle" ajoute l'artiste qui n'oublie jamais que  son arrière grand père, benjamin Vautier fut un des plus grands peintres Suisse. « Il y a une rue à son nom à Düsseldorf et une à Genève » rappelle l'arrière petit-fils tout en nuançant : « et je ne m'en vante pas, il n'a pas apporté quelque chose de nouveau en peinture ». Mixant fausse prétention  et manque de confiance l’artiste avance. L'exposition on peut déjà le dire sera une réussite. Eva et JP Soardi ont tout fait dans ce but même si l'artiste se plaît à en remettre une couche : «  je reste insatisfait : où est le nouveau Ben ? c’est tout du déjà vu  du réchauffé : je n’ai pas confiance en Ben ». Ce qui ne l’empêche pas de s’aimer.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 



 

17:05 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)