gruyeresuisse

31/10/2017

Peter Knapp : ivresse cinétique et chorégraphique

Knapp.jpgEn 1966 Peter Knapp abandonne définitivement la peinture pour la photographie. Elle répond bien mieux à ses intensions. Mais son aventure avec le médium commence avec Hélène Lazareff dès 1959. La directrice de presse reprend le nouveau magazine « Femina ». Elle offre à l’artiste la direction artistique de ce qui devient « Elle ». Mais le Suisse reste familier d’autres publications ("Stern", "Sunday Times", "Vogue") où il publie aussi ses photo de mode avec succès avant d’aborder le cinéma et la télévision puis de revenir à la photographie en plasticien pour Peter Klasen, Andy Warhol et Robert Rauschenberg au sein de l'exposition «les peintres photographes» d'Arles.

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Soutenu par Pierre Restany, il est l'un des premiers artistes à exposer des photographies en couleurs et de grande taille dans les galeries. Son style se caractérise par une grande rigueur graphique dans l’esprit du Bauhaus hérité de ses études d’art à Zurich. Les formes à la fois se cristallisent et se dénouent pour donner une intensité picturale et vitale aux images. Knapp ne cesse de les défaire et de les recomposer.

 

 

Knapp 3.pngLa ligne et le géométrisme restent majeurs dans ses structures plastiques. Et il aime parler de son médium sous l’acception « Photo & Graphique ». Toujours à la recherche de la simplification il édulcore astucieusement le volume et la perspective. A la recherche du moindre ses photographies noir et blanc pour Courrèges comme ses scénographies colorées pour Montana demeurent des musts qu’une telle exposition remet à l’honneur. Knapp a ouvert bien des chemins là où les modèles semblent perdre pied et lâcher prise dan une féerie jubilatoire.

Jean-Paul Gavard-Perret

Peter Knapp, "Quand la photographie de mode devient Art", Galerie Berthet-Aittouarès, 2 au 19 novembre 2017.

30/10/2017

Adrienne Arth: obscur objet du désir

Arth.jpgLes photographies d’Adrienne Arth ont la capacité à émerger de la masse : elles intriguent, déroutent. Elles peuvent sans doute déclencher une réaction presque instinctive de plaisir mais tout autant de recul - entendons réflexion. Elles appellent d’autres images (fixes ou non) qui nourrissent notre imaginaire, mais de loin. Et pour égarer le voyeur la photographe met son propre corps à contribution pour brouiller les cartes du tendre.

arth 2.jpgElle sait que le nu convoque des lieux communs. Mais Adrienne Arth reprend les images flottantes pour constituer d’autres « clichés » plus intelligents, perfides, là même où l’artiste peut se sentir elle-même « cliché’ parmi les autres dans le monde qui l’entoure. Sous l’aspect globalement lisse et séduisant de ses photographies aux poses presque (le presque est important) surjouées jaillissent souvent des détails, auxquels nous ne prenons pas garde mais qui transforment complètement notre perception de la photographie

Arth 3.jpgSi bien que l’appareil photo devient une arme - apparemment inoffensive - mais qui entretient des connivences avec l’arme à feu. Mais elle ne tue pas : elle fait l’inverse : elle opère des ouvertures. Et les métaphores du montage n’ont rien de sinistres : ce sont des « glissements progressifs du plaisir » vers des clins d’oeil. En des « comédies » optiques même si l’image fonctionne encore tel un jeu de miroirs ces montages photographiques révèlent les mécanismes à l’œuvre dans l’imaginaire souvent et inexorablement envisagés sur fond d’images toutes faites. En reflétant ainsi les a priori qui viennent fausser nos représentations au point de nous faire « prendre des vessies pour des lanternes », l’artiste apporte la preuve que nous ne percevons que ce que nous sommes intéressés à percevoir en raison de nos croyances et de nos exigences psychologiques. Son théâtre est un fantastique miroir aussi baroque que classique, simple que complexe en ses superpositions.

Jean-Paul Gavard-Perret

http://adriennearth.com/
Exposition à Corridor Elephant, Paris, Novembre 2017.

 

Jan Kopp : (re)présentations

Kopp.jpgJan Kopp, « Capitals », Galerie Laurence Bernard, Genève, du 11 novembre 2017 au 11janvier 2018.

La partie représente-t-elle le tout ? La métaphore rend-elle justice à la matière qu’elle représente ? Tels sont les questions que pose Jan Kopp. Aimant citer l’aphorisme de Wittgenstein "le monde est tout ce qui est le cas ", l’artiste observe " ce qui est la cas ", à savoir les modes sur lesquels les échanges se créent à travers codes et leur sémantique. Dans une approche polymorphe il présente divers types de manifestations et de présentations du monde.

Kopp 2.jpgSon processus de transformation par les divers médiums crée des ruptures et des liens potentiels. L’artiste multiplie des voies conflictuelles. C’est une manière d’explorer la relation trouble de la partie et de l’ensemble. « Capitals » lui permet de mettre en évidence divers aspects de son travail en confrontant des techniques différentes. Il en fait découvrir l'alchimie en donnant l'occasion de poser les problèmes fondamentaux de la représentation. Ils peuvent déboucher sur des questions politiques sur le sens de la démocratie.

 

 

Kopp 3.jpgL’art devient un instrument de travail essentiel avec lequel fixer l'éphémère et développer des idées en s'appuyant sur les étapes antérieures. L’artiste apporte également une contribution significative à l’exploration du fixe et de l’animé, plaçant le spectateur dans la position de l’observateur, du voyeur, du découvreur. Formant, déformant, transformant, Jan Kopp modifie le monde au sein d’une réflexion sur le « devant-être » des choses mais aussi sur le moment si important de l’entre-deux pendant lequel une forme n’a pas encore les qualités qu’on attend d’elle.

Jean-Paul Gavard-Perret