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01/03/2016

Hans Breder : le multiple et l'un

 

 

 

 

Breder 2.pngL’artiste multimédia (photographe, peintre, sculpteur) Hans Breder joue avec les reflets des miroirs. Le corps féminin lui permet d’obtenir un langage unique en une approche expérimentale. Elle prouve combien l’émerveillement que le corps offre aux artistes ne peut se contenter de ce que l’Académie des Beaux-arts estimait obligatoire au XVIIème siècle : l’imitation de la nature en toute chose. Lorsque Breder s’attache à un objet il répond à ce qu’indiquait Bonnard: « Il faut faire la différence entre les artistes qui savent se défendre contre le motif et ceux qui lui emboîtent le pas ». L’Américain d'adoption appartient évidemment aux premiers

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Breder 3.jpgL’être à travers son œuvre est un et innombrable. Le corps retrouve d’autres masses, la "sur en chair"  devient une quasi-abstraction. L’artiste impose un type d’espace qui n'est pas seulement limité à ses trois dimensions : il s’ouvre à un autre esprit de compréhension. Sculptures, peintures, photographies deviennent une nature particulière de volumes. Ils s’élargissent pour un autre point de vue. Retournement sans retour en quelque sorte.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

26/02/2016

Not Vital : éloge de la perfection

  

not vital.jpgNot Vital, « 12 + 2 + 1 », Art Bärtschi & Cie, Genève, du 14 janvier au 12 mars 2016.

 

Not Vital peut faire passer Brancusi lui-même pour un baroque. Ses statues sont des formes primitives aux surfaces lisses, parfaites, brillantes, minimalistes. Il faut les scruter de près tant Not Vital travaille une économie de détails. Ces « Têtes » deviennent des modèles d’abstractions quasi pures. Elles imposent leur universalité. Le revêtement enrobe les reliefs d’une même pellicule créée par une haute technologie mise au point par l’artiste. Chaque pièce se couvre de reflets en créant un jeu d’éloignement et de proximité, de chaleur et de froideur qui saisissent le spectateur. .

 

Not Vital oblige l’image à revenir à un état premier. Elle donne une forme à une avant-forme dont le spectateur doit «dévisager » les contenus. Dans ce qui peut sembler un gouffre d’ombre, l’éclosion de miracles, l’ascension de merveilles ont lieu et affichent l’absolu de leur évidence. L’ivresse de la perfection se fait art par des formes aussi simples qu’éloquentes et par leur puissance poétique. Chaque sculpture vit sa propre vie, parle d’elle-même et ne témoigne pas forcément de ce qui se passe autour.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

25/02/2016

Véronique Bourgoin : dimensions de l'inconnue

 

 

Bourgoin.pngVéronique Bourgoin, Autoportrait pour tous, Texte de Charles Kugel, Portfolio n°54 de la collection "Erotica", Chez Higgins, Montreuil, 200 Euros.

 

Véronique Bourgoin se moque des lieux et des repères : elle les saisit pour les soulever. Ce qui est immuable prend l'écorce de l'éphémère: L’inverse est tout aussi vrai. Les nymphes ne viennent pas forcément à la rencontre du regard. Disons le : elles s’en foutent. Elles préfèrent l’appel de la forêt ou des lieux plus ou moins douteux. Mais une poésie s’en dégage.

 

Bourgoin 2.pngFidèle à sa philosophie esthétique la photographe crée divers état de "déroutations», de soulèvements. Surgit la dimension de l'inconnu mais ici bas, ici même. Se déploie la nudité du nocturne dans l’approche d’une forme de néant ou de vide. De lui, sans doute, part le sentiment du divin - et non l’inverse. Mais Dieu en garde la « pécheresse » ! Elle préserve le regard de toute béatitude exaltante. Car il ne convient pas de faire trop vite abstraction du fini. Rien ne sert de le nier : il revient, il fonde ce que nous découvrons.

 

Bourgoin 3.pngEn un tel portfolio le regard est emporté vers une sorte d'obscurité lumineuse. Elle n'a rien de délétère : c'est la poésie, la « vraie » ; celle qui ignore la mélancolie du réel. Toutefois Véronique Bourgoin en connaît la force désirée qui demeure impalpable. Le rien qu'elle retient est donc lié au tissu du monde. Son impossible approche est soulignée par l'effet de nimbe ou d’ouverture énigmatique vers des fonds insoupçonnés. C'est pourquoi de telles photographies ne se prêtent pas à une lecture évidente : elles projettent vers des errements, des oublis, des "omissions" volontaires puisque dans chaque œuvre reste des parts d’ombres.

 

Jean-Paul Gavard-Perret