gruyeresuisse

15/01/2016

Cécile Hug : vies cachées

 

 Hug.jpgCoffret Cécile Hug, « Les dormeurs », Editions Derrière la Salle de bains, 25 E.

Dans l’œuvre de Cécile Hug tout est feutré mais incisif. Sur ou sous des cocons opalins s’inscrit la rythmique de pulsations en sensations satinées. La brèche enchantée par ces échappées de charme se fait fruit de la passion, huile de perfection ordonnée. Reste la symbiose fantomatique en bouquet d’étoiles, en filaments discrets ou courses d’animalcules en une infinie liberté ou un appel à disparaître.

Hug 2.jpgChaque image est un soupir et rapproche d’instants virtuels mais magiques. Les dérobades enlacées bâtissent la fragilité bercée dans un nid de tendresse. Reste une moelleuse histoire énigmatique. Elle trouve ici l’équinoxe au milieu  d’images limpides. Elles s’envolent vers les abysses. Une fois de plus il s’agit de glisser hors du temps sur l'instant d'une fébrile permanence. Haletant le souffle embrasé se réduit, le coeur se déshabille. Les émotions incandescentes croustillent sur un fond de vie cachée.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

14/01/2016

Hommage à Christian Bernard et au Mamco

 

Mamco.gif« One more time  - l’exposition de nos expositions », Mamco, jusqu’au 24 février 2016

 

Mamco 2.jpgAvant de rejoindre Toulouse Christian Bernard dans « L’exposition de nos expositions », offre son « one more time » en rappel ou fin de partie helvétique. L’exposition prouve tout ce que le Mamco sous son égide a apporté à la création et la muséographie. L’idée du musée que le directeur a fait vivre pendant 20 ans mixte un travail de mémoire et de création, un écho du passé et l’appel aux nouvelles générations dans une manière de mettre en rapport les temps et les œuvres.

 

Considérant le Mamco comme une exposition globale et totale, « One moreTime » illustre comment diverses manières de montrer se marient : des cabinets de curiosité à la galerie classique en passant par les ateliers d’artistes, les réserves (Claude Rutault) et jusqu’aux grottes (Sylvie Fleury). Surgit tout un répertoire de l’histoire de l’art à la fois en sa mémoire mais aussi dans son devenir selon diverses manières de « faire musée ». La sédimentation est omniprésente dans le travail d’invention que Christian Bernard a accompli. Le classicisme est réactivé par sa juxtaposition à l’avant-garde aléatoire (John Cage). Fillou côtoie le surréalisme, la statuaire africaine Nina Childress au cœur d’une mémoire volontairement flottante que Bernard a scénarisé au sein des fameux « cycles » du Mamco. Un accrochage ne succédait pas à un autre mais où tout faisait lien sous forme de « cadavre exquisé.

 

Mamco 3.jpgLe Mamco a matérialisé en 20 années une des idées les plus intelligentes sur le concept de musée. Christian Bernard rappelle qu’on n’allait plus au Mamco pour voir une exposition précise mais pour s’imprégner du lieu et des ses propositions. De Baudevin à Knoebbel, le partant a créé l’image parfaite du musée postmoderne : il devient lui-même exposition et l’exposition musée.

 

La présence bien sûr des peintres suisses ne fut jamais oubliée : elle fut illustrée par ses maîtres-poncifs - Armleder en premier – mais par toute la diversité de la création helvétique actuelle. Luttant contre les hiérarchies le concepteur a en outre osé - sans l’ostracisme bêtifiant de certains musées ou biennales et leurs ineffables salles interdites au moins de 18 ans - présenter des cabinets érotiques « caliente ». Les nus les plus transgressifs y trônent avec force. Le tout sans la moindre censure et étroitesse d’esprit. La seule règle pour le directeur était l’exigence de qualité. Souhaitons au nouveau directeur le même « goût » et la même réussite.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Serge Hasenböhler : de la nature morte à l’éternité

 

Hasen.pngSerge Hasenböhler, "Fundus", Galerie Gisèle Linder, 22 janvier -12 mars 2016

Une nouvelle fois Serge Hasenböhler prouve par ses photographies sa passion pour les natures mortes. Elles sont fondées ici sur des objets quelconques, sans grâce particulière (morceaux de bois) que l’artiste recueille dans ses déplacements. Une fois installés sur une table recouverte d’un drap noir ils sont revisités. Serge Hasenböhler met l’accent sur la sensualité de leur apparence formelle par un éclairage puissant et des prises de vue macro rassemblées ensuite par l’ordinateur. Ces objets sans grâce sont transfigurés par la beauté des prises en pièces inestimables. Il en va de même avec ses « ballons ». Usés, abandonnés et dégonflés ils deviennent des œuvres muséales capables de suggérer la perte, l’absence, l’éphémère en un modèle particulier d’une « vanité » au ventre déformé ou d’un élément d’un cosmos ignoré.

Hasen 2.pngSurgit une fascinante étrangeté. L’artiste crée une nouvelle vie par effet d’effluves. S’instaure le transfert de la nature « morte » à la figuration abstraite. Elle s’éloigne de «la trivialité positive » qu’abhorrait Baudelaire. L’œuvre - en humilité par sa substance - prend une puissance sidérante. La presque absence des choses trouve un aspect doux et dur d’éternité. Demeure un souffle mystérieux et lumineux. Une force avance contre les ombres crépusculaires par la hantise de fantômes. Leur aura crée un sentiment de prise sur ce qui nous est le plus proche, le plus immédiat, le plus intime dans la fable des images.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

11:23 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)