gruyeresuisse

27/10/2015

De fieffées « salopes »

 

 

salope.jpg« Salope ! et autres noms d'oiselles »,  Campus du Solbosch, , ULB Bruxelles, 13 novembre 2015 au 18 décembre 2015,

 

Sous le terme  d’infamie « Salope ! » des femmes artistes européennes mettent à nu leur statut de « barbares », d’étrangères à la civilisation et ses pouvoirs. Tamina Beausoleil, Cécile Hug, Lara Herbinia, Cécila Jauniau, Sara Relvas et quelques autres rappellent par leurs contributions qu’elles ne connaissent pas de « salopes » mais  des sœurs. Les injures des blasphémateurs sont considérées néanmoins comme « normales ». Ils accompagnent  leurs pitoyables qualificatifs d’un terrorisme de tous les jours. En cravate ou jogging les donneurs de leçons de morale sont souvent des prédateurs et il n’est pas jusqu’aux alternatifs ou libertaires de se grimer en flics face aux femmes. Contre eux les artistes femmes serrent les coudes car  la prétendue conscience du mâle reste souvent un concept flou. Et les coups des massacreurs achèvent encore trop souvent ce que leurs mots entament.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

26/10/2015

Sylvie Mermoud voyante et réservée

 

 

Mermoud.jpgSylvie Mermoud, « Panorama », 22 octobre - 15 novembre, Space-Station, Lausanne.

 

 

 

Sylvie Mermoud vit son art en toute discrétion. Trop peut-être. Certainement même. Mais, et comme on dit, on ne se refait pas. Venant d’un village lémanique elle dut se battre face à des proches pour qui  l’art n’était qu’inutile et superficiel bref un passe-temps. Oubliant de « constat » l’artiste avance à l’ombre d’artistes tels que Rembrandt et Turner pour les classiques, Louise Bourgeois et Anish Kapoor pour les plus proches de nous. Néanmoins, trop discrète, elle  sacrifie  au  « besoin de faire supérieur à celui de montrer ». Il faut le regretter. Car l’artiste permet des découvertes. Son travail reste en perpétuel devenir comme le prouve le micro-espace expérimental de la Space-Station où avec « Panorama » l’artiste présente un agencement de dessins en évolution, en devenir.

 

 

 

Mermoud 2.jpgEntre complexité et légèreté ils fondent une traversée en cassant par leur agencement le jeu classique de la représentation et de la construction. Une nouvelle fois Sylvie Mermoud propose une narration subtile dans laquelle la lumière accorde au paysage « l’envie que la journée à venir soit belle ». L’imaginaire est sollicité en un temps d’arrêt dans un lieu de passage grâce à 7 dessins. L’encre et la couleur créent des dérives entre ce qui tient à la fois du paysage et du corps. Au regardeur de se plier aux injonctions que les images profondes et sourdes offrent dans le refus du moindre « coup » ou effet.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

« Petites » proses de Robert Walser

 

 

 

 

wasler.pngRobert Walser, L’Enfant du bonheur, Postface de Peter Utz, traduction de Marin Graf, Zoé éditions, 278 p., 2015, Genève

 

 

 

Les chroniques de Robert Walser écrites pour le «Berliner Tageblatt» entre 1907 et 1933 sont enfin disponibles en français grâce à l’excellente traduction (et l’exercice n’est jamais simple avec la prose de l’auteur) de Marion Graf. Le quotidien berlinois n’avait rien d’un tabloïd. Il faisait la part belle à la littérature et les petites proses de Walser y ont toute leur place. L’auteur y commentait parfois l’actualité de son propre pays et de ses dépenses militaires : « On voit là les sommes exorbitantes que nous coûtent notre avidité, notre égoïsme, notre intolérance.». Les textes embrassent les périodes de crises psychiques  de Walser et ils conduisent à l’extrémité du temps où il cessa d’écrire.

 

 

 

Walser 2.pngEn 72 fragments ils déclinent ce que l’auteur éprouvait, entendait, voyait et pensait même s’il se dit « soumis à des réflexions mesquines dont il ne peut rien faire du tout et qui souvent le désespèrent ». Néanmoins de ce capital de friches il tire une quintessence et le livre regorge de richesses poétiques et acerbes. Elles accordent au genre « feuilletoniste » des lettres de noblesse. La chronique convient parfaitement au Biennois  puisqu’elle permet l’utilisation du je en ballade et dérive sur des sujets faussement secondaires. Existe dans ses fragments (annonciateurs de toute une modernité)  une maîtrise totale de l’auto-observation : elle n’a rien d’égotique et tient plus de l’autodérision. Se voir à l’abri dans un tram lorsqu’il pleut devient soudain un délice sadique. Tout comme est palpitant de marcher en regardant dans le vide et oublier le monde. Ce que l’auteur réussit selon  « une perfection technique » qui le ravit.  Drôle mais jamais complaisant l’auteur répond aux « injonctions » implicites qu’un journal demandait à de tels « poulets » . Il était donc temps de donner à lire en français ces petits bijoux d’une littérature qui n’a pas pris la moindre ride.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

10:35 Publié dans Lettres, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)