gruyeresuisse

11/12/2015

Tomi Ungerer : ligne générale

 

 

 

Ungere.gifTomi Ungerer, « Elephants, Whales & Kangaroos », Nieves, Zurich

 

Avec Ungerer et dès ces premiers « sktechbooks » republiés aujourd’hui l’animal n’a plus besoin de toutes ses formes pour séduire. Le dessinateur en cultive le silence. Mais tout autant une charge et presque des odeurs dans l’air. Au cloisonnement répond l’évasion. Le monde change de formes mais il est bien là.

Ungerer 4.jpgDans une forme de légèreté et d’humour selon diverses facettes une vision fantomale recrée le réel, elle devient une note en marge d'un texte du monde presque totalement effacé. Nous pouvons plus ou moins, d'après le dessin, déduire ce qui devait être le sens de ce "texte" qu'Ungerer multiplie. L’espace est à l’intérieur de l’espace. Il n’est pas à l’intérieur des choses. C’est ce qui lui donne toute sa présence. Entre le royaume du dessin et celui de l’animal un dialogue commençait chez l’artiste dès les années 50 et 60 en des épures parfaites et audacieuses. Elles réveillaient les regards et les éveillent encore. Loin des ombres demeure l’éloge de la ligne pure.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

17:11 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

10/12/2015

Victor Savanyu : erratae du réel

Savanyu 3.jpgVictor Savanyu dans ses peintures comme dans ses photographies offre à ce qui vit sous le soleil l’immanence de l’état de rêve éveillé ou brouillé. L’évidence lumineuse d’un lieu ou d’une situation est décalée : si bien que ce que nous pensions consubstantiel à nous nous échappe. Surgit un lieu perdu qui pourrait parfois être imagé par Kafka. Existe une expérience paradoxale, intense, vorace. Les certitudes comme les apparences sont mangées afin que d’autres images nous dévorent non par effet de délire mais de transfert, d’écartement. Ce qui trompe généralement l’esprit passe de l’illusion subie à l’illusion exhibée.

Savanyu 2.jpgDes œuvres de Victor Savanyu naît un arbitraire ironique. Le spectateur tombe du réel tout en restant dedans. L’artiste devient un géomètre particulier. Il se dégage des arrêtes polies, lisses, achevées et des axiomes purs pour celles des « gargouillis » et autres phénomènes angoissants ou drôles inhérents au quotidien. L’image devient autre chose que l’indice de la possession carnassière des apparences, ou que la mimesis dans laquelle elle se fourvoie le prétendu "réalisme". Souvenons-nous de Beckett : "Qu'ils ne viennent plus nous emmerder avec ces histoires d'objectivité et de choses vues".

Jean-Paul Gavard-Perret

09/12/2015

Josse Bailly : chemins de traverse

 

Bailly.pngJosse Bailly, du 12 novembre au 12 décembre 2015, Palais de l’Athénée, Salle Crosnier, Genève.

 

Josse Bailly se sert de tout pour créer un univers hybride : ducs italiens, ninja cocaïnomanes, animaux humains sont là pour tourner autant le monde que sa représentation en dérision. L’absurdité rivalise avec le grotesque. L’humour bat son plein au sein d’une production pléthorique dont nul ne se plaindra. L’artiste ne se limite pourtant jamais à l’idée-gag : il assume et assure une picturalité affirmée. Supports et techniques métamorphosent les sujets au sein de divers types de narrations troubles qui sortent des cadres et jouent du réalisme et de l’illusion.

Bailly 2.jpgNe cherchant jamais à séduire Josse Bailly oblige le regardeur à s’interroger sur ce qui lui est proposé. Contre l'embâcle du néant l’œuvre devient un lieu de passage et de transbordement. Quelque chose remue : spasme ou feinte - le doute est permis. Tout bouillonne dans ce travail de mise en abîme et d'exhaussement là où l’image redevient alliance et rappelle au lien de l'être au monde selon des modalités intempestives. Contre la fatigue d'un vivre et les mirages du monde c'est donc bien un appel qui perdure.

Jean-Paul Gavard-Perret