gruyeresuisse

05/07/2017

Anne-Sophie Maignant : une étrange odeur de « sainteté »

Maignant 2.jpgAnne-Sophie Maignant est à sa façon une Sainte particulière. Elle tente de voir dans le noir : à savoir au delà des apparences. Ses yeux percent la nuit et ses œuvres créent des espaces adjacents, compilés, distants mais tout autant emboutis les uns dans les autres.

 

 

Maignant.jpgIls dressent une visibilité de ce qui tient à cœur par petits blocs qu font disparaître ce qui a été regardé afin de voir autrement. Souvent le corps trouve un caractère particulier. La figuration narrative prend des tours et détours (parfois drôles) qui se démarquent autant du réel que d’une simple rêvasserie. Tout se condense en un visage, des portions de corps pour que celui-ci devient paysage.

Maignant 3.jpgChaque image se transforme en déclencheur de récit intime, de puzzle permanent où se faufile un roman de la vie. L’artiste en offre un dérobé, une trame entre grain serré et diaphanéité et une série d’interférences présentées scènes par scènes en rejetant l’accessoire pour retenir l’essentiel en des espaces où parfois caresse et parfois frictionne ce qui nous échappe et qui s’évanouit d’avoir été jusque là si mal perçu.

Jean-Paul Gavard-Perret

http://www.annesophiemaignant.com/

03/07/2017

Kourtney Roy et les alpes suisses

Roy Kourtney.jpgDans sa série « La Femme Idéale » Kourtney Roy présente une série d’autoportraits aussi classieux, glaciaux que corrosifs. La photographe y scénarise les stéréotypes kitsch qui engluent la femme selon des critères liés à l’origine aux publicités, au cinéma et à la pornographie des années 50 et 60. Kourtney Roy s’y présente assise, passablement lassée d’être là. Elle demeure indolente et indifférente devant un paysage idéal d’Alpes suisses.

 

Roy Kourtney 3.jpgLe titre - on l’aura compris - est évidemment ironique et dévastateur. La photographe poursuit son travail de sape. Elle sait sauter sur les évidences afin de les faire imploser au sein de charpente de studio qu’elle déconstruit. L’image s’écarte et diverge de la route qu’elle était sensée prendre. Le péril est donc en la demeure, là où le vent des cimes ne risque pas de décoiffer le modèle ou relever sa nuisette.

 

 

Roy Kourtney 2.jpgLa photographe se fait la behaviouriste à l’humour vachard des idées reçues et la poétesse iconoclaste capable de réviser toutes les cartes du tendre par la confrontation incoercible du stéréotype avec lui-même. Pas de repos ni de temps mort. Et là où la femme semble s’offrir paresseuse à la prise, un sacré coup de balai est porté aux visions « Univer-sale ». Kourtney Roy les récure en Miss Propre des idées reçues et des breloques abrutissantes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Kourtney Roy, « La femme idéale », Circulations(s), festival de la jeune photographie européenne, Arles, été 2017.

02/07/2017

Week-end à Rome : Istituto Svizzero

Svizzero Bon.jpg« Inscape Rooms / La vita della mente » Istituto Svizzero, Rome, été 2017.

Dans le cadre de son programme "Inscape rooms" l’Istituto Svizzero de Roma présente l'exposition collective "la vita della mente». S’y explore la vie de l'esprit sous les incidences de l’inconscient : monde des rêves, fonctionnement métaphorique des états de conscience, perceptions multi-sensorielles, confins de la réalité virtuelle ou supranaturelle, flux de conscience, l'état hypnotique, etc. Workshop, installations interactives, performances, concerts, expositions se dérouleront sous la coordination de Giuliana Benassi dans les jardins de la Villa Maraini et ceux de la Dipendenza. Toute une énergie "Fluxus" née en Suisse sera renouvelée et reprise au vol entre autre par l'exposition "Stockage" de John M Armleder.

Svizzero.jpgD'autres paysages intérieurs sont explorés par des résidents de l’institut. Pauline Beaudemont, venue de son laboratoire d'hypnose, invite Vincent Stella et Mario Marazzi à réaliser un workshop sur ce thème. Deux installations de Tumasch Clalüna et Donald Glowinski donnent des approches de la réalité virtuelle. Quant à Leo Hofmann il crée une performance musicale avec Filomena Krause et Andi Otto sur le désir de perception de l'autre. Ce ne sont là que quelques pistes afin de d’ouvrir l’idée d’un week-end (voire plus) à Rome. S’y verront encore - et entre autres - des œuvres inédites de Michela de Mattei, Federica Di Carlo, Antonio Fiorentino, Nelly Haliti, Marta Mancini, Simone Pappalardo, Marion Tampon-Lajarriette. Tous tentent de répondre à la question : que faisons-nous lorsque nous pensons ? Où sommes nous et en quel espace temporel lorsque nous restons isolés en notre for intérieur ? Les imaginaires et langages donneront sinon des réponses du moins des orientations.

Jean-Paul Gavard-Perret